Le variant Delta et la vaccination en quatre questions

Il y a quatre mois, la troisième vague de COVID-19 commençait à se faire sentir au Québec. Elle a fini par se briser en juin, au point où toutes les régions sont désormais en zone verte, avec des mesures sanitaires allégées. Le variant Delta, détecté pour la première fois en Inde au mois de février, pourrait toutefois générer une quatrième vague. Il a déjà forcé certaines villes et certains pays à faire marche arrière. Le Devoir a tenté de savoir ce que cela pourrait signifier au Québec.

Est-ce qu’une quatrième vague causée par le variant Delta est inévitable ?

Pas nécessairement. « C’est certain qu’actuellement, quand on regarde les pays où le variant Delta s’établit, on voit qu’il devient dominant, constate le médecin-épidémiologiste de l’INSPQ Gaston De Serres. Est-ce que ça va être le même scénario partout ? C’est sûr qu’un virus qui se transmet mieux a un avantage évolutif qui fait qu’il a toutes les chances de prendre tout le terrain. » Ce variant serait environ quatre fois plus transmissible que la souche originale du virus de la COVID-19.

Pour l’instant, le Québec compte seulement 29 cas de COVID-19 causés par le variant Delta, aussi connu sous son nom scientifique B.1.617.2. C’est six de moins que la semaine dernière. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a retranché ces six cas causés par des sous-lignées du variant jugées « non préoccupantes ». « Pour le moment, on a eu des cas du variant Delta chez des voyageurs, ce qui était assez circonscrit, alors que dans plusieurs autres endroits [ailleurs dans le monde] ce variant circule beaucoup dans la communauté », nuance-t-il.

Les personnes non vaccinées sont les plus à risque de contracter ce variant. « Ce sont des portes d’entrée, mais il faut qu’il y ait quelqu’un qui cogne à la porte », explique-t-il en blaguant. « C’est certain que, si on a des importations du variant Delta et que les gens qui sont en contact avec ces cas-là ne sont pas vaccinés, évidemment, comme facteur d’amplification, c’est beaucoup, beaucoup plus fort que si c’étaient des gens déjà partiellement vaccinés. »

Les gens qui ont reçu une seule dose des vaccins d’AstraZeneca, de Moderna ou de Pfizer-BioNTech peuvent tout de même développer la COVID-19 après avoir contracté le variant Delta, mais le risque est moindre. Il est encore plus faible quand les personnes ont eu deux injections. « Avec deux doses de vaccin à ARN messager, on a une excellente protection, même contre les variants dont on s’inquiète, dit-il. Les vaccins continuent de démontrer une bonne protection. »

Quels symptômes de la COVID-19 une personne vaccinée peut-elle développer ?

La COVID-19 s’apparente-t-elle à un simple rhume ou à une grippe lorsque l’on est vacciné ? Ce n’est pas la même chose pour tout le monde… « Plus on va vers des symptômes graves, plus le vaccin est efficace, note le Dr De Serres. Mais on n’a pas de vaccins qui sont efficaces à 100 % même chez des gens qui ont reçu deux doses de vaccin. Il y a des gens qui vont tout de même développer la maladie… Ils seront peut-être hospitalisés et vont en décéder. » C’est arrivé dans des centres de soins de longue durée aux États-Unis, où des personnes qui avaient reçu deux doses de vaccin ont quand même contracté le virus et en sont mortes. Toutefois, ces cas sont rares. « Les études sur les personnes qui ont reçu deux doses vont à peu près toutes dans le même sens en affirmant que la protection contre la COVID-19 est de l’ordre de 92 % à 95 %. » Cela signifie que, sur dix personnes vaccinées, l’une d’entre elles est susceptible d’être tout de même infectée par le virus si elle y est exposée. « Si on avait deux groupes, un groupe de 100 personnes vaccinées et un groupe de 100 personnes non vaccinées avec 20 personnes malades chacun, il y aurait dans le groupe des personnes vaccinées 95 % moins de cas d’infection. Donc, au lieu qu’il y ait 20 personnes malades dans ce groupe, il y en aurait une seule », explique le Dr De Serres. En résumé, les vaccins ont démontré « une grande efficacité » contre la COVID-19, particulièrement contre ses symptômes graves, mais ils ne sont pas l’équivalent d’une armure complète contre la maladie. Le virus pourrait toutefois continuer de muter pour contrecarrer la protection des vaccins.

Est-ce qu’une couverture vaccinale de 75 % est suffisante pour lutter contre le variant Delta ?

« Soixante-quinze pour cent, ce n’est pas un maximum, affirme le Dr De Serres. Si on est capable d’aller à 85 % ou même, comme chez les personnes âgées, à 90 %, ça va être beaucoup mieux. » Face à un virus qui se propage rapidement, l’immunité de groupe doit être plus grande pour le bloquer. « Il nous faut plus de personnes immunes quand on a un virus plus contagieux », résume-t-il.

Si elle a tout de même contracté la COVID-19, une personne vaccinée est « un moins bon transmetteur » du virus parce qu’elle l’excrète moins. Plus il y a de gens vaccinés, plus cela diminue le risque de le contracter. « Ce sont souvent les gens non vaccinés qui donnent du souffle à la transmission du variant », signale le Dr De Serres. Comme au Royaume-Uni, où le variant Delta a entraîné une nouvelle augmentation considérable des cas et où la vaccination des adolescents n’a pas encore commencé. « Cette augmentation-là va toucher une partie des gens qui sont vaccinés, mais presque les deux tiers des cas étaient chez les non-vaccinés », fait-il remarquer.

Il restait lundi un peu plus de 128 000 rendez-vous à prendre chez les 18 à 39 ans pour obtenir une couverture vaccinale à une dose de 75 % dans ces catégories d’âge. Soixante et onze pour cent des trentenaires ont reçu une première injection, contre 66 % chez les 18 à 29 ans. En tout, 80 % des Québécois en âge d’être vaccinés ont obtenu une première dose et 29 %, leurs deux doses.

Est-ce que les enfants de 12 ans et moins seront vaccinés à l’automne ?

Aucun vaccin n’a encore été approuvé par Santé Canada pour les enfants de moins de 12 ans, a rappelé l’administrateur en chef adjoint de la Santé publique fédérale, Howard Njoo, en conférence de presse. Des essais cliniques sont en cours. « C’est sûr que les enfants peuvent encore être infectés, mais, en général, les conséquences sont moins graves chez eux que chez les adultes, dit-il. C’est surtout une question de transmission aux autres. »

Les enfants d’âge préscolaire ne sont pas « de très bons transmetteurs » de la COVID-19, selon le Dr De Serres. Le vaccin pourrait plutôt être donné aux enfants de 5 à 11 ans, mais cette question n’a pas encore été tranchée. « La question est : qu’est-ce qu’on fait avec ces jeunes-là ? dit le scientifique de l’INSPQ, également membre du comité sur l’immunisation du Québec. Est-ce que la vaccination pour des gens qui ont un risque très faible de développer des complications continue d’être souhaitable ? Tout va dépendre de la sécurité du vaccin dans ce groupe d’âge là. » Elle reste encore à être démontrée.



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