Des taux de vaccination inégaux chez les travailleurs de la santé

Les infirmières auxiliaires, les sages-femmes et les préposés aux bénéficiaires sont surreprésentés chez les professionnels de la santé qui ne sont pas immunisés contre la COVID-19.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les infirmières auxiliaires, les sages-femmes et les préposés aux bénéficiaires sont surreprésentés chez les professionnels de la santé qui ne sont pas immunisés contre la COVID-19.

Les infirmières auxiliaires, les sages-femmes et les préposés aux bénéficiaires sont surreprésentés chez les professionnels de la santé qui ne sont pas immunisés contre la COVID-19.

À l’approche de la consultation parlementaire sur la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé, plusieurs se demandent d’ailleurs qui sont ces travailleurs non vaccinés dont le nombre est estimé à 50 000 par le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Déjà, des données indiquent que des écarts importants existent entre les différents corps de métier.

Selon les informations de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), à peine 67 % des sages-femmes et 76 % des infirmières auxiliaires de la province sont adéquatement vaccinées contre la COVID-19, tandis que plus de 95 % des médecins le sont déjà. Concrètement, cela signifie donc que 7021 infirmières auxiliaires et 92 sages-femmes du réseau de la santé québécois restent à vacciner.


Interpellé à ce sujet, l’Ordre des infirmières auxiliaires du Québec (OIIAQ) a préféré ne pas accorder d’entrevue au Devoir. Dans un courriel, l’OIIAQ, qui représente 29 256 membres, répète toutefois que la vaccination « demeure un choix personnel ». Elle affirme cependant « encourager fortement ses membres à se faire vacciner afin d’éviter d’accroître la pénurie de main-d’œuvre ».

De plus, si l’écrasante majorité des infirmières du réseau public sont immunisées contre la COVID-19, 12 % d’entre elles — plus de 10 000 personnes — ne le sont pas.

76 %
C’est la proportion des infirmières auxiliaires qui sont adéquatement vaccinées. À titre comparatif, ce taux grimpe à 95 % chez les médecins.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) croit cependant que l’INSPQ surestime le nombre des non-vaccinés dans le réseau de la santé. « L’information que nous donne le ministère, c’est qu’on a un taux de vaccination de 91 % chez nous », fait valoir le vice-président de la FIQ, Jérôme Rousseau. Le syndicat croit que l’on compte peut-être davantage d’infirmières non vaccinées au sein des agences privées. « Ça fait partie des questions qu’on aimerait poser la semaine prochaine en commission parlementaire », souligne-t-il.

Des sages-femmes peu nombreuses

 

Si le petit nombre de sages-femmes au Québec n’explique pas à lui seul les 28 points de pourcentage qui séparent leur taux de vaccination de celui des médecins, il en atténue toutefois l’impact dans le monde réel, affirme de son côté Julie Pelletier, la présidente de l’Ordre des sages-femmes du Québec (OSFQ).

Puisque l’OSFQ ne compte que 279 membres, le portrait statistique de l’INSPQ peut être facilement déformé, note-t-elle. Une seule sage-femme non vaccinée dans une région qui en compterait quatre, par exemple, ramènerait à elle seule le taux de vaccination à 75 %. « [Le pourcentage de vaccination des sages-femmes] peut sembler bas, mais quand on ramène le taux en chiffres réels, c’est quand même une bonne statistique », affirme Mme Pelletier.

La présidente de l’OSFQ croit aussi que certaines travailleuses ont peut-être retardé leur vaccination en raison du risque de contamination moins élevé en maison de naissances. « Depuis l’instauration de l’état d’urgence […], on a déterminé que les maisons de naissance seraient des milieux froids. Donc, les sages-femmes ne devaient pas être en contact avec des personnes à risque ou positives à la COVID-19. »

Plus de 10 000 préposés non vaccinés

Où sont donc les milliers de travailleurs de la santé non vaccinés qui manquent au décompte du ministre Dubé ? Une portion d’entre eux est assurément du côté des préposés aux bénéficiaires (PAB), qui ne sont pas comptabilisés dans les données de l’INSPQ.

On recense plus de 40 000 préposés aux bénéficiaires dans le réseau public et, selon le ministère de la Santé, 74 % d’entre eux ont reçu leurs deux doses de vaccin. C’est donc, au minimum, 10 000 personnes qui ne sont pas pleinement immunisées au sein de ce groupe.

En comptant les préposés, on recenserait donc 30 000 travailleurs à vacciner dans le système de santé, soit beaucoup moins que les 50 000 évoqués par le ministre de la Santé.


Toutefois, en plus des professionnels du réseau public, il faut aussi tenir compte des travailleurs des résidences privées pour aînés, des agences privées et des ressources intermédiaires.

Au sein des ressources intermédiaires (RI), le personnel réticent à la vaccination se trouve d’ailleurs surtout dans les grandes villes, note la directrice de l’Association des ressources intermédiaires, Johanne Pratte. Ces derniers mois, elle affirme avoir dû soutenir plusieurs membres aux prises avec des employés non vaccinés. « Avec le recul, on est favorables [à la vaccination obligatoire], dit-elle. Les RI sont des milieux de vie pour des gens très vulnérables et ça nous apparaît illogique qu’il y ait des préposés non vaccinés qui donnent des services à nos résidents. »

Mystère du côté des résidences privées pour aînés

 

Il n’a pas été possible de connaître le taux de couverture vaccinale des travailleurs des résidences privées pour personnes âgées du Québec. Tant du côté syndical que du côté patronal, on affirme que les données sont inexistantes, même après les avoir demandées au ministère de la Santé.

« Le ministère n’était pas en mesure de nous fournir la donnée du pourcentage d’employés en RPA qui étaient vaccinés. Les résidents, oui, mais les employés ont été vaccinés de leur propre chef », déplore Yves Desjardins, le p.-d.g. du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA). Le Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES-FTQ), très présent dans les RPA, n’a pas non plus été en mesure de fournir les données sur ses travailleurs.

Du côté syndical, le SQEES, qui appuie sans nuance la vaccination des travailleurs, soutient toutefois que « la vaccination obligatoire doit demeurer la solution de dernier recours » : l’utilisation des tests de dépistage rapides devrait être priorisée, dit-on.

La vaccination obligatoire pourrait surtout amplifier un manque de main-d’œuvre déjà criant, souligne le syndicat. « Même s’il reste au bout du compte 5 % de réticents, si on les perd […], ça va juste aggraver la pénurie actuelle », dit un intervenant inquiet qui a demandé l’anonymat.

Même son de cloche au RQRA : « On est déjà en pénurie de main-d’œuvre, donc, des mesures coercitives envers ceux qui ne sont pas vaccinés, ça nous inquiète. Ça pourrait même peut-être mener à des ruptures de service dans des résidences déjà en difficulté », souligne son p.-d.g. La situation pourrait être particulièrement problématique dans les petites résidences qui ne comptent qu’un employé de nuit, fait valoir M. Desjardins. « Si cet employé ne peut plus travailler, qu’est-ce qu’on fait ? »

Le RQRA et le SQEES-FTQ étaient toujours en attente d’une confirmation quant à leur présence à la commission parlementaire sur la question.



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