Les infirmières sont à bout de souffle, déplore la FIQ

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
La pénurie d’infirmières est criante dans tout le Québec, ce qui a de lourdes conséquences pour les patients et les soignantes. En juin 2020, à l’initiative de la FIQ, le personnel de l’hôpital de Saint-Jérôme avait manifesté pour réclamer plus de temps de repos.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La pénurie d’infirmières est criante dans tout le Québec, ce qui a de lourdes conséquences pour les patients et les soignantes. En juin 2020, à l’initiative de la FIQ, le personnel de l’hôpital de Saint-Jérôme avait manifesté pour réclamer plus de temps de repos.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière les lacunes du système de santé québécois. Au premier rang, le manque de main-d'œuvre apparaît criant au sein de la province. Les infirmières et infirmiers en place dans les divers hôpitaux et centres de santé sont astreints aux heures supplémentaires obligatoires. Une situation intenable pour eux. La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui regroupe près de 75 000 membres, est bien consciente du problème. Une de leur membre, Jessica Fortin, assistante infirmière-chef de nuit à l’unité mère-enfant de l’Hôtel-Dieu à Lévis, témoigne.

« La pratique du temps supplémentaire obligatoire dure depuis plusieurs années, mais elle s’est accentuée cette dernière année, et encore plus ces derniers mois. Tous les postes de l’hôpital sont concernés. Cette imposition du temps de travail a un impact clair dans nos vies. Que ce soit dans nos relations avec les collègues, avec la famille ou la prestation des soins et des services, on sent une fatigue et une lassitude générale », indique d’emblée Jessica Fortin.

Les heures supplémentaires obligatoires se produisent quand une infirmière qui arrive à la fin de son quart de travail n’a personne pour prendre sa relève. Le code déontologique l’astreint donc à rester et à continuer à soigner les patients. Beaucoup d’infirmières enchaînent deux quarts de 8 heures consécutifs soit 16 heures de travail en continu. Ces heures supplémentaires peuvent quelquefois monter jusqu’à 30 heures par semaine au total.

Malgré toute notre bonne volonté, on ne soigne pas un patient de la même façon après 14 heures de service qu’en temps normal

 

L’équipe de nuit dont fait partie Jessica Fortin compte neuf infirmières. Elles affirment depuis des mois être en surcharge de travail et épuisées, notamment en raison de la pénurie de personnel et du recours systématique aux heures supplémentaires obligatoires.

Manifestation pacifique

« Nous sommes une petite équipe, c’est souvent la débrouille pour trouver des remplaçantes. Fréquemment, nous faisons appel à une collègue pour qu’elle rentre plus tôt en poste pour que nous puissions rentrer nous reposer, puis c’est notre tour de venir remplacer une collègue, précise-t-elle. C’est une sorte de roue sans fin et, en fin de compte, malgré toute notre bonne volonté, on ne soigne pas un patient de la même façon après 14 heures de service qu’en temps normal. »

Le lundi 23 août, les travailleuses de l’unité mère-enfant ont manifesté pacifiquement devant l’hôpital de Lévis. Les infirmières du quart de nuit refuseront désormais de faire des heures supplémentaires afin de préserver leur santé, leur qualité de vie et la santé de leurs patients.

Ce n’est pas la première fois que des actions sont menées dans cet hôpital et dans divers lieux de soins à travers la Belle Province. Sans résultats pour le moment.

« Les filles n’en peuvent plus, elles sont à bout. Plusieurs d’entre nous tombent en maladie. Quand vous êtes mère de famille, la situation avec les conjoints et les enfants est très complexe. Ceux-ci ne comprennent pas toujours le nombre d’heures renversant que nous sommes obligées de faire. Malgré cela, les infirmières adorent leur travail. On le fait par vocation. Pour nous, les patients sont essentiels, et notre devoir est de les traiter dignement et de la meilleure façon possible », ajoute Mme Fortin.

Une situation encore pire cet automne ?

À cause de la pandémie, plusieurs membres du personnel, comme les gens immunodéprimés ou les femmes enceintes, ont été renvoyés chez eux. Les stagiaires, qui arrivaient pour être formés ont eu, eux aussi, beaucoup moins de tâches à effectuer. La situation a alors de nouveau empiré. De même, la plupart des préposés aux bénéficiaires promis par le gouvernement Legault ont été attribués principalement aux CHSLD, et non aux hôpitaux. Aucun préposé n’est venu renforcer l’unité mère-enfant de l’Hôtel-Dieu.

« Il faut vite recruter et former de nouveaux infirmiers et infirmières pour les milieux spécialisés. De nouveaux postes doivent être créés au plus vite. De même, nous faisons le travail de préposé aux bénéficiaires en ce moment par manque de personnel, ce n’est pas normal. Des aides de service doivent aussi être mises en place. Nous ne nous sentons pas toujours soutenues par la direction et le gouvernement. Il faut que les choses changent, et rapidement », insiste Jessica Fortin.

La FIQ craint d’ailleurs une surcharge de travail encore plus importante cet automne, avec la hausse des cas de COVID-19. La présence du variant Delta pourrait aussi entraîner un taux d’absentéisme encore plus élevé. La situation est urgente, et tout le personnel soignant espère cette fois-ci trouver une oreille attentive de la part des décideurs à ses demandes répétées. L’avenir d’un système de santé performant pour le Québec passe par là.

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