Le Canada rattrape les États-Unis dans la vaccination contre la COVID-19

Alors que la campagne de vaccination poursuit sa progression au Canada, elle perd de la vitesse aux États-Unis, au point où les deux pays sont maintenant presque coude à coude : 46,7 % des Canadiens ont reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19, comparativement à 47,4 % des Américains.

 


Cette montée en puissance est plus qu’encourageante pour le Canada, selon Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, spécialisé dans la politique américaine. Ce dernier rappelle que les États-Unis ont constitué un modèle sur le plan de la vaccination depuis le début de la pandémie. « Si on s’approche ou qu’on vient à les dépasser, il y a quelque chose d’extraordinairement encourageant, parce qu’on se compare pratiquement aux meilleurs de la planète », avance-t-il.

Barrière anti-vaccin

Le Canada rattrape-t-il son retard en raison du succès de sa campagne ou en raison d’une décélération du côté des Américains ? Un peu des deux, selon M. Jacob. Après son grand élan du début de l’année, la campagne de vaccination aux États-Unis se déroule tellement au ralenti que des experts craignent de ne pas pouvoir atteindre l’immunité collective.

« Dans plusieurs coins aux États-Unis, la courbe vaccinale commence à ressembler drôlement à une vague épidémiologique, c’est-à-dire qu’il y a une espèce de pic et après, ça descend presque à la même vitesse à laquelle on a monté », note M. Jacob.

Ce ralentissement s’expliquerait entre autres par la population toujours hésitante ou qui refuse de se faire vacciner, un phénomène « hypercorrélé » avec la partisanerie politique, dit le chercheur. « Les États qui sont plus républicains, de façon générale, tendent à montrer des taux d’hésitation à se faire vacciner beaucoup plus importants ».

Une analyse du New York Times du mois dernier révélait que la volonté de recevoir un vaccin et les taux de vaccination étaient inférieurs, en moyenne, dans les comtés où une majorité de résidents ont voté pour réélire l’ancien président Donald Trump en 2020. Selon un sondage de l’Université de Monmouth daté du 14 avril, 43 % des participants républicains ont déclaré qu’ils ne souhaitaient pas recevoir le vaccin, contre seulement 5 % des démocrates interrogés.

Certains Américains auraient également été moins tentés d’aller se faire vacciner en raison d’absence de restrictions sanitaires strictes dans leur région. « On est vraiment dans deux mondes différents. Ça fait des mois que des États ont pris des mesures très souples, comme le Texas et la Floride, qui sont entièrement déconfinés. Ce n’était pas évident d’avoir un incitatif pour se faire vacciner au-delà de sa protection personnelle », observe M. Jacob.

Changement de stratégies

Face au ralentissement du rythme de vaccination et à la potentielle menace sur l’atteinte de l’immunité collective, le président Joe Biden a été forcé de revoir sa stratégie. Ce dernier a notamment annoncé la mise en place de sites de vaccination de masse et des pharmacies communautaires afin de mieux cibler les jeunes, les personnes vivant dans les zones rurales et les personnes plus réticentes.

Certains États ont également dû être créatifs pour trouver de nouvelles façons de convaincre les indécis. La semaine dernière, le gouverneur de l’État de l’Ohio a mis sur pied une loterie spéciale où toutes les personnes ayant reçu une injection seraient susceptibles de gagner le gros lot d’un million de dollars.

Mais loterie ou non, nombre d’Américains refuseront coûte que coûte de se rendre à un centre de vaccination, soutient Rafael Jacob. Avant même le contexte pandémique actuel, le mouvement anti-vaccin restait considérable aux États-Unis.

Champion des deuxièmes doses

Même si le Canada a maintenant rattrapé son retard, il traîne toujours loin derrière son voisin en ce qui concerne l’administration des deuxièmes doses de vaccin contre la COVID-19. Plus de 37 % des Américains ont été entièrement vaccinés, comparativement à un peu moins de 4 % des Canadiens.


Ce contraste s’expliquerait notamment par les différentes approches des campagnes de vaccination des deux pays. « Si on prend l’exemple du Québec, la décision qui a été prise a été de contrôler de façon centrale la manière dont les doses allaient être administrées : à qui, quand, etc. Alors qu’aux États-Unis, ç’a été administré de façon plus décentralisée, ce qui fait en sorte qu’il y a eu beaucoup plus de gens qui ont reçu leurs deux doses », explique M. Jacob.


Dans une version précédente de ce texte, une citation attribuée à Rafael Jacob indiquait que la Floride et le Texas sont des États « entièrement confinés ». Ils sont plutôt entièrement déconfinés.

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