La nuit appartient maintenant aux vaccinés

Le passeport vaccinal est obligatoire pour accéder aux festivals, aux salles de spectacle, aux cinémas, aux salles d’entraînement, aux bars, aux restaurants et pour certaines activités parascolaires.
Photo: Jean-Louis Bordeleau Le Devoir Le passeport vaccinal est obligatoire pour accéder aux festivals, aux salles de spectacle, aux cinémas, aux salles d’entraînement, aux bars, aux restaurants et pour certaines activités parascolaires.

La vie nocturne montréalaise ne s’essouffle pas, malgré une quatrième vague, à la faveur d’un passeport vaccinal désormais obligatoire. Le Devoir a pris le pouls d’un centre-ville alourdi de nouvelles responsabilités.

« C’est comme une pièce d’identité pour vérifier l’âge légal de 18 ans », lance tout de go David Joseph, l’imposant portier du bar Santos dans le Vieux-Montréal. « Les gens s’essaient, demandent si on l’applique [le passeport sanitaire]. Je réponds oui et ils s’en vont. Merci, bonsoir. »

Les foules clairsemées emplissent aussi l’avenue du Mont-Royal. Entre deux clients, Pierre Thibault, copropriétaire de la Taverne Saint-Sacrement, reconnaît l’importance du VaxiCode. « La priorité, c’est que ça fonctionne et que l’on contrôle cette vague-là », dit-il avec assurance. Il estime toutefois ne pas recevoir assez en retour des efforts qu’on lui demande et il presse le gouvernement de lâcher du lest. « On va danser ensemble, mais ça se danse à deux », dit celui qui est aussi président d’une association de propriétaires de bars. « Si tu me demandes de fonctionner à 50 %, mais que je paye 100 % du loyer et de l’électricité, ce n’est pas business. » À ces frais s’ajoute la rémunération d’un employé pour vérifier les passeports vaccinaux à l’entrée. Et plus la nuit avance, « plus les gens sont un peu cons », dit-il. « Ce n’est pas une question d’argent, mais le rôle est ingrat. »

D’ailleurs, de nombreux bars et restaurants visités par Le Devoir font déjà fi de ces règles et remplissent leur salle sans exiger le masque et sans plexiglas.

Les mélomanes entassés dans la petite salle de concert L’Escogriffe s’accommodent de cette contrainte. Laurence Lebel veille à l’entrée à ce que tout le monde soit vacciné. « Le passeport allonge un peu le délai pour faire entrer les gens, mais tout le monde est assez compréhensif dans le processus. Les gens qui prennent la peine de se déplacer, ce sont ceux qui ont en tête que ça va prendre un certain moment », estime celle qui travaille dans l’industrie des arts. « C’est le prix à payer qui nous permet de profiter de la musique et des soirées sociales. »

Les établissements qui ne vérifient pas le statut vaccinal de leurs clients sont passibles d’amendes allant de 1000 $ à 6000 $.

Rue Crescent, les terrasses se remplissent et les files s’allongent. Les serveurs vérifient le statut vaccinal de leurs clients sans trop de difficulté. Certains rechignent et s’entêtent, mais la règle tient. « Si tu savais ce qu’on peut avoir comme réaction », confie anonymement l’un des employés d’une populaire enseigne. « On travaille dans un bar, on est habitués à en voir de toutes les couleurs. »

Sous l’œil bienveillant de Leonard Cohen, Stephen King raconte avoir craint que sa preuve de vaccination britanno-colombienne ne soit pas reconnue au Québec. « Quand j’ai quitté Vancouver, le 9 septembre, personne ne vérifiait le passeport vaccinal. Je suis parti avant qu’ils mettent en place une version numérique », explique-t-il en anglais, accoudé seul à sa table. Sa « carte » vaccinale délivrée dans sa province d’origine ne l’a pas empêché de trouver une place où étancher sa soif. Il remarque qu’avec le code QR, « les mesures sont plus strictes et respectées à Montréal ». Même s’il faut « continuer à prendre des précautions », le passeport vaccinal lui apporte « un peu plus de sérénité » quand il sort.

Les restaurateurs rencontrés accueillent avec résignation la nouvelle responsabilité. « Notre chiffre d’affaires a diminué de 10 % », note un serveur d’une enseigne dans la Petite Italie qui souhaite aussi taire son nom. « C’est le 10 % des non-vaccinés qui ne viennent plus. Mais chez nous, les femmes italiennes sont très contentes de nous montrer leur passeport. »

Même les cafés de quartier doivent s’y mettre. Vassili Antoine-Baroni, au comptoir du Caffè Italia, ne sait pas si c’est l’automne, la rentrée des classes ou le passeport vaccinal qui refroidit sa clientèle. Ses aficionados, plutôt âgés, sont majoritairement vaccinés, mais la fréquentation a tout de même baissé, notamment depuis la fermeture de la terrasse. « Les gens prenaient des cafés à emporter, puis s’installaient dehors. On ne voulait pas faire la police et on manquait de personnel, alors on a fermé [la terrasse]. » Une décision qui n’est pas négligeable, puisque les cafés et restaurants doivent toujours accueillir à 50 % de leur capacité.

Photo: Jean-Louis Bordeleau Le Devoir Les établissements qui ne vérifient pas le statut vaccinal de leurs clients sont passibles d’amendes allant de 1000 à 6000$.

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