Le déconfinement fait du bien à la santé mentale des ados

Les adolescents en crise souffrant de troubles alimentaires graves sont beaucoup moins nombreux au CHU Sainte-Justine qu’au printemps dernier depuis le retour à l’école à temps complet.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Les adolescents en crise souffrant de troubles alimentaires graves sont beaucoup moins nombreux au CHU Sainte-Justine qu’au printemps dernier depuis le retour à l’école à temps complet.

L’allègement des mesures sanitaires dans les écoles a déjà des répercussions positives jusqu’à l’hôpital.

Au CHU Sainte-Justine, les adolescents en crise souffrant de troubles alimentaires graves sont beaucoup moins nombreux qu’au printemps dernier. L’équipe de médecine de l’adolescence s’en réjouit et, surtout, implore les décideurs d’éviter à tout prix le retour de l’école à distance, et ce, même si la pandémie reprend son essor.

Pendant la pandémie — plus particulièrement entre janvier et juin derniers —, le nombre de jeunes en crise hospitalisés au CHU Sainte-Justine en raison de troubles alimentaires a triplé par rapport au chiffre habituel. « Au cours du printemps 2021, on comptait plus de 30 adolescents hospitalisés pour un trouble de la conduite alimentaire, c’était du jamais vu dans l’histoire de l’hôpital ! En fait, 40 % des patients hospitalisés en pédiatrie étaient des adolescents en crise en raison de troubles alimentaires et d’autres enjeux de santé mentale », se rappelle le Dr Olivier Jamoulle, pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence au CHU Sainte-Justine.

Il s’agissait surtout d’adolescents de 11 à 18 ans aux prises avec des troubles alimentaires qui se manifestaient par un refus complet et catégorique de s’alimenter, par une perte de poids excessive ou par une bradycardie importante (un rythme cardiaque beaucoup trop lent). « Il y a eu aussi des jeunes émettant des plaintes médicales floues, comme des maux de ventre ou des symptômes physiques difficiles à expliquer médicalement et qui s’avéraient être un mal-être psychologique. On a vu également des adolescents en dépression ou souffrant d’anxiété, dont certains avaient des idées suicidaires ou [avaient] fait des tentatives de suicide », précise le spécialiste.

Selon l’équipe de Sainte-Justine, cette croissance des cas découlait « majoritairement des mesures sanitaires de la pandémie ». « Les jeunes souffraient de ne pas avoir d’école en présence ou d’y être seulement un jour sur deux, de ne plus faire leurs sports, de ne plus voir leurs amis, de ne plus avoir leurs points de repère habituels et leurs facteurs protecteurs. Autant d’éléments qui ont eu des répercussions sur leur vie sociale d’adolescent », détaille celui qui est aussi le chef de la section de médecine de l’adolescence au CHU.

Embellie estivale

« Mais bonne nouvelle : on observe depuis le mois d’août une bonne diminution du nombre d’adolescents hospitalisés et en situation de crise ; ils ne sont plus qu’une dizaine en ce qui concerne les troubles alimentaires. On retombe dans nos chiffres habituels d’avant la pandémie », affirme le Dr Jamoulle avec prudence, compte tenu du peu de temps écoulé depuis la rentrée scolaire.

« C’est un grand changement qu’on attribue potentiellement à la levée des mesures sanitaires, qui a permis aux jeunes de voir leurs amis, d’avoir un emploi d’été et de retourner en classe à temps complet. Cette rentrée en présence leur a permis de reprendre leurs habitudes du quotidien. Le fait d’être à l’école à temps complet est très structurant pour les jeunes, qui retrouvent les points de repère de leur vie normale », explique-t-il.

Le Dr Jamoulle reconnaît qu’il y a néanmoins certains jeunes souffrant d’anxiété sociale qui ont apprécié le confinement et les classes à distance et qui trouvent difficile le retour à l’école, mais « cette perception devrait s’atténuer au cours des prochaines semaines », dit-il.

Le poids du confinement

« Le lien nous apparaît clair entre la grosse baisse des hospitalisations d’adolescents en crise, d’une part, et le retour à l’école et la levée des contraintes sanitaires, d’autre part. Il est donc primordial d’éviter à tout prix un reconfinement — ou du moins, la scolarisation à distance —, qui serait une catastrophe pour les jeunes et qui nous ferait possiblement revivre une situation au moins aussi intense, sinon pire », insiste le Dr Jamoulle au nom de son équipe.

« Même si la pandémie reprend, il faut que les décideurs se rappellent qu’il y a eu cette vague silencieuse de jeunes en grande souffrance qui se sont retrouvés hospitalisés. Il faudra qu’ils en prennent compte plus que jamais si des décisions difficiles doivent être prises », martèle-t-il tout en soulignant que « la vaccination est un outil très puissant pour éviter de revenir à des mesures draconiennes comme le confinement ».

« Les adolescents ont été incroyables durant cette pandémie : non seulement ils ont été directement touchés par les mesures sanitaires, mais ils ont aussi collaboré extrêmement bien dans l’application des mesures sanitaires et ils répondent présents à la vaccination », fait remarquer le pédiatre. En effet, selon les données en date du 13 septembre présentées sur le site VaccinTrackerQC, 90 % des jeunes âgés de 12 à 17 ans au Québec ont reçu une première dose de vaccin et 77 % sont doublement vaccinés.



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