Vaccination: le Canada dépasse les États-Unis, victimes de la «politisation de la pandémie»

Le Canada a dépassé en fin de semaine les États-Unis dans la course à la vaccination contre la COVID-19. Et si la cadence canadienne ne s’essouffle pas, le taux d’immunisation au pays dépassera bientôt celui du Royaume-Uni.

Selon les données officielles de la fin de semaine, 48,6 % des Américains étaient pleinement vaccinés, et 56 % avaient reçu au moins une dose. Au Canada, ces chiffres atteignent respectivement 49 % et 69 %.

Les autorités américaines injectent chaque jour de moins en moins de doses, après un départ sur les chapeaux de roues. La faute de cette inversion de tendance revient largement à la « politisation de la pandémie » chez nos voisins du Sud, estime Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand. Les arguments rationnels de la Santé publique ne fonctionnent tout simplement pas chez plusieurs électeurs républicains, puisque la vaccination est devenue pour eux un enjeu « identitaire » et donc « beaucoup plus viscéral et émotif ». Un peu comme si, pour un électeur républicain, recevoir un vaccin équivalait à voter pour le Parti démocrate.

« À quelques très rares exceptions près, tous les 10, 15 ou 20 États qui sont parmi les plus vaccinés ont voté pour Joe Biden l’an dernier. À l’inverse, les 10, 15 ou 20 États qui ont les taux de vaccination les plus faibles présentement ont voté pour Donald Trump l’an dernier », explique le spécialiste de la politique américaine. « La corrélation est immanquable. »

Après plusieurs mois de baisse de la propagation de la COVID-19, le nombre de cas aux États-Unis a augmenté de manière spectaculaire (135 %) lors des deux dernières semaines. « On commence à assister à une pandémie des non-vaccinés », a regretté vendredi Rochelle Walensky, la directrice des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC). « Les personnes non vaccinées représentent quasiment l’intégralité des hospitalisations et des décès », a relevé pour sa part Jeff Zients, le coordinateur de la réponse à la pandémie à la Maison-Blanche.

Les pouvoirs publics américains se creusent pourtant les méninges pour combattre cette défiance envers la vaccination. Les idées de loteries, de cadeaux et d’autres incitatifs à la vaccination ont débuté aux États-Unis, note Rafael Jacob. « On a presque tout essayé. À ce stade-ci, je peine un peu à voir ce qu’on peut faire pour faire remonter le taux de vaccination. »

Frontières

La campagne de vaccination au Québec et au Canada se classe maintenant parmi les meilleures au monde, affirme la cheffe du Département de médecine préventive et de santé publique du CHUM, Marie-France Raynault. Le taux de vaccination canadien dépassera même d’ici quelques jours celui du Royaume-Uni, selon ses prévisions.

   

« Ç’a été une bonne attitude de faire appel à l’intelligence du public et de comprendre ce qui démotivait les gens pour la vaccination. Ça bâtit la confiance plutôt que d’imposer de façon autoritaire », explique-t-elle. À cela s’ajoute une transparence des autorités quant aux effets secondaires des vaccins, une société plus égalitaire et le fait que le Canada ait réservé l’une des plus grandes quantités de vaccins au monde par rapport à sa population.

L’ouverture des frontières prévue à l’automne viendra tester les limites de cette campagne de vaccination, d’autant plus que le très contagieux variant Delta compte à l’heure actuelle pour le tiers des contaminations aux États-Unis. « On est un peu craintifs », admet la Dre Raynault. « Si les frontières étaient ouvertes aux personnes doublement vaccinées, ça serait beaucoup plus rassurant. » Ottawa doit préciser ce lundi les détails de son plan de réouverture des frontières.

On peut ainsi s’attendre à une augmentation de cas lorsque les contacts internationaux reprendront. La portée de cette quatrième vague dépendra de la proportion du variant Delta parmi les chaînes de contaminations, analyse la professeure émérite de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « Ça va injecter un peu plus de virus en circulation, peut-être pas de façon à nous déstabiliser complètement, mais ça va être un stress quand même pour la transmission. »

Plusieurs autres pays

Le nombre de nouvelles contaminations et de nouveaux décès dus au coronavirus a continué d’augmenter dans toutes les régions du monde, à l’exception de l’Amérique latine.

En France, la décision du président Emmanuel Macron d’imposer la vaccination chez les soignants et d’étendre le passeport vaccinal à l’ensemble de la société a provoqué des dizaines de manifestations ce week-end. Au total, le ministère de l’Intérieur a recensé 136 rassemblements qui ont concerné 114 000 personnes.

En Angleterre, la circulation du variant Delta a entraîné une forte hausse des infections, bien que le nombre de décès y reste relativement bas. Le premier ministre, Boris Johnson, a tout de même été contraint de s’isoler dimanche après que son ministre de la Santé, Sajid Javid, a été déclaré positif à la COVID-19. Cette annonce ajoute à l’inquiétude et à la confusion, au moment où le pays lève lundi presque toutes les dernières restrictions liées à la pandémie au pays, y compris l’obligation de porter le masque ou la distanciation sociale.

Le monde a récemment franchi le seuil des 4 millions de morts dues à la COVID-19, selon les données officielles. L’Organisation mondiale de la santé estime que ce bilan pourrait être en réalité de deux à trois fois plus élevé.

Avec l’Agence France-Presse



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