Deux fois plus de cas de COVID-19 à Montréal que la semaine dernière

La quatrième vague prend de l’ampleur à Montréal. Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 rapportés a presque doublé en une semaine, en raison notamment de la multiplication des éclosions dans les services de garde et dans les écoles primaires. Pour la première fois depuis des mois, les milieux de soins et les résidences pour aînés commencent aussi à écoper.

Dans un nouvel état de la situation diffusé mardi, la Direction régionale de santé publique de Montréal a fait état de 594 cas de COVID-19 liés à des éclosions actives dans la métropole, comparativement à 364 le 7 septembre dernier. Le nombre total d’éclosions a bondi de près de 60 %, passant de 86 à 136 en sept jours.

Même si le plus grand nombre d’éclosions et de cas rapportés frappent toujours les milieux de travail (210), la transmission s’est accélérée dans les services de garde et en milieu scolaire, qui comptent désormais pour près de 40 % des cas de COVID-19 dénombrés dans la métropole, contre 25 % la semaine dernière.

Explosion des cas en garderies

Le nombre de cas rapportés dans les garderies et dans d’autres services à la petite enfance a bondi de plus de 100 %, grimpant de 79 cas à 165 en sept jours. Dans les écoles de la métropole, le nombre d’enfants infectés par le coronavirus a aussi grimpé, de 31 à 82, frappant davantage les écoles primaires (14 éclosions, contre 8 dans les écoles secondaires).

Donnée plus inquiétante : les éclosions actives ont repris de l’ampleur dans certains hôpitaux (neuf cas dans trois hôpitaux), certains CHSLD et d’autres milieux de soins, alors qu’ils avaient été relativement épargnés ces derniers mois. Les milieux de soins les plus touchés sont les résidences pour aînés (RPA), avec quatre éclosions à l’origine de près de 40 cas, tandis que les CHSLD rapportent trois éclosions ayant infecté 11 de leurs résidents.

 
594
C’est le nombre de cas que rapportait mardi la Direction régionale de santé publique de Montréal.

Au total, le nombre de cas de COVID dans les milieux abritant des patients et des personnes vulnérables a quadruplé depuis une semaine, passant de 17 à 72. « C’est sûr qu’il y a désormais plus de contacts dans la population, et ces éclosions dans les milieux de soins, c’est l’effet clair de la transmission communautaire », a expliqué mardi Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’Université de Montréal.

Difficile de prédire toutefois où mènera cette hausse des infections dans la métropole, maintenant nourrie par les milieux scolaires, où les enfants de moins de 12 ans ne sont toujours pas vaccinés.

« On a fait beaucoup de simulations, avec des scénarios plus pessimistes et d’autres plus optimistes, mais il va falloir attendre encore deux à trois semaines pour voir s’il y aura une stabilisation des infections, comme ça semble être le cas au Royaume-Uni, ou si ça va commencer à se répercuter grandement sur les hospitalisations », ajoute-t-il.

Une équation complexe

À pareille date l’an dernier, lors de la deuxième vague, il était possible de prévoir sans se tromper que le système de santé allait être débordé par les hospitalisations générées par la croissance des infections. Mais cette année, l’effet positif de la vaccination, combiné avec l’effet négatif d’un variant plus contagieux et d’une pénurie accrue de personnel, rend l’équation autrement plus complexe à résoudre.

Pour Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, il est clair que la montée des éclosions dans les milieux de soins est un rappel qu’il faut dès maintenant redoubler de prudence et même songer à déployer de nouvelles mesures pour protéger un système de santé exsangue.

« On pourrait dès maintenant utiliser des tests de dépistage rapide dans les hôpitaux et d’autres milieux de soins, pour éviter que des patients, des visiteurs ou des travailleurs ne contaminent les personnes les plus vulnérables de notre société. On ne doit pas revivre ce qu’on a vécu en 2020. Il faudra aussi envisager rapidement une troisièmedose pour les personnes vivant en CHSLD », croit-elle.

Comme au Royaume-Uni, où les gens peuvent recevoir gratuitement sur demande une trousse de dépistage rapide à leur domicile, le professeur Mâsse croit que l’accès facilité aux tests rapides chez nous serait un outil de plus pour prévenir et contenir la transmission. « Ça aiderait les gens, même les personnes doublement vaccinées, à savoir rapidement s’ils sont contagieux avant de visiter d’autres personnes qui sont plus vulnérables. » De tels tests ont été mis à la disposition de 72 écoles de la région de Montréal cette semaine, situées dans quatre quartiers chauds de Montréal et de Laval.

Cruciale vaccination

Outre ces mesures, percer le mur de la réticence au vaccin demeure la seule autre façon d’empêcher les gens non vaccinés — 39 fois plus à risque d’être hospitalisés et 46 fois plus à risque d’aboutir aux soins intensifs — de subir non seulement les conséquences directes de la maladie, mais aussi les effets post-infection et persistants de la « COVID longue durée », qui frappe un fort pourcentage des malades, pense Mme Borgès Da Silva.

Selon les données diffusées mardi par la Direction régionale de santé publique de Montréal, 80 % des habitants de la métropole avaient reçu au moins une dose de vaccin en date du 14 septembre, mais seulement 74 % de la population totale (en incluant les 12 ans et moins) était adéquatement vaccinée (deux doses). Pas moins de 170 000 personnes de plus de 12 ans, admissibles au vaccin, n’ont toujours reçu aucune dose.

Les deux secteurs de l’île de Montréal qui affichent des taux de couverture vaccinale (au moins une dose) les plus bas chez les 12 ans et plus sont Montréal-Nord (80,5 %) et Outremont (77,2 %). Dans ces deux secteurs, le nombre de personnes adéquatement vaccinées ne dépasse pas 70,6 % (Montréal-Nord) et 73,5 % (Outremont).

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