La Santé publique de Montréal prépare la vaccination des moins de 12 ans

La Santé publique de Montréal prépare un scénario de vaccination des enfants de moins de 12 ans pour cet automne. Les autorités sanitaires fondent de grands espoirs sur la vaccination des petits du primaire pour ralentir la quatrième vague de COVID-19, qui frappe fort dans les écoles et les services de garde.

Selon ce que Le Devoir a appris, des représentants de la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal ont informé mardi les acteurs du réseau scolaire de la métropole qu’ils planifiaient la vaccination des élèves du primaire. On évoque un début de campagne au mois de novembre. Aucune immunisation n’a encore été approuvée pour les enfants de moins de 12 ans, mais le scénario d’un vaccin mis en marché au cours de l’automne est jugé assez crédible pour que la Santé publique s’y prépare.

La DRSP de Montréal a refusé de commenter cette hypothèse. Dans le réseau de l’éducation, on se réjouit toutefois que les jalons de la vaccination des élèves du primaire soient déjà en cours de réalisation, même en attendant le feu vert de Santé Canada. « On ne peut qu’être contents qu’une opération de cette envergure soit planifiée à l’avance », dit une source qui n’est pas autorisée à parler publiquement.

« La transmission communautaire est importante à Montréal avec le variant Delta. Je crois qu’on aura ce niveau de transmission jusqu’à ce qu’on puisse vacciner les enfants de moins de 11 ans », a indiqué mercredi la directrice de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, lors d’une conférence de presse.

Plus de 80 % des infections dans la métropole sont dues au variant, plus contagieux que le virus original. Le nombre d’éclosions sur l’île a bondi de près de 60 % en sept jours, passant de 86 à 136. Même si les cas liés aux éclosions surviennent toujours majoritairement dans les milieux de travail (210), la transmission s’est accélérée dans les services de garde et en milieu scolaire, qui comptent désormais pour près de 40 % des cas de COVID-19 dénombrés dans la métropole, contre 25 % la semaine dernière.

Les taux de vaccination sont cependant jugés encourageants. Près de 84 % de la population montréalaise de 12 ans et plus a reçu deux doses de vaccin. La Dre Drouin estime qu’au moins 90 % des gens admissibles devront être vaccinés pour que la présence du virus devienne tolérable.

« Quand on pourra vacciner les plus jeunes, ce sera plutôt facile d’atteindre cet objectif », a expliqué la directrice de santé publique. Elle a indiqué que la métropole comptait 200 000 enfants de 11 ans et moins.

Les signaux en provenance des États-Unis semblent favorables à l’arrivée d’un vaccin destiné aux enfants au cours de l’automne. Le Dr Anthony Fauci, chef de la santé publique américaine, a déclaré mardi sur les ondes de CNN qu’une autorisation d’urgence du vaccin de Pfizer serait envisageable cet automne « si la FDA [Food and Drug Administration] estimait avoir des données suffisantes » issues des essais cliniques. Le feu vert du vaccin de Moderna pour les enfants pourrait suivre « un peu plus tard ».

Signe encourageant, les enfants, même non vaccinés, sont peu susceptibles d’être malades s’ils contractent la COVID-19, reconnaît Mylène Drouin. Pour les opposants à la vaccination des enfants, cela suffit pour éviter aux jeunes les risques, même infimes, associés aux vaccins. Malgré l’absence de symptômes, les enfants peuvent quand même propager le virus s’ils sont contaminés, nuance la Dre Drouin.

Un réseau « fragile »

La transmission du virus met à risque le réseau de la santé et les personnes vulnérables, a fait valoir Sonia Bélanger, présidente-directrice générale du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Le système est « fragile », selon elle. Les hôpitaux de la métropole n’enregistrent pour l’instant aucune rupture de service, mais il manque 2000 infirmières sur l’île.

Les hospitalisations s’accélèrent à Montréal, a-t-elle détaillé en point de presse ; 70 personnes ont besoin de soins, et 43 se trouvent aux soins intensifs en raison de la COVID-19. Toujours selon elle, environ 87 % de ces patients n’ont pas reçu leurs deux doses de vaccin.

Le gouvernement Legault a donné jusqu’au 15 octobre aux employés du réseau de la santé pour obtenir leurs deux doses de vaccin. Après cette date, les travailleurs non vaccinés du réseau seront suspendus sans solde ; 8 % des quelque 100 000 employés du réseau à Montréal refusent toujours la vaccination.

Les responsables tentent de joindre « de façon individuelle » les employés réfractaires, a insisté la directrice de santé publique de Montréal. « On veut tout faire pour ne pas arriver à des ruptures de service. »

Québec tente de prévoir le coup et annoncera « au cours des prochains jours » de nouveaux incitatifs pour recruter davantage d’infirmières. Mercredi matin, le premier ministre François Legault s’est dit « prêt à offrir les mêmes conditions » de travail que dans le secteur privé. Il a aussi ouvert la porte au retour des infirmières retraitées en leur permettant de continuer à recevoir leur pension en plus de leur salaire.

Les syndicats du réseau de la santé font valoir que le temps presse : Québec « doit maintenant se résigner à agir pour une meilleure conciliation travail-famille, pour mettre fin au temps supplémentaire obligatoire, pour contrer la surcharge de travail et pour agir sur l’instabilité des postes et des horaires », a réclamé Claire Montour, présidente de la Fédération de la santé du Québec.



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