Les Drs Clowns sont de retour au CHU Sainte-Justine

Depuis trois semaines, les clowns thérapeutiques Dre Ok (Karen Christine Coombs) et son acolyte Dr Tcheksa (Jean-François Ouellet-Leblanc) reçoivent des tonnes de doses d’amour de la part d’enfants, de parents et d’employés du CHU Sainte-Justine.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Depuis trois semaines, les clowns thérapeutiques Dre Ok (Karen Christine Coombs) et son acolyte Dr Tcheksa (Jean-François Ouellet-Leblanc) reçoivent des tonnes de doses d’amour de la part d’enfants, de parents et d’employés du CHU Sainte-Justine.

Une énorme crotte de nez verte qui tombe soudainement sur un soulier. La blague du Dr Tcheksa (prononcé «tchèque ça») marche à tout coup. Et peut-être même plus ces temps-ci à l’unité d’hémato-oncologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine. Après 16 mois d’absence, les Drs Clowns sont enfin de retour dans l’hôpital pour enfants. Un véritable pied de nez — d’un rouge éclatant — à la pandémie de COVID-19.

« On est contents que vous soyez là ! » « Ça fait du bien de vous voir à l’hôpital ! » « Le clooown ! » Depuis trois semaines, le Dr Tcheksa et son acolyte la Dre Ok reçoivent des tonnes de doses d’amour de la part d’enfants, de parents et d’employés du CHU Sainte-Justine.

Dans les corridors de l’hôpital, les clowns thérapeutiques renouent avec la célébrité. « Il y a même des paparazzis aujourd’hui ! » disent-ils aux enfants, montrant du doigt le photographe, le vidéaste et la journaliste du Devoir qui les suivent.

Nez rouge posé sur leur masque chirurgical, sarrau blanc sur le dos, le Dr Tcheksa et la Dre Ok font le tour des salles d’attente et donnent aux petits patients des « prescriptions de tendresse », des cartes à leur effigie, des cahiers à colorier et des livres d’histoires. Ils offrent aussi des gags fumants à volonté. « J’ai des problèmes d’intestin », se justifie le Dr Tcheksa, qui multiplie les blagues de pet. Dans la salle d’attente d’hémato-oncologie, parents et enfants se bidonnent. Une mère se prend même au jeu. « Par chance qu’on a un masque ! » lance-t-elle au clown, en éclatant de rire.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir

Assise dans une salle d’attente de l’unité d’hémato-oncologie, Elizabeth Boutin, 8 ans, a les yeux rieurs. Elle vient d’être érigée au rang d’« altesse » par le Dr Tcheksa, qui la presse de questions. « C’est ta sœur ? C’est ta maman ? Lui demande le clown, en montrant du doigt sa mère. Tu la connais depuis combien de temps ? Tu l’as connue où ? »

Rien pour dérouter Elizabeth, qui répond sans broncher. « Ça rend joyeuse, les clowns, dit-elle. Ça peut montrer que quand il y a quelque chose de pas cool, il y a toujours des sourires. »

Sa mère, Claudine Beauchemin, est aussi reconnaissante de la présence des clowns thérapeutiques. « Le ciel s’éclaircit, illustre-t-elle. Ça met vraiment de la joie, même pour les parents. » Un peu de légèreté dans le quotidien lourd des jeunes patients. Elizabeth subit de la chimiothérapie afin d’enrayer une tumeur non maligne logée dans sa moelle épinière et qui lui cause des douleurs au cou.

Des pitreries bien encadrées

Après des mois en virtuel, les clowns thérapeutiques ont de nouveau droit de cité dans plusieurs hôpitaux du Québec. « Avant la pandémie, on était présents dans plus de 70 établissements, dit la directrice générale de la Fondation Dr Clown, Valérie Caron. On a réinvesti 27 établissements pédiatriques et CHSLD. »

Au CHU Sainte-Justine, les Drs Clowns font leurs cabrioles dans seulement deux unités pour le moment, soit en hémato-oncologie et au centre de réadaptation Marie-Enfant. « On a désigné six artistes exclusifs à ces deux unités, précise Valérie Caron. Ils n’ont pas le droit de visiter d’autres établissements pour éviter la propagation des infections. »

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Les mesures sanitaires demeurent serrées, ce qui complique la tâche des clowns. « Moi, je suis le genre de clown qui est très tactile avec les enfants : je vais me chamailler, je vais courir, on va donner des balles, on fait des bulles… » explique Jean-François Ouellet-Leblanc, alias le Dr Tcheksa. C’est impossible depuis la pandémie. « C’est dur de pas avoir un contact avec un enfant, qu’il puisse pas me prendre la main ou me faire un câlin », souligne-t-il.

L’artiste et musicien trouve d’autres moyens d’entrer en contact avec les petits. Avec sa petite guitare et sa panoplie d’objets qui génèrent des sons, entre autres. Et puis, les grosses crottes de nez en pâte à modeler verte demeurent permises. À condition toutefois de ne pas les réutiliser. Chaque enfant repart avec la sienne…

Des prescriptions de bonheur

Les clowns rencontrés se disent encore en période de rodage, mais la magie opère déjà. Dans l’univers du Dr Tcheksa et de la Dre Ok, les comptoirs vitrés du personnel administratif se transforment en roulottes à patates. « Ici, ils ont la meilleure poutine en ville ! » dit le Dr Tcheksa, comme s’il se trouvait devant une cantine. « Moi, je vais prendre un grilled cheese, avec un thé vert et des chips », demande le plus sérieusement du monde la Dre Ok à une employée amusée.

La Dre Pauline Tibout, médecin résidente en hémato-oncologie pédiatrique, se réjouit du retour des Drs Clowns au CHU Sainte-Justine. « Ça rend l’ambiance plus relax, remarque-t-elle. L’enfant a plus de chances de participer aux soins, de me laisser l’examiner. Même nous, comme soignants, quand on est dans le bureau, qu’on fait la tournée et qu’on entend un Dr Clown dans le corridor, on est plus contents et on est de meilleure humeur. »

Je ne sais pas combien de fois on a été émus de voir un enfant qui ne pouvait pas marcher, pas parler parce qu’il était trop faible, trop malade, se lever pour aller aider un clown à mettre une bague ou quelque chose 

 

La présence des Drs Clowns facilite aussi le travail des infirmières, indique l’une d’elles, Claude Meilleur. « Les enfants sont occupés à faire autre chose pendant qu’on se concentre sur notre tâche », dit l’infirmière.

La petite Eva-Rose, 9 mois, a eu droit à un spectacle de musique du Dr Tcheksa et de la Dre Ok pendant que Claude Meilleur cherchait une veine pour lui faire une prise de sang. Une marionnette l’a distraite pendant l’intervention. La maman, Geneviève Labrie, a aimé l’expérience : « Ça fait une journée spéciale, festive, dit-elle. C’est vraiment le fun ! »

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir

Les clowns thérapeutiques sont tout aussi heureux de retrouver les jeunes, souligne Jean-François Ouellet-Leblanc. Les enfants ont cette « force de pouvoir être dans l’imaginaire comme ça », dit-il, en claquant des doigts.

Empreints d’humanité, les petits sont toujours prêts à donner un coup de main à un clown, ajoute-t-il. « Je ne sais pas combien de fois on a été émus de voir un enfant qui ne pouvait pas marcher, pas parler parce qu’il était trop faible, trop malade, se lever pour aller aider un clown à mettre une bague ou quelque chose », raconte Jean-François Ouellet-Leblanc. Pour le clown thérapeutique, côtoyer ces tout-petits est un « honneur ». « C’est le plus beau métier du monde ! »

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