Les 18-29 ans, seule cohorte en deçà des 75% de couverture vaccinale

Il y a une semaine, 69% des 18 à 29 ans avaient reçu une première dose de vaccin. Cinq jours plus tard, le taux avait grimpé de 1 point pour se situer à 70%. Il n’a pas changé depuis, même si tous les jours entre 1000 et 2000 doses sont données aux jeunes adultes.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Il y a une semaine, 69% des 18 à 29 ans avaient reçu une première dose de vaccin. Cinq jours plus tard, le taux avait grimpé de 1 point pour se situer à 70%. Il n’a pas changé depuis, même si tous les jours entre 1000 et 2000 doses sont données aux jeunes adultes.

Le taux de vaccination au Québec continue de grimper, mais les jeunes adultes se font toujours tirer l’oreille pour l’injection de leur première dose. Les 18 à 29 ans constituent désormais le seul groupe d’âge dont la couverture vaccinale est en deçà des 75 % souhaités par le gouvernement.

« On a frappé un mur pour les rendez-vous des jeunes, a reconnu le porte-parole du ministère de la Santé, Robert Maranda, en entrevue. On s’est vraiment rendu compte que, pour eux, prendre un rendez-vous pour la vaccination, ce n’était pas dans leurs priorités, et ce n’est pas non plus dans leur mentalité. »

D’où l’idée pour les CISSS et les CIUSSS de multiplier les cliniques sans rendez-vous et les cliniques mobiles. « Les cliniques sans rendez-vous ont été très populaires et elles le sont encore aujourd’hui, mais il fallait franchir une étape supplémentaire, a-t-il expliqué. Il fallait rendre les cliniques de vaccination sans rendez-vous mobiles et aller chercher les jeunes là où ils sont pour vraiment capter leur attention parce qu’on comprend que les jeunes qui se font vacciner par l’entremise de ces cliniques ne sont pas antivaccin et ne sont pas nécessairement réfractaires au fait de se faire vacciner. »

L’exemple le plus récent : le Vaccin-O-Bus du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale s’est rendu au Festif ! de Baie-Saint-Paul au cours du week-end pour vacciner davantage de jeunes. En tout, environ 200 personnes ont reçu une dose. « Rendu à ce stade-ci de la campagne de vaccination, c’est chirurgical », a dit M. Maranda.

Environ 60 000 rendez-vous

Ces initiatives réussissent à faire bouger l’aiguille… lentement. Il y a une semaine, 69 % des 18 à 29 ans avaient reçu une première dose de vaccin. Cinq jours plus tard, le taux avait grimpé d’un point pour se situer à 70 %. Il n’a pas changé depuis, même si, tous les jours, de 1000 à 2000 doses sont données aux jeunes adultes. La cohorte des 30 à 39 ans a atteint lundi une couverture vaccinale de 75 % après être demeurée à 74 % pendant plus d’une semaine.

Selon les données du ministère, il reste un peu moins de 60 000 rendez-vous de première dose à donner aux jeunes adultes afin d’atteindre la fameuse cible de 75 %. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, est sorti de ses vacances la semaine dernière pour secouer un peu les retardataires avec des messages sur Twitter. « Les 20-39 ans représentent à eux seuls la majorité des cas de #COVID-19 au Québec, a-t-il écrit. Il est donc particulièrement pressant qu’au moins 75 % d’entre eux reçoivent le vaccin afin de limiter la propagation du variant Delta. »

Dans un autre message, il fait remarquer que l’injection des deux doses dans l’ensemble de la population en âge d’être vaccinée augmente d’environ un point chaque jour — elle était de 60 % lundi —, alors que les 18-29 demeurent à 70 % seulement pour la première dose. « Les jeunes doivent faire la différence si on veut éviter d’utiliser le passeport vaccinal, a-t-il continué. Le variant est déjà présent au Québec. Tout se joue maintenant. »

Pour l’instant, le Québec compte 244 cas de COVID-19 causés par le variant Delta, plus contagieux que ses prédécesseurs. Près de la moitié de ces cas ont été identifiés à Montréal.

Défi colossal

Spécialiste de la communication sociale, Hubert Sacy a supervisé de nombreuses campagnes de publicité auprès des jeunes dans le cadre de son travail à Éduc’Alcool. « Le défi colossal, c’est de les rejoindre au bon moment — avant qu’ils n’aient changé d’idée — dans le bon microcosme et de la manière la plus convaincante possible pour contrer cette espèce d’individualisme ou d’égoïsme qui va les faire agir », a expliqué le directeur général de l’organisme.

La prolifération des plateformes de communication complique le travail de sensibilisation, qui doit se faire par la multiplication de petits gestes. « C’est fini le temps où on pouvait dire : “si je fais ça, ça marche”, a-t-il souligné. Il faut faire toute une série de choses de tous bords, tous côtés. Donc, utiliser les influenceurs, utiliser le sur-place, les tournées, utiliser les pages Facebook, les cercles d’amis, créer des occasions… »

C’est ce que fait le gouvernement, selon Robert Maranda. Outre les grandes campagnes de publicité dans les médias de masse, il y a aussi celles plus ciblées sur des réseaux sociaux prisés par les jeunes, comme TikTok, Instagram et SnapChat. « Il y a eu une campagne de publicité la semaine dernière qui s’appelle la campagne “Une bonne dose” », a indiqué M. Maranda. Elle fait également appel à cinq influenceurs, dont Kim Clavel et Patrice Bernier. « Le but était de rappeler aux jeunes retardataires qu’il était important de se faire vacciner rapidement », a-t-il ajouté.

La campagne « Restepépé » se poursuit sur TikTok avec les vidéos farfelues de ses trois vedettes septuagénaires. Il y a également le concours « Gagner à être vacciné » lancé dimanche avec ses quatre prix de 150 000 $, son gros lot d’un million et ses bourses d’études pour les moins de 18 ans.

L’approche incitative a toutefois des limites, selon M. Sacy. « Lorsque le plafond sera atteint, ce qu’il faudra faire, c’est les déranger », a-t-il dit. Comment ? À son avis, l’imposition du passeport vaccinal comme en France risque de déranger suffisamment les jeunes retardataires dans leur quotidien pour qu’ils aillent finalement se faire vacciner.



À voir en vidéo