Le privé en renfort pour réduire l’attente en radiologie

Près de 160 000 Québécois figurent sur une liste d’attente pour subir une tomodensitométrie (un « scan ») ou un examen d’imagerie par résonance magnétique (IRM). Pour réduire les délais, le gouvernement Legault a donné son feu vert à la conclusion de dix contrats entre des établissements de santé et des laboratoires d’imagerie médicale privés. Montant de la facture : près de 9,6 millions de dollars, au maximum, assure Québec.

Le Devoir a obtenu cinq contrats conclus entre des établissements de santé et des laboratoires d’imagerie médicale (LIM, dans le jargon), grâce à la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics. Tous étaient caviardés, sauf l’entente entre le CIUSSS de la Mauricie–Centre-du-Québec et IRM Trois-Rivières. On y apprend que le montant obtenu par le laboratoire d’imagerie médicale pour la réalisation d’une IRM est de 543 $.

Dans l’entente signée le 26 avril 2021, il est écrit qu’IRM Trois-Rivières s’engage à « garantir une capacité minimale de réalisation des services d’au moins 190 examens IRM par période de 28 jours, pour un total approximatif de 103 170 $ (soit 543 $ par IRM, incluant les taxes) ». Ce montant de 543 $ exclut les honoraires professionnels des radiologistes, qui doivent être facturés à la Régie de l’assurance-maladie du Québec.

Le contrat entre le CISSS de la Mauricie–Centre-du-Québec et IRM Trois-Rivières prendra fin le 31 mars 2022, ou avant si le montant des services offerts atteint le plafond maximal fixé à 1 143 083 $, peut-on lire dans le document.

Un tarif élevé ?

Le Devoir a voulu savoir si les autres laboratoires d’imagerie médicale ayant conclu des ententes — Imagix, Réso-Médic Laval, Imagerie Medvue, entre autres — bénéficient du tarif de 543 $ par IRM.

Oui, répond le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). « Le financement ministériel est le même pour tous les établissements autorisés à conclure des ententes avec des laboratoires d’imagerie médicale », précise-t-on dans un courriel.

Le MSSS indique que le tarif fixé pour l’IRM est de 543,60 $, soit le même que celui convenu par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) avec les LIM. Quant à la tomodensitométrie, le tarif s’élève à 200 $, tout comme celui de la CNESST.

L’ancien ministre de la Santé et député libéral Gaétan Barrette juge « généreuse » cette offre faite aux laboratoires d’imagerie médicale, qui bénéficieront d’un achalandage additionnel. « Une résonance magnétique, ça en prend huit par jour pour rentrer dans nos frais, dit le radiologiste. À partir de la neuvième, ça entre directement dans les poches du médecin.  »

9,6 millions
C’est la valeur maximale totale des dix contrats conclus entre des établissements de santé provinciaux et des laboratoires d’imagerie médicale privés.

Mais combien coûte une IRM dans le réseau public ? Selon le MSSS, le tarif par examen s’élève à 137,44 $. Cela n’inclut toutefois pas le coût de l’appareil et les frais administratifs. Impossible, donc, de comparer ce montant à celui de 543,60 $. Cela équivaudrait à mettre des clémentines et des oranges dans la balance.

Annick Mongeau, porte-parole d’une quinzaine de cliniques de radiologie, souligne que les tarifs du gouvernement sont ceux de la CNESST et qu’ils « n’ont pas été indexés depuis 2010 ». Elle explique que les montants de 543,60 $ et de 200 $ couvrent les « frais techniques » des LIM. « Les coûts d’immobilisation, les salaires des technologues, des réceptionnistes, du personnel de soutien, le loyer, l’électricité, les frais d’entretien des équipements, les frais informatiques, la numérisation, etc. », énumère-t-elle.

Les LIM, affirme leur représentante, ont voulu prêter main-forte au réseau malgré les défis que cela comporte. « Ce n’est pas facile de faire rouler des salles [d’imagerie médicale] 16 heures par jour, dit Annick Mongeau. La pénurie de main-d’œuvre dans le réseau de la santé, elle est vraie aussi pour les technologues. »

Une clause, dans les trois ententes conclues par le CISSS de Laval, est d’ailleurs prévue pour éviter une fuite des employés vers le privé. Les trois cliniques s’engagent ainsi, « pendant la durée de la présente entente, et pour une période totale de deux ans suivant son entrée en vigueur, à ne jamais, personnellement ou par l’intermédiaire de toute autre personne, solliciter un employé ou encourager le départ de tout employé du CISSS de Laval, sauf par des moyens généraux de sollicitation tels que les journaux, la radio, Internet ou d’autres moyens similaires visant une communauté plutôt que des individus ciblés ».

Du rattrapage à faire

Les listes d’attente se sont allongées en radiologie durant la pandémie de COVID-19. Au Québec, 76 601 personnes attendent une tomodensitométrie, dont 32 % depuis plus de trois mois, selon les plus récentes données du MSSS. En date du 29 février 2020, soit avant la pandémie, ils étaient 45 905 à patienter, dont 18 % depuis plus de trois mois.

Pour les IRM, 82 012 patients sont en attente d’un examen, dont 41 % depuis plus de trois mois. C’est environ 2000 personnes de plus qu’avant la pandémie. Le MSSS souligne que la situation s’est améliorée depuis le 20 juin 2020. La proportion des individus en attente d’une IRM depuis plus de trois mois était alors de 62 %.

Le problème d’accès aux services d’imagerie médicale demeure plus criant dans certaines régions. Le MSSS a permis à sept établissements de santé, dont le CISSS de Laval, le CISSS de l’Outaouais, le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean et le CISSS des Laurentides, de recourir aux cliniques privées pour effectuer un rattrapage dans les examens.

La Dre Magalie Dubé, présidente de l’Association des radiologistes du Québec, salue « le geste des LIM », qui ont accepté de mettre la main à la pâte pour aider. « S’il y a une bonne chose qui est arrivée durant la pandémie, c’est justement de renforcer le partenariat entre le ministère, les LIM et les centres intégrés, pense-t-elle. Auparavant, on avait peut-être plus tendance à travailler en silo. »

Les patients y gagnent, selon elle. « Dans les conditions où on était, ça devait être fait, pour favoriser l’accès aux patients et faire en sorte que ceux qui sont en attente de chirurgies ou de traitements oncologiques, ou autres, puissent avoir accès à leurs examens le plus rapidement possible, pour pouvoir être traités adéquatement », affirme la Dre Magalie Dubé.

En Mauricie et au Centre-du-Québec, 324 examens ont été réalisés jusqu’à présent, selon le CISSS régional. Au CISSS des Laurentides, 35 patients ont subi une IRM chez Imagix, à Sainte-Thérèse, depuis le 5 juillet.

À Laval, 3460 patients ont subi depuis avril une tomodensitométrie ou une IRM dans une clinique de radiologie grâce aux trois ententes conclues par le CISSS régional. La pandémie a perturbé les services de radiologie. « Les mesures sanitaires et les absences de personnel ont forcé la diminution des scans, passant de 133 patients par jour à 59 patients par jour pendant la pandémie, écrit le CISSS dans un courriel. Les activités ont partiellement repris et il y a 94 patients par jour actuellement. » Le délai pour obtenir une IRM est maintenant de 6 mois, et il est de 13 mois dans le cas des tomodensitométries.

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