Les internes en psychologie dénoncent leurs conditions de pratique

La FIDEP estime que les quelque 250 internes qui intègrent le réseau public chaque année offrent des services à environ 12 000 usagers du réseau de la santé.
Photo: iStock La FIDEP estime que les quelque 250 internes qui intègrent le réseau public chaque année offrent des services à environ 12 000 usagers du réseau de la santé.

Après les psychologues du réseau public, c’est au tour des internes en psychologie de réclamer de meilleures conditions de pratique dans les établissements de santé.

La Fédération interuniversitaire des doctorants en psychologie (FIDEP) presse le gouvernement Legault de modifier le programme d’internat, dont elle dénonce des modalités.

Depuis 2017, les internes en psychologie bénéficient d’une bourse de 25 000 $ lorsqu’ils réalisent leurs 1600 heures d’internat dans le réseau public. En revanche, ils doivent signer un contrat dans lequel ils s’engagent à travailler à temps plein pendant deux ans dans un CIUSSS ou un CISSS. S’ils ne le font pas, ils doivent faire 150 heures de bénévolat.

« La majorité des internes trouvent ça complètement aberrant qu’on leur demande de faire du bénévolat », dit la présidente de la FIDEP, Marie-Joëlle Beaudoin.

Bien des internes ne sont pas en mesure de signer un contrat d’engagement, soutient-elle, parce que les d’établissements de santé ne leur en offrent pas.

« Il y a pas mal de CIUSSS qui refusent de faire signer des contrats d’engagement, parce qu’ils connaissent très peu les internes, d’une part, précise Marie-Joëlle Beaudoin. D’autre part, l’affichage de postes, ils veulent le rendre prioritaire aux psychologues qui sont déjà là et qui ont des postes temporaires. » Selon un sondage de la FIDEP mené en janvier 2020, 75 % des internes ont dû faire du bénévolat depuis 2017.

La Fédération estime que le gouvernement Legault doit retirer ces critères d’engagement, une mesure qui nuit, dit-elle, à l’objectif du programme d’attirer et de retenir les nouveaux psychologues dans le réseau public. Ses membres revendiquent également une rémunération supérieure à 25 000 $.

« Selon notre sondage, c’est 67 % des internes en psychologie qui disent : si je signe un contrat d’engagement, après mes deux ans, je ne peux pas dire que je vais vraiment rester », indique Marie-Joëlle Beaudoin.

« Des conditions déplorables »

En point de presse à l’Assemblée nationale à la fin de mai, le député de Québec solidaire Sol Zanetti a critiqué les « conditions déplorables » des internes en psychologie.

Le porte-parole en matière de services sociaux croit qu’il faut offrir un salaire de 40 000 $ aux internes en psychologie, et non une bourse de 25 000 $. « On propose qu’ils soient traités comme les résidents en médecine, comme de vrais travailleurs, avec un salaire décent », précise Sol Zanetti.

Québec solidaire pense que les CIUSSS et les CISSS doivent offrir aux internes en psychologie des postes précis, avec un lieu de travail désigné et une clientèle ciblée, dans le cadre du contrat d’engagement de deux ans. « À l’heure actuelle, on ne leur dit pas où ils vont travailler et avec quelle population ils vont travailler, dit Sol Zanetti. Ils s’engagent un peu à l’aveuglette. »

Selon le député, modifier ainsi le programme enverrait un « grand signal » aux internes, ce qui les encouragerait à « s’impliquer dans le réseau public ».

La FIDEP estime que les quelque 250 internes qui intègrent le réseau public chaque année offrent des services à environ 12 000 usagers du réseau de la santé.

Au cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, responsable du programme d’internat, on indique qu’« on est toujours en analyse » afin de déterminer si des modifications doivent être apportées au programme d’internat en psychologie.

« Notre objectif, c’est de faire en sorte que davantage de psychologues en formation viennent travailler par la suite dans le réseau public, dit l’attachée de presse de la ministre Danielle McCann, Valérie Chamula. Nous travaillons avec le MSSS [ministère de la Santé et des Services sociaux] à cet effet. »

Le MSSS prévoit qu’il faudra embaucher 883 psychologues d’ici cinq ans afin de répondre aux besoins de la population et de pourvoir les postes laissés vacants par les départs anticipés (retraite ou autres motifs).

Pour y arriver, le gouvernement devra offrir un meilleur salaire aux psychologues ainsi qu’une plus grande autonomie professionnelle, affirme Marie-Joëlle Beaudoin.

Des négociations sont en cours pour renouveler la convention collective des psychologues travaillant dans le réseau de la santé. Les membres de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), qui représente notamment des psychologues, ont fait la grève lundi et mardi.