Le Canada a sa part de blâme dans le monopole vaccinal

En utilisant les données publiques de Our World in Data, «Le Devoir» a constaté que 85% des doses de vaccins ont été administrées dans les pays à revenu intermédiaire de tranche supérieure et ceux à revenu élevé.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse En utilisant les données publiques de Our World in Data, «Le Devoir» a constaté que 85% des doses de vaccins ont été administrées dans les pays à revenu intermédiaire de tranche supérieure et ceux à revenu élevé.

La distribution de vaccins contre la COVID-19 continue de diviser les pays : d’un côté, ceux qui jouissent de la part du lion et qui entament leur déconfinement, de l’autre, les moins nantis qui continuent d’être frappés par de nouvelles vagues de contamination, faute de doses disponibles. Se classant désormais au quatrième rang des pays où la plus grande proportion de population a reçu au moins une dose, le Canada n’a pas été des plus exemplaires dans cette crise de « quasi-monopole » de vaccins.

Plus de 75 % du 1,8 milliard de doses qui ont été injectées dans le monde à ce jour ont été administrées dans seulement dix pays, a déploré le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, cette semaine. Parmi eux, Ottawa a été sous le feu des critiques, ayant été le seul pays du G7 à se prévaloir du mécanisme COVAX pour se procurer des doses de vaccins. L’initiative a pour objectif d’assurer un accès équitable à la vaccination contre la COVID-19 dans 200 pays.

 

 

« Le Canada a été beaucoup regardé de travers quand il a pris des doses de COVAX qui devaient aller aux pays du sud en premier. Tous les pays occidentaux sont à critiquer, puisqu’ils n’ont pas suivi les règles [du programme COVAX] en achetant le plus de vaccins possible », explique Maïka Sondarjee, professeure en développement international et mondialisation à l’Université d’Ottawa.

« On n’a pas volé de doses, tous les pays qui contribuaient à COVAX pouvaient prendre des doses. Ça prouve que le gouvernement du Canada a participé à l’initiative collective, mais c’était quand même sous-entendu que les premières doses allaient aux pays du Sud. Ce n’est pas illégal, mais ça “regarde mal” », poursuit-elle.

Cette approche prévoyante pourrait toutefois coûter cher au Canada à long terme, selon l’experte en développement international. « L’image qu’on projette a un impact sur nos négociations. Si on dit qu’on va faire quelque chose et que finalement, on ne le fait pas, ça a un impact sur comment les autres pays nous perçoivent à long terme ».

« Pas de conséquence »

Comme le Canada, de nombreux pays n’ont pas suivi la marche à suivre de COVAX en concluant des accords bilatéraux avec les compagnies pharmaceutiques pour réserver leurs doses en priorité, bloquant la voie à l’initiative internationale pour l’achat de doses.

« Le protocole était clair : tous les pays passent par COVAX, achètent leurs doses et en même temps, y mettent plus d’argent pour que les doses soient distribuées dans le reste du monde. Ces règles-là étaient approuvées, il y avait une marche à suivre et finalement, personne ne les a suivies parce qu’il n’y a pas de conséquences si tu ne le fais pas », déplore Mme Sondarjee.

Résultat : les iniquités entre les pays riches et pauvres continuent de se creuser. En utilisant les données publiques de Our World in Data, Le Devoir a constaté que 85 % des doses de vaccins ont été administrées dans les pays à revenu intermédiaire de tranche supérieure et ceux à revenu élevé.

 

 

Ces inégalités rendent la tâche difficile aux pays dépourvus de doses pour organiser leur sortie de crise, croit la professeure à l’Université d’Ottawa.

Flambée de contaminations

Au moment où le Canada, les États-Unis et plusieurs pays d’Europe amorcent leur déconfinement, des pays comme l’Inde, l’Argentine et le Népal ont tous signalé d’importants records des cas de COVID-19 au cours des dernières semaines.

 

 

Près de 20 % de la population en Argentine et au Brésil a respectivement reçu une première dose de vaccin, tandis que le Népal traîne de la patte avec à peine 7 % de sa population partiellement vaccinée. Un peu plus de 10 % de la population indienne a pu recevoir une première dose, bien que le pays soit maintenant devenu l’épicentre de la pandémie à travers le monde.

Moins de 2 % du 1,8 milliard de doses distribuées à travers le monde ont été administrées en Afrique, bien que le continent représente 20 % de la population mondiale. « Alors que les approvisionnements se tarissent, le partage des doses est une solution urgente, critique et à court terme pour garantir que les Africains les plus exposés au nouveau coronavirus reçoivent la protection dont ils ont tant besoin », a déclaré jeudi la Dre Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique.

 

 

« L’Afrique a besoin de vaccins maintenant », a insisté la directrice régionale de l’OMS, avertissant que « toute pause dans ces campagnes de vaccination se traduira par des vies et des espoirs perdus ».

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