Les hôpitaux pédiatriques se préparent à la quatrième vague

Les hôpitaux pédiatriques québécois se préparent à affronter la quatrième vague de COVID-19. Au Centre mère-enfant Soleil du CHU de Québec, des infirmières suivent une formation afin de pouvoir travailler à l’unité de soins intensifs en cas de nécessité. L’Hôpital de Montréal pour enfants, lui, se dit prêt à doubler son unité COVID-19 si la situation l’exige. Le CHU Sainte-Justine s’attend de son côté à un automne chaud en raison de la circulation du SRAS-CoV-2 et des autres virus respiratoires.

La Dre Marie-Astrid Lefebvre, spécialiste des maladies infectieuses et responsable du contrôle des infections à l’hôpital de Montréal pour enfants, suit de près la situation dans le sud des États-Unis, où le nombre d’enfants hospitalisés en raison de la COVID-19 a explosé au cours des dernières semaines. « C’est sûr que le sud des États-Unis est difficilement comparable au Canada parce qu’on a des bassins de population [adultes et enfants] très importants qui sont non vaccinés, modère-t-elle toutefois. Donc, les enfants qui sont vulnérables sont énormément exposés au variant Delta. »

Rappelons que les moins de 12 ans ne peuvent pas encore être vaccinés contre la COVID-19, aucune formule n’ayant été homologuée jusqu’à maintenant pour cette catégorie d’âge.

Le variant Delta étant beaucoup plus contagieux que la souche originale ou les autres variants, davantage d’enfants américains sont infectés par le SRAS-CoV-2, explique la Dre Lefebvre. « Forcément, il y aura un petit pourcentage de ces enfants-là qui auront une COVID de modérée à sévère et qui auront besoin d’être hospitalisés. Ça ne veut pas nécessairement dire que le variant Delta est plus virulent chez les enfants ; on ne le sait pas vraiment encore. » La prévalence de l’obésité — un facteur de risque de la maladie — chez les enfants américains peut aussi contribuer à l’augmentation observée.

Selon les données des Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis (CDC), entre 0,1 % et 1,9 % des infections survenues depuis la fin juillet chez les enfants ont mené à une hospitalisation.

La Dre Valérie Lamarre, pédiatre-infectiologue au CHU Sainte-Justine, ne s’attend pas à ce que beaucoup d’enfants soient hospitalisés en raison de la COVID-19 au Québec. « Mon impression, c’est qu’il va y avoir des patients hospitalisés avec différentes maladies et ça va adonner qu’ils vont être positifs à la COVID », remarque-t-elle. Un enfant admis à l’hôpital pour une appendicite doit subir un test de dépistage de la COVID-19, par exemple.

« On risque aussi d’avoir des enfants avec des co-infections — de l’influenza, du VRS [virus respiratoire syncytial], tous ces virus qui nous les amènent à l’hôpital normalement et qui vont circuler plus, croit la Dre Lamarre. Certains vont avoir la COVID [en plus]. »

Selon la Dre Lefebvre, beaucoup de cas de COVID-19 ont été découverts « un peu fortuitement » dans les hôpitaux pédiatriques. « Ç’a été décrit à travers le Canada, dit-elle. Ça compte comme une hospitalisation de COVID-19, mais ce n’est pas nécessairement la raison première de l’hospitalisation. »

Plans de contingence

Les hôpitaux pédiatriques québécois se disent tout de même prêts à mettre en place les plans de contingence élaborés dès la première vague et mis à jour depuis. À l’hôpital de Montréal pour enfants, l’unité chaude compte 12 lits, et l’établissement pourrait doubler le nombre de places, selon la Dre Marie-Astrid Lefebvre.

Mon impression, c’est qu’il va y avoir des patients hospitalisés avec différentes maladies et ça va adonner qu’ils vont être positifs à la COVID-19

L’approvisionnement en équipement de protection individuelle ne pose pas problème non plus. « On a une grande, grande réserve de [masques] N95, de blouses, de gants, de protection oculaire », affirme la médecin. Le personnel s’est aussi fait vacciner en masse — à un taux de 92 %, selon l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Au Centre mère-enfant Soleil du CHU de Québec, la direction affirme se préparer de « façon très proactive » à la quatrième vague. « C’est sûr qu’en ce moment, on établit des plans de mobilité de la main-d’œuvre », dit sa directrice, Caroline Drolet. Des infirmières suivent actuellement une formation en soins intensifs pour traiter des enfants et des femmes enceintes souffrant de COVID-19 sévère.

Aucun scénario de délestage n’est dans les cartons, assure Mme Drolet. « Le délestage en pédiatrie et en obstétrique, il faut l’éviter à tout prix, affirme-t-elle. C’est certain que ce sont des clientèles, pour la majorité, avec des facteurs de vulnérabilité ou des facteurs de risque. De délester, ça peut avoir des effets sur la condition de santé à court terme des enfants ou des patientes enceintes. »

Comment protéger les enfants ?

La grande majorité des enfants infectés par la COVID-19 n’ont pas besoin d’être hospitalisés, souligne la Dre Lefebvre.

La médecin de l’hôpital de Montréal pour enfants croit néanmoins que les jeunes de 6 à 12 ans devraient porter le masque en classe, contrairement à ce que prévoit le plan de retour à l’école du gouvernement Legault. « Le port du masque est extrêmement important pour le contrôle de la transmission, d’autant plus qu’on parle de classes qui sont quand même densément peuplées, avec une ventilation qui n’est vraiment pas très adéquate — parce que c’est souvent de vieux édifices, nos écoles au Québec. »

Que faire dans le contexte actuel ? Bien des parents se sentent impuissants. « La première chose la plus importante, c’est qu’au moins, la bulle familiale soit doublement vaccinée, dit la Dre Lefebvre. Donc, que les parents, les grands-parents, etc. le soient. » Elle ajoute que les parents peuvent aussi décider de faire porter le masque à leurs enfants lors des cours.

La Dre Lamarre, elle, se dit en accord avec le fait que le port du masque ne soit pas imposé en classe à la rentrée. « Il n’y a pas tant de cas dans cette catégorie d’âge pour le moment, et puis on va certainement avoir besoin de s’ajuster au cours de l’année scolaire », pense la pédiatre-infectiologue au CHU Sainte-Justine.

Avec Isabelle Paré

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