Les anticoagulants, une nouvelle arme contre la COVID-19?

Durant la première vague, le taux de thrombose chez les patients admis aux soins intensifs de l’Hôpital général juif a atteint 17%.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Durant la première vague, le taux de thrombose chez les patients admis aux soins intensifs de l’Hôpital général juif a atteint 17%.

De hautes doses d’anticoagulants, données même aux patients modérément malades de la COVID, seraient susceptibles de prévenir l’admission aux soins intensifs et d’abaisser la mortalité due à l’aggravation de la maladie causée par le SRAS-CoV-2.

Au fil des mois, les connaissances sur la COVID ont changé la perception de cette maladie de moins en moins assimilée à une stricte maladie respiratoire, mais à une inflammation systémique où les troubles de la coagulation jouent un rôle de premier plan.

Les données préliminaires publiées dans medRxiv d’une recherche menée auprès de plus de 2200 patients de plusieurs hôpitaux des États-Unis et du Canada, dont ceux de l’Hôpital général juif, montrent que de doubler ou tripler la dose d’anticoagulants donnée aux malades permet d’éviter les soins intensifs à bon nombre de patients hospitalisés.

« On donne toujours des doses prophylactiques de façon préventive, mais là, notre étude visait à évaluer quelle semblait la meilleure dose pour avoir un effet sur le cours de la maladie et éviter une dégradation nécessitant des soins intensifs », explique la Dre Vicky Tagalakis, professeure associée au Département de médecine interne de l’Université McGill et médecin à l’Hôpital général juif.

Les premiers mois de la pandémie ont permis d’observer que le risque de développer un caillot sanguin dans une veine ou une artère à la suite de la COVID était augmenté de plus de 25 % chez les personnes atteintes de formes graves de la maladie.

Diverses études réalisées partout dans le monde ont évalué qu’entre 10 % et 40 % des patients hospitalisés avaient développé divers types de thromboses ou de troubles de la coagulation.

Depuis, la plupart des hôpitaux administrent en conséquence des doses préventives d’anticoagulants aux patients atteints de COVID, mais à des niveaux « prophylactiques ».

Or, les recherches auxquelles participe la Dre Tagalakis semblent démontrer que l’octroi de doses thérapeutiques, semblables à celles données normalement aux patients atteints de caillots sanguins, réduit de façon notable le nombre de ceux qui auront besoin d’une aide respiratoire ou d’être dirigés vers les soins intensifs.

« On a changé notre stratégie de prévention des caillots. Quand les patients sont déjà rendus aux soins intensifs, parfois la maladie est trop avancée et les anticoagulants ne semblent plus avoir autant d’effet. Des patients développent quand même des thromboses et en meurent », explique la Dre Tagalakis.

Court-circuiter de façon agressive le développement des troubles de la coagulation dès les premières phases de la maladie semble avoir un meilleur effet sur le pronostic des malades. « Avec ces forts dosages, on a observé que le taux de patients qui se retrouvaient aux soins intensifs et la mortalité après 21 jours avaient baissé de plusieurs points de pourcentage », affirme cette chercheuse.

Durant la première vague, le taux de thrombose chez les patients admis aux soins intensifs de l’Hôpital général juif a atteint 17 % ; il a glissé depuis à 10 % à 11 %, une situation qui se rapproche de la normale de 7 % à 8 % chez les patients admis aux soins intensifs en général. « Ça semble modeste, mais c’est remarquable qu’un médicament aussi connu, accessible à très bas coût, ait un tel impact sur le cours de la maladie », ajoute Dre Tagalakis.

Le risque de développer un caillot sanguin après une hospitalisation due à la COVID est aussi de 10 %, de sorte que ces médicaments continuent de faire partie de l’arsenal utilisé pour prévenir les complications après la guérison. « C’est une façon de protéger les malades, mais aussi les soins intensifs, car il faut pouvoir reprendre les chirurgies pour tous les autres patients », ajoute cette spécialiste.

L’efficacité des thérapies « antithromboses » sur le cours de la COVID serait si prometteuse que des études mesurent déjà leur effet chez les patients de diverses tranches d’âge, et même chez les personnes infectées n’ayant jamais été hospitalisées. Les patients à plus grand risque de faire des hémorragies ne peuvent toutefois bénéficier de ces puissantes doses.

Les connaissances actuelles relient les troubles de la coagulation liés à la COVID à une réponse excessive et anormale du système immunitaire au virus. Ce dernier affecterait davantage les cellules de l’intérieur des vaisseaux sanguins, activant la formation de plaquettes et de facteurs coagulants à l’origine des caillots.

« La COVID a changé notre perception de la coagulation. On commence à voir la coagulation comme un facteur précipitant et déterminant de la maladie qui dicte le pronostic des patients atteints de la COVID, explique cette professeure de McGill. Alors qu’avant, on assimilait davantage ces caillots à un effet secondaire ou même consécutif à l’infection. »

À voir en vidéo