Un entretien avec Rita Lafontaine - Côté jardin, côté coeur

Rita Lafontaine
Photo: Patrick Sanfaçon Rita Lafontaine

«Mon univers intérieur, c'est très précieux pour moi. Je suis dans le silence, je me détends, j'essaie d'éliminer les énergies négatives, de bien respirer et de profiter de l'instant présent.»

La voix douce de Rita Lafontaine, son sérieux souriant, on l'imagine facilement. La comédienne est très aimée du public. Elle est aimable... et on sait d'elle qu'elle connaît l'astrologie et pratique la prière. «Ça m'arrive de prier pour la paix dans le monde. Je fais des prières pour les autres — on nous a enseigné à demander et, maintenant, je prie pour les autres. Une étude parue il y a quelques années montrait que la prière pouvait aider à soigner les gens. J'en suis convaincue. Le pouvoir de notre mental est fort, pas seulement pour soi mais aussi pour les autres.»

- Un principe que vous avez aussi adopté matière de santé?

«Absolument, on parle de bien manger, de faire de l'exercice et des habitudes de santé. Moi, j'aime beaucoup dormir, je dois dormir huit heures. C'est ma première étape de santé. Si je ne dors pas, je me sens moins capable, moins énergique... Dans mon métier, on ne peut pas être fatigué!

«Le soir, je ne mange jamais lourd. Je bois du vin — très modérément — chaque jour et ça fait bien mon affaire de penser que c'est bon pour la santé! Je ne fais pas d'abus. Je n'aime pas beaucoup marcher, j'aime faire de la bicyclette, à l'occasion, et je peux passer des heures à jardiner. Ça me met dans un état de méditation et de détente incroyable. C'est une concentration sur ce qu'on est en train de faire... Et ça m'amène à vous parler de l'importance pour moi de vivre le moment présent. Depuis plusieurs années, je m'y applique beaucoup — qu'il fasse gris ou soleil —, et ça m'a aidée à aimer la vie, à m'aimer moi-même.

«Je suis passionnée par mon métier, par ce que j'y apprends depuis tant d'années, par les rapports humains qui se créent à travers la compréhension des humains. Finalement, le travail à faire dans la vie, c'est d'apprendre à se connaître, apprendre à s'aimer et apprendre à se respecter. Il faut s'entendre penser parfois et prendre conscience qu'on élabore un scénario négatif. On doit ajuster le tir, plusieurs fois par jour s'il le faut!

«J'ai entrepris une thérapie, en 1986 ou 1987. À partir de là, je me suis rebâtie sur une période d'une dizaine d'années. J'ai aussi participé à une analyse de groupe chez les Dominicains. Ce n'est pas ce qu'on en pense. On s'imagine que parce qu'on est quelqu'un de connu, on sera jugé, mais ça ne se passe pas du tout comme ça.

«Dans ce qu'on joue, au théâtre ou à la télé, il y a une part à apprendre pour soi. On ne peut pas se réserver des énergies, on est qui on est. On carbure à la pensée. J'aime autant mourir fatiguée que de mourir après avoir eu l'impression de perdre ma vie à me reposer... À quoi ça sert si vous n'êtes pas passionné?»

- Et quand on est malade, au théâtre?

«Ça m'est arrivé de jouer la voix très éteinte. En 1990, je jouais dans La Maison suspendue. J'avais fait un tournage dans l'eau au mois de septembre — dans un lac — et j'avais attrapé froid. Je n'avais presque plus de voix. Ils m'ont installé un micro dans les cheveux. Vous savez, ils mettent ça parfois dans la perruque, ça ne paraît pas, et c'est l'ingénieur de son qui a le problème! On n'est pas dans un métier pour se tâter, on a l'air égocentrique, mais en réalité, il n'y a pas un caprice à faire. En 1984, Denise Morelle a été assassinée, et quand elle ne s'est pas présentée au théâtre le soir, on savait qu'il fallait qu'il lui soit arrivé quelque chose de grave. Il ne faut pas être malade ni que ça paraisse. Mais c'est vrai qu'on dirait qu'on oublie ça sur scène, on s'oublie soi-même.

«Quand j'étais jeune, j'avais un problème à la colonne vertébrale, une scoliose. À 14 ans, j'ai été opérée, ç'a été très marquant dans ma vie. La déviation n'est pas au centre de ma vie, j'ai décidé de passer par-dessus ça. J'ai pas mal de force physique. Je n'ai pas mal au dos 24 heures sur 24, mais ça m'accompagne quotidiennement. Une fois par mois, en général, je me fais donner un massage shiatsu.

«Je dois vous dire que je me vante beaucoup de prendre une aspirine par année — je ne prends pas de médicaments, à cause des effets secondaires. Je me méfie. Je ne vais jamais voir le médecin, à moins d'une obligation absolue. Je crains les médecins et la médecine. Pour moi, on entre à l'hôpital sur nos deux jambes et on en ressort malade, c'est mon opinion très ferme. Je suis convaincue que les médecins font de leur mieux. J'ai profité des services de très bons médecins qui ont eu de la droiture, de l'intelligence, et ils ont mis toute leur science à m'aider. Mais j'essaie de me tenir loin de la médecine, de faire de la prévention.»

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- Lire: Comment dire, autobiographie publié en 1998 aux Éditions 7 Jours.
- Prières et soins (en anglais): http://news.bbc.co.uk/hi/english/health/newsid_778000/778564.stm