Doublement vaccinés contre la COVID-19, mais trop confiants

Une éclosion dans une retraite de yoga a contaminé en quelques jours au moins une quinzaine de personnes le mois dernier, dont plusieurs doublement vaccinées. Un cinglant rappel des limites du vaccin, mais surtout de l’importance de maintenir les gestes barrière — que l’on soit vacciné ou pas —, rappellent certains experts.

Sébastien (nous utilisons un prénom fictif pour ne pas nuire à ses collègues), doublement vacciné, est en colère à cause de ce qui lui est arrivé, mais aussi contre lui-même. Ravi d’aller parfaire sa formation en pleine nature avec une cinquantaine d’autres étudiants, il en est revenu une semaine plus tard malade et honteux. « J’étais doublement vacciné, mais on n’avait pas à préciser notre statut en arrivant. On n’a jamais su qui était vacciné ou pas », explique-t-il.

Avec l’entrée en vigueur mercredi du passeport vaccinal, la situation aurait pu être différente. Mais en août, seul un formulaire attestant de l’absence de symptômes de la COVID-19 était exigé des participants, et plusieurs n’étaient pas vaccinés.

Après quelques jours de cohabitation, plusieurs élèves et professeurs ont développé divers symptômes : migraine, fatigue extrême, fièvre, frissons. Plusieurs sont tombés au combat, et les cours ont finalement été suspendus. « Nous avons tous manqué de jugement, car tous les signes étaient présents. Personne n’avait perdu l’odorat, alors on pensait que c’était autre chose. On s’est déresponsabilisés. J’ai eu tort de me sentir protégé », croit Sébastien.

En fin de stage, un courriel envoyé par les organisateurs a finalement avisé les participants que l’un d’entre eux avait été déclaré positif à la COVID-19. On les incitait à aller subir un test de dépistage « dès que possible ».

À son retour, Sébastien, encore malade, reçoit lui aussi un test positif et doit s’isoler 10 jours pour protéger sa famille. Après 48 heures, les organisateurs confirment que le nombre d’infections parmi les participants au stage s’élève désormais à 15 personnes, dont des personnes vaccinées. Heureusement, on rapporte aussi plusieurs tests négatifs parmi les 62 personnes identifiées sur les lieux pour la Santé publique.

Pour des raisons de confidentialité, la Direction de santé publique de la région concernée a refusé de préciser le lieu et le nombre exact d’infections liées à cette éclosion. La directrice du centre a toutefois soutenu que « toutes les règles avaient été observées », mais qu’une personne avait malheureusement introduit le virus dans le groupe.

Appel à la prudence

Sébastien a choisi de parler de ce dérapage pour mettre en garde les personnes vaccinées contre les risques posés par le variant Delta quand les gestes barrière tombent.

Bien qu’une distance de deux mètres séparait les élèves lors de leurs cours à l’intérieur, ils pouvaient retirer leurs masques pendant la formation, et dans bien d’autres contextes. « Nous partagions les mêmes espaces communs — sans masque — pour manger, dormir et nous doucher. Nous avons partagé notre nourriture et notre intimité, en faisant du yoga, de la danse, du chant, et j’en passe… », dit-il.

La nuit, il a partagé un dortoir avec une dizaine de personnes séparées par des paravents. « On a mal géré cette crise. Des bulles fixes auraient pu être créées et il aurait fallu isoler rapidement les gens symptomatiques. Mais ça n’a pas été le cas », déplore-t-il.

Le virus s’est rapidement frayé un chemin, tant chez des personnes protégées par le vaccin que chez les non-vaccinés, dont certains ont été très mal en point. « Collectivement, on a mis la tête dans le sable, car nos symptômes étaient tous différents », raconte-t-il.

Pour Benoît Barbeau, expert en virologie et professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM, il est clair que le vaccin peut conférer un faux sentiment de sécurité aux personnes adéquatement immunisées. « Il y a un nuage gris au-dessus de nos têtes, car le virus continue à circuler quand même chez les vaccinés. Les gens doivent garder en tête qu’ils peuvent être un vecteur et éviter les accolades et les embrassades », dit-il.

Si le vaccin ne protège pas complètement contre les infections, il demeure essentiel pour éviter une détérioration de l’état de santé et éviter les hospitalisations, ajoute l’expert. Le passeport vaccinal, à son avis, pourrait aider à ralentir la propagation actuelle.

« Les gens se sentent en sécurité quand ils sont vaccinés, constate aussi Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de Montréal. Or, c’est clair que certains vont quand même s’infecter. Par contre, les conséquences pour eux seront moins graves. »

Tous les experts consultés jugent que, pour faire face à la quatrième vague, le port du masque et la distanciation sociale doivent être maintenus, d’autant plus que bien des activités migrent à l’intérieur à l’automne. « Le vaccin peut donner l’impression d’être complètement protégé. Or, avec certains variants, le vaccin est un peu moins efficace. Il faut rester vigilants. La transmission aéroportée reste un gros problème. Porter le masque, ça reste la meilleure façon de protéger les autres », affirme la Dre Marie-Christine Pomey, professeure titulaire à l’École de santé publique de Montréal.

Efficace, mais pas miraculeux

Si les risques d’infection demeurent chez les personnes vaccinées, les chiffres diffusés cette semaine par le ministre de la Santé, Christian Dubé, sont sans équivoque en ce qui concerne l’impact du virus sur les personnes non vaccinées.

Ces dernières courent 8,8 fois plus de risques d’être infectées que celles qui sont doublement vaccinées. Avec une seule dose, les personnes partiellement protégées s’exposent tout de même à quatre fois plus de risques d’infection.

En ce qui a trait au risque de développer une forme grave de la COVID-19, le fossé se creuse encore davantage entre vaccinés et non-vaccinés. Le risque d’être hospitalisé s’avère 32,8 fois plus élevé chez les gens non vaccinés que chez ceux qui sont protégés par deux doses.

À Montréal, 87 % des personnes hospitalisées à l’heure actuelle n’étaient pas adéquatement protégées, selon la Santé publique. Et cela, même si les adolescents et les adultes non vaccinés ne représentent plus qu’un faible pourcentage de la population (16 % des Montréalais de 12 ans et plus).

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