Spectateurs au Centre Bell: Dubé plus prudent que Legault

Dans un élan d’enthousiasme, François Legault avait indiqué dimanche vouloir inciter la Santé publiue à autoriser un plus grand nombre de spectateurs pour les matchs à domicile du Canadien pour la série contre les Golden Knights.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Dans un élan d’enthousiasme, François Legault avait indiqué dimanche vouloir inciter la Santé publiue à autoriser un plus grand nombre de spectateurs pour les matchs à domicile du Canadien pour la série contre les Golden Knights.

Il vaut mieux jouer de prudence que de laisser entrer trop de spectateurs au Centre Bell et causer de nouvelles éclosions de COVID-19, selon le ministre de la Santé, Christian Dubé, qui s’est montré plus circonspect lundi que le premier ministre François Legault.

« C’est facile de s’exciter pour le Canadien — je pense qu’il y a un fan en nous [tous] —, mais en même temps ce ne sont pas les États-Unis qui devraient être notre benchmark », a-t-il répondu à la question d’un journaliste en conférence de presse.

« Il faut trouver l’endroit où on va être confortable », a-t-il ajouté. Le ministre veut éviter que les citoyens reprochent au gouvernement d’avoir pris des décisions « émotives » après les sacrifices des 15 derniers mois et « pendant qu’il y a encore un variant, pendant qu’il y a encore 150-200 cas [par jour] ».

Le variant Delta est récemment devenu une grande source de préoccupation au Royaume-Uni, le pays étant aux prises avec une flambée de cas depuis les dernières semaines. Le premier ministre, Boris Johnson, a même décidé de reporter de quatre semaines la levée des dernières restrictions sanitaires afin de maîtriser la situation.

Le Québec compte peu de cas pour l’instant, mais il n’est pas à l’abri d’une quatrième vague, même si les statistiques sont encourageantes. Elles l’étaient tout autant à pareille date l’an dernier, et le Québec avait quand même connu une deuxième vague à l’automne, a rappelé le ministre Dubé.

Dans un élan d’enthousiasme, le premier ministre avait indiqué dimanche vouloir inciter le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, à autoriser un plus grand nombre de spectateurs pour les matchs à domicile du Canadien pour la série contre les Golden Knights de Las Vegas. Il avait même révélé en avoir discuté avec le joueur québécois Phillip Danault. « Est-ce qu’on peut augmenter les 2500 au Centre Bell pour ne pas être désavantagé par rapport à Vegas qui a le droit à 18 000 ?, avait demandé M. Legault. Donc, tout ça, c’est discuté avec le Dr Arruda actuellement. »

Il avait ajouté qu’il devait aussi être équitable avec les autres festivals limités à 2500 personnes et qu’il était primordial de respecter les mesures de la Santé publique pour éviter une remontée des cas de COVID-19.

« À l’Institut national de santé publique, on voudrait que le déconfinement aille un petit peu moins vite, a avoué le directeur médical du Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ), Michel Roger, en entrevue. C’est une question de prudence, mais on n’a pas de boule de cristal. »

La vaccination complète, c’est-à-dire avec les deux doses, en est encore à ses débuts. Seulement 13 % des personnes en âge de recevoir l’un des vaccins contre la COVID-19 ont obtenu leur deuxième injection, selon les dernières données de l’INSPQ. Or, c’est la deuxième dose qui protège réellement contre le variant Delta, qui serait encore plus contagieux que le variant britannique responsable de la troisième vague au Québec.

« On est chanceux jusqu’à maintenant le variant indien n’est pas trop installé au Québec, mais ça peut changer rapidement », a-t-il fait remarquer. Il pourrait ainsi causer de petites éclosions, surtout chez les non-vaccinés. Bien qu’à première vue il ne semble pas causer de symptômes graves, ce sont les personnes les plus vulnérables qui sont à risque d’en développer.

Plus répandu que l’on croit ?

La présence du variant Delta pourrait toutefois être sous-estimée, selon Alain Lamarre, professeur et chercheur en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Si l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ne recense que 34 cas de ce variant pour le moment, le professeur croit que les délais pour son identification ne permettent pas d’en faire un portrait complet.

Suivez l'évolution de la COVID-19 au Québec

Consultez notre tableau de bord interactif.

« Les tests de criblage actuels permettent juste de dire si c’est un variant et si c’est le variant Alpha [britannique]. La seule méthode pour savoir si c’est un variant Delta, c’est le séquençage, et il y a un délai d’une à deux semaines pour avoir les résultats », note le Dr Lamarre.

La Direction régionale de la santé publique de Montréal (DRSPM), région où 20 cas ont été recensés à ce jour, n’attend pas avant d’agir. « On a encore une fois une stratégie de suppression comme on a fait quand le variant Alpha est arrivé », a indiqué la médecin spécialiste en santé publique à la DRSPM, Sarah-Amélie Mercure. L’enquête épidémiologique, l’isolement des contacts et le traçage à rebours : toutes ces étapes sont réalisées rapidement pour éviter la propagation. Tous les cas de voyageurs sont d’ailleurs soupçonnés d’être causés par le variant Delta. La plupart des cas ont été découverts chez des gens qui s’étaient déplacés à l’extérieur du Québec.

Une adaptation de la campagne de vaccination est également envisagée si sa prévalence augmentait dans certains quartiers.

Bien que le variant soit maîtrisé au Québec pour le moment, le Dr Lamarre de l’INRS n’écarte pas la possibilité qu’il occasionne des conséquences similaires à celles que connaît le Royaume-Uni actuellement.

« On n’est pas à l’abri d’éclosions qui seraient localisées dans certains endroits. Ça pourrait faire ralentir le déconfinement, peut-être pas à l’échelle provinciale au complet, mais ça pourrait ralentir certaines régions ou les faire revenir à certains paliers d’alerte », conclut-il.

Le ministre Dubé a incité les gens à se faire vacciner. Quelque 200 000 personnes de 18 à 40 ans doivent toujours recevoir une première dose pour que la couverture vaccinale atteigne 75 % dans ces tranches d’âge. « Il ne faudrait pas que ça soit par ces poches de résistances que rentre le fameux variant », a-t-il souligné.

La fermeture des bars repoussée à 2 h

Les bars en zone jaune et en zone verte pourront servir de l’alcool jusqu’à minuit et fermer deux heures plus tard. Les restaurants pourront également servir de l’alcool jusqu’à minuit. C’est ce qu’a annoncé le ministre de la Santé, Christian Dubé, sur Twitter lundi après-midi. « Le grand principe demeure d’éviter de se retrouver à l’intérieur des domiciles privés », a-t-il rappelé en prenant la peine de souhaiter un bon match aux partisans du Canadien. Jusqu’à tout récemment, les bars devaient cesser de vendre de l’alcool à 11 h et fermer à minuit. La capacité à respecter doit toujours être limitée à 50 % du nombre maximal de personnes normalement permis.

Le Devoir



À voir en vidéo