Conseils d’experts pour un déconfinement sécuritaire

«Il faut quand même penser à garder nos distances avec les gens qui ne sont pas de notre bulle, même à l’extérieur», rappelle la Dre Marie-France Raynault.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Il faut quand même penser à garder nos distances avec les gens qui ne sont pas de notre bulle, même à l’extérieur», rappelle la Dre Marie-France Raynault.

Après une certaine tendance à la baisse du nombre de nouveaux cas de COVID-19 durant la longue fin de semaine, des experts en santé se montrent optimistes. Ils sont cependant unanimes : à l’aube des assouplissements, la meilleure manière de déconfiner est de privilégier les activités extérieures, sans oublier les précautions d’usage.

Les mesures spéciales de plusieurs secteurs en « rouge foncé » ont été levées lundi, notamment en Estrie, dans Chaudière-Appalaches et dans le Bas-Saint-Laurent, avec la réouverture des commerces non essentiels et le couvre-feu retardé à 21 h 30.

Dès vendredi prochain, le 28 mai, le couvre-feu sera levé sur l’ensemble du Québec, les terrasses des restaurants pourront accueillir des clients et des rassemblements extérieurs limités à huit personnes seront permis.

Ces activités sont « sécuritaires » puisque le risque de contracter le virus est beaucoup moins grand lors d’activités au grand air, explique la Dre Marie-France Raynault, cheffe du Département de médecine sociale et préventive du CHUM. « Il faut quand même penser à garder nos distances avec les gens qui ne sont pas de notre bulle, même à l’extérieur », rappelle-t-elle.

Les autres précautions de base doivent aussi être respectées, comme de ne pas passer des objets de main en main, ou pire, « partager sa bière ou fumer la même chicha [narguilé] », dit-elle par exemple.

La Dre Raynault conseille aussi de ne pas enlever et remettre son masque à répétition, puisque ces gestes font augmenter les risques de contamination. « Si on est certain qu’on sera à deux mètres des autres durant tout le moment qu’on passe avec eux et qu’on sera protégé, on peut l’enlever. Mais c’est préférable de le mettre et de tout simplement le garder tout au long de l’activité si on pense qu’on devra évoluer près d’autres personnes qui ne sont pas de notre bulle », explique-t-elle.

« Et s’il y a un peu de vent, encore mieux », poursuit Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. De nombreuses études ont en effet prouvé que le virus se transmet entre autres par aérosols, ces très fines particules en suspension dans l’air et, tout comme une bonne ventilation, le vent permet d’éviter qu’ils s’accumulent. Elle croit d’ailleurs qu’une forte brise lors de la grande manifestation du 1er mai contre les mesures sanitaires n’a pas favorisé la contagion. Les cas signalés parmi les manifestants seraient plutôt reliés au transport en autobus.

« Ce n’est pas tant les rassemblements sur les plages qui m’inquiètent que ceux dans les espaces clos. Il faut vraiment privilégier les activités extérieures tant qu’on n’a reçu qu’une seule dose », souligne cette spécialiste. Des médias montréalais rapportaient en effet cette fin de semaine que des centaines de personnes s’étaient massées à la plage du Cap-Saint-Jacques à Montréal et à celle d’Oka.

Quant aux rassemblements dans des salles de spectacle ou des stades, même avec des zones étanches pour chaque tranche de 250 personnes comme le permettra Québec vendredi, ces deux expertes en santé publique se font plus prudentes. « Plus on se voit à l’extérieur, plus on garde nos distances, plus on aura un bel été et un retour tranquille à l’automne », explique la Dre Raynault.

Au tour des adolescents

Les adolescents de 12 à 17 ans pourront prendre leur rendez-vous dès mardi matin dans les centres de vaccination et du 7 au 14 juin dans les écoles. Rappelons que seul le vaccin Pfizer a été autorisé pour la totalité ce groupe d’âge au Canada.

Quelques centres de vaccination avaient déjà ouvert leurs portes sans rendez-vous aux adolescents cette fin de semaine à Montréal, à Laval, à Shawinigan, à Nicolet et à Québec.

Mme Borgès Da Silva raconte que ses filles ont sauté sur l’occasion de se faire vacciner, et elle encourage les autres adolescents à le faire. « On forge notre personnalité pendant cette période, et les contacts sociaux sont très importants. Les adolescents souffrent de ne pas voir leurs amis, donc allez-y pour accélérer le retour à la normale », dit-elle.

Pour les convaincre, elle rappelle que toutes les personnes non vaccinées peuvent être des véhicules de la COVID-19 et ainsi transmettre le virus à leurs proches. Même si les adolescents sont moins susceptibles de développer des symptômes graves, ils sont eux aussi sujets à la COVID longue durée. « Personne ne veut perdre sa capacité pulmonaire à 13 ans ou ne pas sentir les odeurs durant plusieurs mois », rappelle-t-elle.

Impatience de recevoir une deuxième dose

Le CIUSS de la Capitale-Nationale rapportait lundi avoir reçu plusieurs demandes pour administrer une deuxième dose lors de sa clinique ouverte à l’Université Laval. Pour l’instant, seules les personnes à très haut risque de complications, notamment celles qui sont immunosupprimées ou dialysées, peuvent devancer leur deuxième dose de vaccin. Les autres ont déjà reçu la date de leur deuxième rendez-vous, généralement quatre mois après leur première dose.

Mme Borgès Da Silva appelle ainsi à la patience : « Il faut attendre d’avoir deux doses pour avoir une véritable couverture vaccinale complète, que ce soit Pfizer ou AstraZeneca. » Une nouvelle étude réalisée en contexte réel en Angleterre a par exemple montré avec un niveau de confiance élevé qu’une première dose de l’un ou l’autre de ces vaccins est efficace de 55 à 70 % pour prévenir les symptômes. Une deuxième dose prévient jusqu’à 90 % de ces symptômes, selon les données compilées par Public Health England.

Une seule dose de Pfizer serait efficace de 75 à 85 % contre les hospitalisations, alors qu’avec deux, ce pourcentage monte jusqu’à 90 à 95 %.

Dimanche et lundi, les nouvelles infections sont repassées sous la barre des 500, un seuil sous lequel la province n’était pas descendue depuis septembre dernier. C’est aussi la moyenne hebdomadaire qui diminue, ce qui montre que la tendance s’affirme au-delà des derniers jours.

« Les plus récents chiffres étaient très encourageants », dit d’emblée Benoit Barbeau, expert en virologie et professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM. Même si, en règle générale, moins de personnes passent des tests de dépistage la fin de semaine, ce qui a tendance à faire baisser le bilan des nouveaux cas, dit-il, « rien n’indique qu’il y aura une hausse soudaine ».

S’il se disait encore récemment inquiet de la présence au Québec de variants plus contagieux, il voit que la campagne de vaccination porte déjà ses fruits. La troisième vague a été relativement mieux contrôlée ici que dans d’autres provinces du Canada, observe-t-il, grâce à un ensemble de mesures plus restrictives, comme la fermeture complète des salles à manger des restaurants. « Québec a été très énergique, et très tôt au début de l’année », dit-il. Mais le relâchement doit être « progressif », précise M. Barbeau, car d’autres variants peuvent encore nous prendre au dépourvu.

Le variant B.1617, apparu pour la première fois en Inde, est désormais en observation au Canada, mais c’est encore le variant B.1.1.7, venu du Royaume-Uni, qui est le plus présent au Québec.

« Ce n’est pas comme avec les recommandations habituelles en santé publique de faire de l’exercice ou de manger plus de fruits et légumes. Avec la COVID-19, un seul manquement peut vous amener aux soins intensifs », conclut quant à elle la Dre Raynault.

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