Le fédéral prédit une quatrième vague avec plus de cas, mais moins de décès

Le nombre de cas de COVID-19 liés au variant Delta a fait un bond cette semaine, passant de 244 lundi à 350 vendredi.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le nombre de cas de COVID-19 liés au variant Delta a fait un bond cette semaine, passant de 244 lundi à 350 vendredi.

La Santé publique fédérale prédit que le nombre de cas de COVID-19 pourrait exploser dès la fin de l’été si le pays poursuit son déconfinement sans que la couverture vaccinale atteigne 80 % chez tous les groupes d’âge, en particulier chez les 18 à 39 ans, moins nombreux à être immunisés.

L’Agence de la santé publique du Canada a annoncé vendredi ses prédictions sur l’évolution de la pandémie de COVID-19 au pays, influencée par la propagation du variant Delta. Selon le scénario pessimiste d’Ottawa, dans lequel tout le monde augmente chaque jour le nombre de ses contacts, la pire des vagues de COVID-19 pourrait être la quatrième, dès le mois d’août.

Si le nombre de cas risque de grimper de manière exponentielle, la Santé publique ne prévoit toutefois qu’une légère augmentation, constante, du nombre de morts dus à la COVID-19.


 

« On le sait maintenant, la situation est très différente par rapport à la première, la deuxième et la troisième vague, parce que maintenant, on a les vaccins, qui sont un outil très important et dont on sait qu’ils sont efficaces », a expliqué le Dr Howard Njoo, le sous-administrateur en chef de la santé publique du Canada.

La Santé publique fédérale insiste sur l’importance de la vaccination pour la tranche d’âge des jeunes adultes, les 18-39 ans. Avec la transmission du variant Delta, plus contagieux, il est possible que ce soit les plus jeunes qui remplissent les hôpitaux cet hiver, et non pas la population plus âgée, mieux vaccinée. Il est à noter que le pire scénario évoqué lors de la dernière modélisation de la pandémie, en juin, ne s’est pas produit.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a qualifié la situation actuelle de « très précaire », puisque 6,3 millions de Canadiens ne sont pas encore vaccinés, particulièrement chez les moins de 40 ans, alors que les gouvernements mettent en place des plans de réouverture de l’économie.

Changement critiqué en Alberta

L’Alberta, par exemple, a annoncé mercredi qu’elle lèvera l’obligation de s’isoler à la suite de la réception d’un test positif de COVID-19 dès le 16 août. La province se contentera de « recommander fortement » l’isolation des personnes infectées, qui est actuellement obligatoire. Les responsables fédéraux ont poliment critiqué cet important changement.

« Je vois que l’Alberta se dégage de l’approche obligatoire, et se dirige vers la prise de responsabilité individuelle dans la gestion du risque. Bien sûr, je crois fermement que la quarantaine et l’isolation peuvent aider à prévenir la propagation de la COVID-19, spécialement à la lumière de la propagation du variant Delta », a commenté la Dre Theresa Tam, précisant que c’est aux provinces de décider de suivre ou non les conseils de l’agence fédérale.

L’approche albertaine rappelle celle adoptée par Boris Johnson en Grande-Bretagne, selon Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Le point en commun : il s’agit de deux gouvernements conservateurs.

« Chacun gère ses affaires, l’individu avant tout et l’individu se débrouille, a-t-elle expliqué. Donc, l’individu aura ce qu’il mérite, si je peux dire. »

Elle estime que cette stratégie revient à « offrir en pâture certaines personnes qui sont moins habilitées à comprendre tous les aspects liés à la COVID-19 », en plus d’alimenter la quatrième vague. « Il y a un gros risque de perdre le contrôle et de se retrouver, comme le projette l’Agence de santé publique du Canada, dans une situation qui soit plus dramatique », a-t-elle dit.

« Je serais très surpris que la nature ne s’occupe pas de ramener le ministère de la Santé albertain à la raison », a réagi à son tour le médecin épidémiologiste de l’Institut national de santé publique Gaston De Serres.

Vacciner les jeunes Québécois

Au Québec, le nombre de cas causés par ce variant est beaucoup moins élevé que les 2004 répertoriés en Alberta. Il a toutefois fait un bond cette semaine, passant de 244 lundi à 350 vendredi.

Lors de l’annonce du concours « Gagner à être vacciné » il y a deux semaines, le ministre de la Santé, Christian Dubé, avait espéré que plus de 82 % des Québécois obtiennent leurs deux doses afin d’être protégés contre le variant Delta. « Chaque pourcentage qu’on va aller chercher de la population cible, ça équivaut à 75 000 personnes », avait-il alors indiqué. Le gouvernement québécois s’était auparavant donné pour objectif de vacciner entièrement 75 % de la population admissible au 31 août. À ce jour, 83 % des personnes de 12 ans et plus avaient reçu leur première injection, et 64 % leur deuxième.

Maintenant, on a les vaccins, qui sont un outil très important et dont on sait qu’ils sont efficaces

Plusieurs catégories d’âge sont toutefois en deçà de la couverture vaccinale préconisée par le ministre Dubé ou par le gouvernement fédéral. Selon les dernières données du ministère québécois de la Santé, 71 % des 18 à 29 ans et 75 % des 30 à 39 ans ont reçu une dose à ce jour. En ce qui a trait à la deuxième dose, seuls les 60 ans et plus dépassent la nouvelle cible avec 86 % qui l’ont obtenue.

« Je pense que de viser à être en haut de 80 % est vraisemblablement nécessaire pour bloquer le variant Delta », a indiqué le Dr De Serres, également membre du Comité sur l’immunisation du Québec. Il anticipe une prédominance de ce variant plus contagieux au Québec en septembre.

Selon lui, la couverture vaccinale plus faible chez les jeunes est des plus préoccupante parce qu’ils sont nombreux et qu’ils ont beaucoup de contacts entre eux. « C’est un gros groupe de personnes qui peut être capable de supporter la transmission », a-t-il expliqué.

Il note plusieurs facteurs qui risquent d’influencer la propagation du virus à l’automne : des conditions environnementales plus favorables à la transmission, la réouverture des classes, l’augmentation des contacts entre les gens à l’intérieur à cause du temps frais, une proportion plus grande de gens infectés par le variant Delta et l’ouverture des frontières.



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