La quatrième vague frappe les services de garde

Les services de garde, un des milieux les plus propices aux éclosions de COVID-19, « apprennent à vivre avec le virus », comme a prévenu le gouvernement Legault. Ce constat met toutefois à l’épreuve la patience des parents et du personnel éducatif, qui renouent avec les périodes d’isolement à la maison pour eux et leurs proches après une accalmie estivale.

La quatrième vague frappe à la porte des services de garde pour tout-petits, qui signalent 16 % des éclosions au Québec. Il s’agit du secteur le plus touché par les infections après les milieux de travail. Les enfants de 9 ans et moins représentent 20 % des 600 cas de COVID-19 rapportés mercredi.

Cette situation préoccupe la Direction régionale de la santé publique de Montréal, qui s’attend à une recrudescence des cas en raison du variant Delta. Les jeunes enfants en service de garde demeurent non vaccinés et ne portent pas le masque. La distanciation est impossible à cet âge. Les tout-petits se mélangent aussi hors des « groupes-bulles », le matin et en fin de journée, à cause du manque de personnel.

« On veut que les enfants continuent à fréquenter les services de garde, donc il faut s’attendre à ce qu’il y ait de la transmission. Le seul moyen [de mieux protéger les enfants] demeure de vacciner adéquatement tous les employés », précise le Dr David Kaiser, médecin à la santé publique de Montréal.

Le dernier bilan fait état de 79 infections liées à 15 éclosions actives dans les services de garde de la métropole, soit trois fois plus que pour la dernière semaine du mois d’août (24 cas reliés à 3 éclosions).

« Vivre avec le virus »

La bonne nouvelle, c’est que la vaste majorité des enfants infectés s’en tirent sans séquelles ou avec des symptômes mineurs comme de la fièvre, des vomissements ou des maux de tête. La plupart des adultes, surtout ceux qui sont vaccinés, sortent aussi indemnes d’une infection.

Des parents et des membres du personnel éducatif joints par Le Devoir s’inquiètent peu des conséquences d’une éclosion sur leur santé ou celle de leurs enfants : ils sont davantage angoissés par les mesures à prendre pour freiner la pandémie.

« Si on est pour vivre avec le virus, est-ce qu’on peut imaginer d’autres mesures pour faciliter la vie des gens et pour éviter les éclosions ? » demande Marie-Michèle Patry-Gobeil, mère d’une fillette infectée au Centre de la petite enfance (CPE) du Passe-temps, dans le quartier Ahuntsic à Montréal. Une éclosion importante est survenue la semaine dernière dans ce service de garde.

Sa fille est confinée à son lit, avec de la fièvre et de la fatigue, depuis son infection confirmée samedi dernier. Toute la famille Patry-Gobeil est en isolement : la fillette pourra retourner au service de garde le lundi 13 septembre si elle présente un test négatif. Son frère et sa sœur, qui vont à l’école primaire du quartier, doivent toutefois rester à la maison jusqu’au 24 septembre par mesure de précaution, a décrété la Santé publique. Les deux enfants ne seront allés en classe que quatre jours depuis la rentrée.

Marie-Michèle Patry-Gobeil s’interroge sur la pertinence d’une aussi longue période d’isolement, d’autant plus que les deux élèves n’avaient toujours pas eu de suivi de leurs enseignants au moment où ces lignes étaient écrites.

La mère se demande pourquoi ses enfants ne pourraient pas retourner à l’école après avoir eu un test de dépistage négatif à la suite de la guérison de leur petite sœur. Elle rêve du moment où les enfants auront accès à un vaccin approuvé par Santé Canada. Doublement vaccinés, Mme Patry-Gobeil et son conjoint ont le droit de sortir de la maison, mais ils ont décidé de rester en isolement, par prudence.

« Essoufflement généralisé »

Geneviève Bélisle, directrice générale de l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), estime qu’il faut ajuster les mesures de prévention à la nouvelle réalité exigeant de « vivre avec le virus ». Le premier geste devrait être d’instaurer des tests rapides de dépistage pour isoler rapidement les enfants et le personnel infectés.

« La plus grande inquiétude de nos membres est la pénurie de personnel. Il y a un essoufflement généralisé », affirme de son côté Stéphanie Vachon, qui représente 10 000 travailleuses de CPE à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

Plus de 80 % des travailleuses de CPE sont vaccinées, selon un sondage interne mené par le syndicat. La FSSS encourage ses membres à se faire vacciner, mais s’oppose à la vaccination obligatoire en raison du risque d’exode du personnel opposé au vaccin. Stéphanie Vachon rappelle que la vaste majorité des infections en CPE frappe les enfants, non vaccinés, et non le personnel.

Avec Isabelle Paré

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