Un milieu de travail toxique fait quadrupler le risque de dépression

Les atteintes à la santé mentale sont très difficilement reconnues comme maladie professionnelle.
Photo: Christophe Simon Archives Agence France-Presse Les atteintes à la santé mentale sont très difficilement reconnues comme maladie professionnelle.

Un milieu de travail toxique augmente de 300 % le risque de dépression, démontre une étude australienne.

Les hommes seraient aussi plus susceptibles que les femmes de souffrir de dépression si leur employeur n’accorde pas d’attention à leur santé mentale, ajoutent les chercheurs de l’Université de l’Australie du Sud dans les pages du prestigieux British Medical Journal.

Si de tels résultats peuvent sembler logiques (on ne se serait quand même pas attendus à ce qu’un milieu de travail toxique soit bon pour la santé mentale), « ça nous rappelle qu’il faut faire davantage de prévention pour les risques psychosociaux, qui demeurent en partie invisibles », a commenté Jessica Riel, qui est professeure au département de relations industrielles de l’Université du Québec en Outaouais.

« Ce n’est pas comme un risque physique, comme le bruit, où il y a une certaine évidence », a-t-elle illustré.

Les atteintes à la santé mentale sont très difficilement reconnues comme maladie professionnelle et « ça maintient l’invisibilité de la problématique », a dit la professeure Riel, qui estime que la santé psychologique « est un peu le parent pauvre en termes de santé et de sécurité au travail ».

Si le fait de travailler de longues heures a déjà été associé à une augmentation du risque de décès des suites d’une crise cardiaque ou d’un accident vasculaire cérébral, cette étude prévient plutôt que de mauvaises habitudes de gestion haussent le risque de dépression.

« Les études qu’on a faites démontrent qu’il y a plus de “burn-out” dans les organisations où le climat est mauvais », a pour sa part dit le professeur Luc Brunet, un expert de l’Université de Montréal qui étudie les comportements antisociaux au travail depuis 30 ans et qui a déjà publié trois livres sur le sujet.

Leader tyrannique, leader narcissique

Les employés prisonniers d’un climat de travail toxique se retrouveront coincés dans une sorte de cercle vicieux dont ils peineront à s’extirper et qui les privera des ressources dont ils auraient besoin, ont expliqué les deux experts.

« Ce qui s’installe dans un climat toxique, c’est de l’isolement, on se parle moins entre collègues, il y a un climat de crainte, a dit Mme Riel. On sent qu’on n’a pas le droit de parler parce que notre emploi pourrait être menacé. »

Plus le climat de travail se détruit, plus les gens se méfient les uns des autres, confirme Luc Brunet. Les employés n’iront donc pas chercher le soutien dont ils auraient besoin. Ce soutien qui serait vital pour affronter une situation d’anxiété ou d’exaspération disparaît, a-t-il rappelé. « Au niveau de la santé psychologique, si on ne travaille pas sur une amélioration du climat, ça ne servira pas à grand-chose », a ajouté M. Brunet.

Des leaders qu’on pourrait qualifier de « narcissiques » ou de « tyranniques » seraient souvent responsables d’un climat de travail toxique, et on les retrouverait dans environ une entreprise sur cinq, selon de nouvelles études. Ces leaders s’approprieraient le succès de leurs subordonnés et ils écraseraient les gens autour d’eux pour rehausser leur image de gagnant. Cette stratégie pourrait tout d’abord passer inaperçue aux yeux de leurs propres patrons, ce qui permettra à la situation de continuer à se détériorer.

« Plus le climat se détériore, moins l’information monte jusqu’à la direction, a dit M. Brunet. Quand le feu est pris, ça prend un bout de temps avant que la fumée rejoigne la direction. » Mais éventuellement, dit-il, on finira par se poser des questions sur le nombre de gens qui partent ou qui tombent malades.

« Au début, on peut dire que ceux qui partent n’aimaient pas ça ou n’étaient pas à leur place, mais à un moment donné, quand ce sont les bons qui partent, des gens compétents et reconnus, ça ne va pas », a expliqué M. Brunet.

Quelque 300 millions de personnes souffriraient de dépression à travers le monde.

À voir en vidéo