Les éclosions augmentent chez les travailleurs étrangers temporaires

Au total, plus de 20 000 travailleurs étrangers temporaires passeront par le Québec en 2021, incluant une majorité d’environ 16 000 en agriculture, un nombre qui a doublé depuis 2015.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Au total, plus de 20 000 travailleurs étrangers temporaires passeront par le Québec en 2021, incluant une majorité d’environ 16 000 en agriculture, un nombre qui a doublé depuis 2015.

La hausse des cas de COVID-19 chez les travailleurs étrangers temporaires s’accélère. Qualifiée de « préoccupante » par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), cette augmentation se reflète aussi dans le nombre de foyers d’éclosion, passé de trois à neuf chez ces travailleurs temporaires, selon le rapport hebdomadaire publié lundi.

Les travailleurs étrangers temporaires auront la possibilité de recevoir une première dose de vaccin à leur arrivée à l’aéroport dès mardi matin, une campagne coordonnée par le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, avec la collaboration d’un réseau de travailleurs, des employeurs et l’aéroport de Montréal.

Au total, l’INSPQ a recensé 86 travailleurs étrangers temporaires infectés par le virus dans 6 régions, dont 60 % se trouvent dans le secteur agricole. Des foyers d’infection ont aussi été rapportés dans une industrie d’abattage et de conditionnement de la viande, ainsi que dans un magasin-entrepôt qui emploie cette main-d’œuvre.

En comparaison, il n’y avait que 20 cas recensés chez les travailleurs étrangers temporaires durant la dernière semaine de mai. Une « attention plus particulière » est portée à ces éclosions, indique Richard Martin, conseiller scientifique de l’INSPQ, « en raison de leurs conditions de travail et de vie ».

Au total, plus de 20 000 travailleurs étrangers temporaires passeront par le Québec en 2021, incluant une majorité d’environ 16 000 en agriculture, un nombre qui a doublé depuis 2015. Si certains de ces travailleurs « saisonniers » arrivent en ce moment avec des contrats d’un maximum de huit mois, ils sont de plus en plus nombreux à travailler à longueur d’année, par exemple dans des serres ou des usines de transformation des aliments, avec des contrats allant jusqu’à deux ans.

Vaccination à l’aéroport

« Le Mexique et le Guatemala, les deux pays sources, ont des défis importants du point de vue sanitaire », affirme Denis Roy, directeur finances et main-d’œuvre agricole de l’Union des producteurs agricoles (UPA). « On n’est pas nécessairement surpris, c’est pour ça que des mesures supplémentaires ont été mises en place à l’arrivée », poursuit-il.

À partir de mardi matin, une première dose de vaccin leur sera offerte dès leur arrivée à l’aéroport. « Tout est en place pour commencer et c’est sûr que ça va faciliter les démarches de tout le monde », a confirmé Fernando Borja, le directeur général de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME).

Un vol nolisé en provenance du Guatemala, comptant jusqu’à 180 travailleurs à bord, sera le premier groupe à en bénéficier mardi. Ce sont 13 de ces vols organisés par les employeurs qui sont attendus au mois de juin.

« Nous sommes déjà sur place pour distribuer de l’information aux travailleurs qui arrivent et nous pourrons leur expliquer qu’ils ont le choix de se faire vacciner », a affirmé Michel Pilon, coordonnateur du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ).

« On est conscients qu’il peut y avoir des réticences, donc ils peuvent aussi changer d’avis et se faire vacciner plus tard », expose M. Borja.

Promiscuité dans les logements

M. Pilon se dit par ailleurs « inquiet » de la situation sanitaire, considérant les conditions de logements dans lesquels vivent la plupart de ces personnes.

« Ce sont des espaces où la transmission peut se faire très rapidement », indique aussi Mariève Pelletier, conseillère scientifique spécialisée en santé au travail à l’INSPQ.

Ces travailleurs sont majoritairement des hommes en provenance du Mexique et du Guatemala. Ils ont accès à la vaccination depuis le 8 avril avec le groupe prioritaire 9, soit en même temps que les personnes de 60 ans et plus.

Parmi les éclosions dénombrées, 21 cas rattachés à 4 entreprises sont survenus durant la période de quarantaine. Ces travailleurs sont testés peu de temps avant leur départ pour le Québec, à leur arrivée à l’aéroport et huit jours après le début de leur isolement. Ils sont exemptés de la quarantaine à l’hôtel, mais doivent être logés dans des logements adaptés, au moins pour cette période.

« On recommande vraiment l’isolement avec une personne par chambre pour la quarantaine », affirme Mme Pelletier. Mais c’est à Québec et à Ottawa de rendre cette mesure obligatoire, précise-t-elle, ce que ni l’un ni l’autre des paliers gouvernementaux n’a fait. Les dortoirs ne sont pas non plus interdits.

Les travailleurs peuvent ensuite intégrer leur logement habituel. Les normes pour ces habitations sont prescrites par le gouvernement fédéral et « ne permettent pas le respect de la distance minimale de deux mètres entre les personnes », que l’INSPQ a mise de l’avant avec la pandémie. Il n’y a pas de limite imposée au nombre de travailleurs par chambre, ni par Ottawa ni par Québec, mais l’INSPQ préconise un maximum de deux personnes et un espace de 9 m2, afin de pouvoir circuler autour du lit.

La norme minimale est actuellement de 45 centimètres entre chaque lit — moins d’un bras de distance — plutôt que 2 mètres. Les autres normes minimales actuelles sont également basses, disent depuis plusieurs années des associations de travailleurs : 1 toilette pour 10 travailleurs, 1 douche pour 10 travailleurs, 1 réfrigérateur pour 6 travailleurs.

À voir en vidéo