Seulement 55% des Montréalais de 12 à 17 ans ont reçu une première dose de vaccin

Le gouvernement Legault a dit espérer une rentrée scolaire quasi normale l’automne prochain, sans masque ni distanciation, si 75% des élèves ont reçu leurs deux doses de vaccin.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Le gouvernement Legault a dit espérer une rentrée scolaire quasi normale l’automne prochain, sans masque ni distanciation, si 75% des élèves ont reçu leurs deux doses de vaccin.

L’école tire à sa fin et près de la moitié des élèves montréalais n’ont toujours pas été vaccinés contre la COVID-19. La Direction régionale de santé publique de Montréal prend cette question au sérieux. Plus de 13 450 jeunes âgés de 12 à 17 ans doivent recevoir une première dose pour atteindre unecouverture vaccinale de 75 % dans cette population.

À Montréal, 55 % des jeunes de 12 à 17 ans ont reçu une première dose du vaccin. La métropole accuse donc un retard puisque le taux de vaccination des adolescents de cette catégorie d’âge, dans la province, s’élève à 68,5 %, d’après l’Institut national de santé publique du Québec.

Les autorités montréalaises ont bien l’intention de donner un coup de barre. « Il faut y aller avec des stratégies pour rejoindre les 12-17 ans, mais surtout leurs parents, a dit la directrice régionale de santé publique pour la région de Montréal, la Dre Mylène Drouin, lors d’un point de presse mardi. Parce qu’on voit évidemment que c’est relié. [Quand] les parents [ne sont] pas vaccinés, souvent les enfants ne sont pas vaccinés [non plus]. »

Le taux de vaccination des 12 à 17 ans varie d’un secteur à l’autre dans la métropole : 60 % dans l’ouest de l’île, 55 % dans le centre-sud, 51 % dans l’Est et 50 % dans le centre-ouest et dans le nord de l’île. Dans le quartier Parc-Extension, ce pourcentage chute à 32 %, d’après le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

« Si on a une hausse [de cas de COVID-19] à l’automne, à la rentrée, assurément, on va connaître nos écoles qui vont être plus vulnérables, pour lesquelles probablement on va être obligés de maintenir des mesures en place », a indiqué la Dre Mylène Drouin.

Le gouvernement Legault a dit espérer une rentrée scolaire quasi normale l’automne prochain, sans masque ni distanciation, si 75 % des élèves ont reçu leurs deux doses de vaccin. En point de presse mardi, le premier ministre François Legault a affirmé être « très, très, très confiant qu’à la rentrée, il n’y en aura pas, de masque, dans les écoles ».

Lors du point de presse, la Dre Mylène Drouin a déclaré que le « passeport » pour une « vie scolaire normale, des sports, des activités scolaires, etc. », demeure la « vaccination double dose ».

Des chiffres décevants

L’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES) se dit déçue du taux de vaccination des 12 à 17 ans dans la métropole. « La campagne de vaccination n’a pas été un succès. Malheureusement, je dirais que Montréal méritait beaucoup mieux », a dit sa présidente, Kathleen Legault.

La représentante des directions d’école rappelle les interventions qu’elle et d’autres acteurs du réseau scolaire ont dû mener, à la fin du mois de mai et au début de juin, pour que 26 000 élèves de l’ouest de l’île aient accès à la vaccination. Elle estime aussi que les autorités de la santé auraient pu déployer plus d’efforts pour vacciner les élèves de sixième année du primaire.

Dans certains quartiers défavorisés, où la proportion de nouveaux arrivants est élevée, l’école est un lien privilégié avec les parents, rappelle Kathleen Legault. « On n’a pas assez mis à profit le lien de confiance des parents envers l’école », dit-elle.

Les élèves les plus vulnérables, qui sont aussi les moins vaccinés, risquent d’être doublement pénalisés lors de la prochaine année scolaire, estiment les directions d’école. Par exemple, en cas d’éclosion, on peut penser que les enfants ayant eu deux doses de vaccin seront dispensés de quarantaine. « Ça risque d’amplifier les inégalités », dit Kathleen Legault.

L’AMDES s’inquiète aussi du faible taux de vaccination chez les 18 à 39 ans, qui représentent une partie des enseignants et des parents d’élèves. Dans ce groupe, une personne sur trois n’était pas vaccinée en date du 15 juin. Les deux tiers d’entre elles habitent à Montréal et à Laval.

La Direction régionale de santé publique de Montréal estime qu’il y a du « chemin à faire » pour rejoindre les 12 à 17 ans et les 18 à 29 ans (vaccinés à 61 %). Plusieurs initiatives les encourageant à se faire vacciner seront lancées. « Entre autres, avec des influenceurs, dit la Dre Mylène Drouin. On a aussi ce qu’on appelle la tournée des lieux de culte, de toutes les confessions possibles. » C’est sans compter les cliniques de vaccination et les unités mobiles, surnommées « vacci-van », qui seront déployées dans les communautés.

De son côté, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal annoncera d’ici la semaine prochaine une « stratégie de vaccination de proximité » permettant aux citoyens de recevoir leur vaccin près de chez eux, soit dans des parcs, des commerces, des lieux de cultes ou lors d’événements spéciaux.

Le CIUSSS reconnaît que les taux de vaccination sont « moins élevés dans les écoles de l’est de Montréal malgré le fait que toutes les écoles secondaires aient eu accès à des corridors de service permettant de faciliter la vaccination, soit avec du transport aller-retour vers le centre de vaccination, soit en mobilisant nos équipes de première ligne qui sont allées vacciner directement dans les écoles. »

Pour le moment, l’épidémiologiste Nimâ Machouf ne s’alarme pas du taux de vaccination de 55 % chez les 12 à 17 ans à Montréal. « Donnons-nous encore une semaine pour voir s’il faut s’inquiéter, affirme la chargée de cours à l’Université de Montréal. Si les taux restent à 50 %, il faudra vraiment faire une intervention. »

Nimâ Machouf souligne que les jeunes viennent de finir l’école et que leur disponibilité pour se faire vacciner était plus limitée durant l’année scolaire. Leurs parents pouvaient aussi être occupés en raison du travail. Les vacances pourraient changer la donne, selon elle. « Mais, personnellement, j’aurais souhaité que les enfants soient vaccinés à l’école à cause de la facilité », souligne-t-elle.

La spécialiste des virus respiratoires Nathalie Grandvaux, elle, espère que le gouvernement Legault maintiendra les conditions qu’il avait fixées pour une rentrée scolaire sans masque. « J’espère que ça va se faire seulement s’il y a 75 % de ces tranches d’âge là qui sont vaccinées avec deux doses, et deux semaines après les deux doses », dit la directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du CHUM.

S’il n’en tenait qu’à elle, les élèves garderaient leur masque à l’automne. « Actuellement, avec le variant Delta, même avec les deux doses et avec 75 % des personnes vaccinées, je n’enlèverais pas les masques, dit Nathalie Grandvaux. Ce serait la dernière chose que j’enlèverais. »

 

Montréal en « excellente position »

Avec une moyenne de 46 cas par jour, Montréal est dans une « excellente position », a indiqué la Dre Mylène Drouin lors du point de presse mardi. « Même avec le passage au palier jaune, là où on a vraiment rouvert plusieurs secteurs plus à risque, les milieux intérieurs, on n’a pas vu d’impact sur le nombre de cas, le nombre d’éclosions », a-t-elle précisé. Il faut toutefois demeurer vigilant, a prévenu la Dre Mylène Drouin. La menace du variant Delta (d’abord identifié en Inde) plane. « Actuellement, on n’a que 21 cas qui ont été séquencés pour le variant Delta depuis la fin avril, a-t-elle indiqué. On en a six cas présomptifs par criblage. » Montréal risque « probablement », selon elle, d’être la porte d’entrée du variant au Québec.  

Marie-Eve Cousineau
 


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