Opération réduction des listes d’attente en chirurgie

Christian Dubé s’est mis en tête de tuer dans l’œuf toute critique sur le manque d’ambition de sa Stratégie de reprise des chirurgies.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Christian Dubé s’est mis en tête de tuer dans l’œuf toute critique sur le manque d’ambition de sa Stratégie de reprise des chirurgies.

La sous-ministre adjointe de la Santé, Lucie Opatrny, se donne pour objectif de réduire la liste d’attente des chirurgies sous le niveau prépandémique d’ici mars 2023.

Du coup, les blocs opératoires devront accélérer la cadence de travail de 26 000 à 36 000 chirurgies par mois d’aujourd’hui à octobre 2021 (+10 000), puis de 36 000 à 40 000 chirurgies au cours de l’année suivante (+4000), peut-on lire dans la Stratégie de reprise des chirurgies dévoilée jeudi.

Pour y arriver, la haute fonctionnaire gratifiée du titre de « cheffe des reprises des chirurgies » par le ministre de la Santé, Christian Dubé, compte réviser la liste d’attente, accroître l’utilisation des salles d’opération, augmenter la disponibilité des travailleurs de la santé, repenser la composition des équipes chirurgicales et, « si nécessaire », ajouter des ressources financières et matérielles. « La période estivale devant nous sera l’occasion de consulter et de travailler avec l’ensemble des partenaires concernés par le rehaussement des activités, tels que les établissements de santé, les experts cliniques, les syndicats, les fédérations médicales, d’autres professionnels de santé et les patients partenaires », a affirmé la Dre Opatrny en conférence de presse jeudi après-midi. « Et, suite à cette période-là, dès l’automne, nous passerons en vitesse accélérée afin d’atteindre l’objectif que nous nous sommes fixé pour réduire la liste d’attente au niveau prépandémique d’ici mars 2023 », a-t-elle ajouté.

La médecin partisane de l’« amélioration continue » — pour qui M. Dubé n’a que de bons mots —, soutient que toutes les chirurgies pourront être effectuées après une attente de six mois ou moins à compter de mars 2024.

Lucie Opatrny a évoqué jeudi la possibilité de renforcer la présence des infirmières auxiliaires dans les blocs opératoires. En revanche, elle a rejeté celle de maintenir l’état d’urgence sanitaire, y préférant des « stratégies […] durables ». « Et durables, ça veut dire à l’extérieur des arrêtés ministériels et de l’état d’urgence », a fait valoir la sous-ministre adjointe à la direction générale des affaires universitaires, médicales, infirmières, et pharmaceutiques.

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Plus de 145 000 personnes figurent aujourd’hui sur la « liste officielle » d’attente, soit 30 000 de plus qu’au début de la pandémie de COVID-19, en mars 2020. Les effets du cran d’arrêt donné aux chirurgies dites non urgentes — baisse de 22 % des chirurgies en orthopédie et baisse de 32 % des chirurgies en ophtalmologie, par exemple — lors de la première vague de COVID-19 se font toujours sentir, a précisé Mme Opatrny après avoir gravi la colline Parlementaire.

Les gestionnaires du réseau de la santé s’affaireront tout d’abord à « stabiliser » la « liste officielle » d’attente non seulement avec le concours des médecins, mais aussi des patients « qui pendant la pandémie ont dit : “Bien, je n’irai pas voir mon spécialiste ou je ne m’inscrirai pas” », a expliqué le ministre Christian Dubé. « J’en profite aujourd’hui [pour] dire aux gens, en ce moment, qui ne sont pas sur la liste d’attente, de contacter leur médecin, leur médecin généraliste ou leur médecin spécialiste, pour s’assurer qu’ils sont sur la liste d’attente pour qu’on puisse avoir un plan d’action qui va être réel », a-t-il lancé tout en fixant la caméra de la salle.

L’élu caquiste s’attend à ce que quelque 5000 personnes s’ajoutent à la « liste officielle » d’ici au 1er octobre prochain. Autrement dit, le nombre de patients en attente d’une chirurgie augmentera au cours de l’été avant de diminuer. « C’est à partir de 2022 qu’on va commencer à voir vraiment une diminution importante ; ça, c’est encourageant », a promis M. Dubé.

Christian Dubé s’est mis en tête de tuer dans l’œuf toute critique sur le manque d’ambition de sa Stratégie de reprise des chirurgies. « L’échéancier peut paraître des fois, dans certains cas, lointain et ça, on en est conscient, mais je pense que c’est quand même notre travail puis notre rôle d’être réaliste », a-t-il insisté. Le « réseau est fatigué » 15 mois après le début de l’état d’urgence sanitaire. « Notre personnel de santé doit se reposer cet été. Il y a un consensus là-dessus puis de travailler autrement ne serait respectueux de ceux qui ont travaillé depuis la dernière année », a affirmé le ministre, tout en rappelant l’enrôlement de milliers de professionnels de la santé dans les opérations de dépistage, puis dans la campagne vaccination contre la COVID-19.

Le gouvernement québécois présentera le Plan d’action de reprise des chirurgies « très clair » cet automne. D’ici là, la Dre Opatrny aura consulté les associations des professionnels de la santé. « [Elle va] arriver à une solution que tout le monde va embarquer dedans », a-t-il promis.

Pour la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, « le plan gouvernemental pour la reprise des chirurgies [devra] absolument tenir compte de la pénurie de main-d’œuvre ». Pour la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), des « efforts collectifs sont à fournir » pour soigner les 150 000 patients dans l’attente d’une chirurgie, parfois depuis plus d’un an. « Imaginez, 150 000 personnes, c’est toute la ville de Saguenay qui attend une intervention chirurgicale. Pour chacune d’entre elles, il faut trouver une solution », a soutenu le président de la FMSQ, le Dr Vincent Oliva.

Vers une quatrième vague ?

251 personnes ayant la COVID-19 étaient hospitalisées mercredi, dont 64 personnes aux soins intensifs. Il y en avait 7,5 fois plus — 1866 personnes hospitalisées — lors du paroxysme de la crise lors de la première vague de COVID-19.

Le Québec n’est toutefois « pas à l’abri » d’une quatrième vague de COVID-19, convient la Dre Lucie Opatrny. « Oui, il y a probablement des pépins qui vont arriver, mais je crois que malgré ça, on va être capable d’arriver [à atteindre nos objectifs] », a-t-elle conclu.

Vaccins ou dépistage en oncologie

Christian Dubé a chargé sa sous-ministre Dominique Savoie de soumettre les soignants en oncologie à la directive « être vaccinés ou être dépistés » après la mise au jour d’une éclosion à l’étage d’hémato-oncologie du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Une quinzaine de patients ont été infectés par le coronavirus. Quatre en sont morts. « Premier choix, vous vous faites vacciner. Deuxième choix, vous vous faites tester trois fois par semaine. […] Si ça ne fonctionne pas, on vous replace ailleurs. Puis, s’il n’y a pas de place, bien, vous n’êtes plus à l’emploi », a déclaré M. Dubé jeudi.

Marie-Eve Cousineau


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1 commentaire
  • Patrick Dolmaire - Abonné 11 juin 2021 14 h 50

    Des objectifs de stagiaires

    «se donne pour objectif de réduire la liste d’attente des chirurgies sous le niveau prépandémique d’ici mars 2023.»

    Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette gestionnaire n'est pas très ambitieuse et se moque un peu des gens. Prendre 2 ans pour revenir à un niveau misérable s'inscrit parfaitement dans le type de gestion de la santé publique qui a fait directement plus de 10 000 morts durant cette pandémie. On comprend que ceux qui ont survécu à ce jour à l'absence de soins sont encore en très grand danger.

    «et, « si nécessaire », ajouter des ressources financières et matérielles.»

    Misère, encore une gestionnaire qui se pose des questions où les besoins sont évidents. Et des ressources humaines supplémentaires, peut-être, ça pourrait aider ... au pays où les ressources existent mais où on prèfèrent les laisser faire le taxi.