Les soignants récalcitrants à la vaccination seront suspendus sans solde

«On ne peut pas accepter que des travailleurs mettent des personnes vulnérables à risque. Il y en a déjà beaucoup qui sont épuisés, mais en même temps, on ne veut pas en perdre davantage», a évoqué mardi après-midi le ministre de la Santé, Christian Dubé (à droite), lors d’une conférence de presse en présence du premier ministre François Legault (au centre) et du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda (à gauche).
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «On ne peut pas accepter que des travailleurs mettent des personnes vulnérables à risque. Il y en a déjà beaucoup qui sont épuisés, mais en même temps, on ne veut pas en perdre davantage», a évoqué mardi après-midi le ministre de la Santé, Christian Dubé (à droite), lors d’une conférence de presse en présence du premier ministre François Legault (au centre) et du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda (à gauche).

Tous les travailleurs du réseau de la santé et des services sociaux dans la province devront être vaccinés d’ici le 15 octobre, sous peine d’être suspendus sans solde, a confirmé mardi le gouvernement Legault. Des syndicats et associations d’établissements pour aînés appréhendent des « bris de services » en raison de cette mesure, qui risque selon eux d’aggraver la pénurie de main-d’œuvre dans le réseau.

« On ne peut pas accepter que des travailleurs mettent des personnes vulnérables à risque. Il y en a déjà beaucoup qui sont épuisés, mais en même temps, on ne veut pas en perdre davantage », a évoqué mardi après-midi le ministre de la Santé, Christian Dubé. En date du 23 août, ce sont plus de 2500 employés du réseau qui étaient absents du travail en raison de la COVID-19, en grande partie de façon préventive après avoir été en contact avec un cas positif.

« On a la responsabilité de protéger les personnes vulnérables et de protéger notre système de santé », a insisté le ministre, lors d’une conférence de presse tenue à Montréal en présence du premier ministre, François Legault, et du directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

Ainsi, tous les employés du réseau de la santé et des services sociaux, qu’ils œuvrent dans des établissements publics ou privés, devront être adéquatement vaccinés d’ici le 15 octobre, après avoir respecté un intervalle d'au moins 28 jours entre les deux doses. Ceux-ci ne disposent donc que de quelques jours encore pour se faire vacciner s’ils souhaitent éviter d’être « suspendus » sans solde ou réaffectés à d’autres tâches à compter de la mi-octobre, a insisté le ministre.

Cette mesure, que Québec ne comptait appliquer au départ qu’aux employés du réseau en contact étroit avec des patients, sera donc finalement élargie à l’ensemble des travailleurs du réseau, en plus de s’appliquer aux visiteurs et aux proches aidants des établissements visés.

Pénurie de main-d’œuvre

Dans les derniers jours, la courbe des cas a continué sa montée. Mais ce qui préoccupe surtout le premier ministre du Québec, c’est la récente hausse des hospitalisations et des personnes qui se retrouvent aux soins intensifs après avoir contracté la COVID-19. Dans le contexte de la montée du variant Delta, plus contagieux, M. Legault dit ainsi craindre qu’une forte proportion des Québécois qui ne sont pas encore vaccinés contre le virus contracte celui-ci dans les prochains mois. Ceux-ci représentent 13 % de la population actuellement, soit quelque 900 000 personnes.

« On ne peut pas se permettre que des milliers de personnes se ramassent dans nos hôpitaux », a évoqué le premier ministre. Ce dernier, qui s’oppose à un nouveau confinement de l’économie québécoise, s’inquiète par ailleurs du manque croissant d’infirmières pour combler les besoins dans le réseau de la santé. Il en manquerait environ 4000, selon les estimations du gouvernement.

« On est en train de retourner chaque pierre » pour tenter de résoudre ce problème, a dit M. Legault, qui espère notamment convaincre des infirmières à la retraite de retourner au travail.

Or, la suspension des employés du réseau de la santé et des services sociaux qui n’auront pas obtenu leurs deux doses risque d’aggraver la pénurie de main-d’œuvre, appréhendent plusieurs syndicats et associations d’établissements pour aînés joints par Le Devoir mardi. Québec évalue à 86 % le taux de vaccination à deux doses parmi les employés du réseau, en date du 25 août.

« Est-ce que le réseau de la santé peut se permettre de perdre ne serait-ce qu’une infirmière ? Poser la question, c’est y répondre », laisse tomber le président de la Centrale des syndicats du Québec, Éric Gingras, qui craint que les employés adéquatement vaccinés, qui sont déjà « à bout de souffle », aient à porter le poids des impacts de la vaccination obligatoire sur leurs épaules.

La Fédération de la santé et des services sociaux de la Confédération des syndicats nationaux appréhende pour sa part des « bris de services » dans les CHSLD et les résidences privées pour aînés, qui pourraient entre autres perdre des préposés aux bénéficiaires en raison de la vaccination obligatoire. « On ne peut que prendre acte et conseiller à nos membres de se faire vacciner, mais c’est assez difficile de prédire quelle sera leur réaction », s’inquiète le président du syndicat, Jeff Begley.

« Il faut absolument éviter tout bris de services », insiste, elle aussi, la directrice générale de l’Association des établissements privés conventionnés, Annick Lavoie, qui attend la mise en place rapide de « plans d’action » par Québec pour prévenir « la pénurie de main-d’œuvre » qui guette ses membres. Car autrement, ce sont les personnes âgées qui vont « écoper », appréhende le président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Yves Desjardins.

Dans un avis publié mardi, l’Institut national de santé publique du Québec, qui a changé de position pour être maintenant favorable à la vaccination obligatoire des employés du réseau, a néanmoins soulevé, lui aussi, des préoccupations liées à la pénurie de main-d’œuvre. Il a ainsi proposé que Québec reporte l’échéance du 15 octobre dans la mise en application de la vaccination obligatoire.

« Je pense qu’on sera en mesure de remplacer [les employés récalcitrants à se faire vacciner], si on doit le faire », a pour sa part fait valoir Christian Dubé, mardi.

Délestage en vue

 

La hausse des hospitalisations obligera d’ailleurs le réseau de la santé à recommencer à faire du délestage « d’ici quelques jours », entrevoit M. Dubé. L’an dernier, cette situation a entraîné le report de nombreuses chirurgies et rendez-vous jugés non urgents.

Le délestage pourrait particulièrement affecter les hôpitaux de la grande région de Montréal, où la Santé publique recense 90 % des hospitalisations liées à la COVID-19 dans la province. « Est-ce qu’il pourrait y avoir des mesures plus spécifiques dans la grande région de Montréal ? On va suivre ça de très près dans les prochains jours », a laissé tomber M. Dubé, sans trop s’avancer.


Une version précédente de ce texte indiquait que les travailleurs de la santé devront, d’ici le 15 octobre, être adéquatement vaccinés depuis au moins 28 jours. Elle a été corrigée.




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