Paris part en guerre contre l'obésité

Radical. En guerre ouverte contre l'obésité, la France s'apprête à adopter aujourd'hui une loi sévère qui vise à interdire les distributeurs automatiques dans toutes les écoles du pays mais aussi à forcer les industriels à ajouter des «messages sanitaires» dans les publicités pour la malbouffe. Un geste percutant dont le Québec devrait en partie s'inspirer, croit Lyne Mongeau, de l'Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), pour insuffler enfin un vent de changement ici, où l'obésité est, paradoxalement, plus répandue qu'en France.

«La France vient d'emprunter une voie intéressante, a expliqué hier au Devoir la diététiste versée dans la lutte à l'obésité et la prévention de celle-ci. Avec cette loi, les autorités interpellent directement les industriels, qui ne vont plus avoir le choix d'adapter leurs pratiques, tout en amenant la société à réfléchir collectivement sur cette délicate question. C'est bien. Ici, nous n'en sommes pas là. Je dirais même que les discussions avec l'industrie sont quasi inexistantes et le débat mérite encore d'être alimenté.»

Entre la concertation et l'action, les législateurs français semblent toutefois avoir fait leur choix en adoptant mercredi dernier le fameux projet de loi relatif à la politique de santé publique qui dès aujourd'hui va être transformé en loi. Non sans vagues d'ailleurs...

En effet, édulcoré par le Sénat français, sous la pression des industriels, le document final semble reprendre les dents que l'Assemblée nationale lui avait données, et ce, après avoir été harmonisé, comme le veut la Constitution en pareille situation, par un comité spécial de 14 députés et sénateurs.

Au delà de ce détail technique, la loi française frappe fort en bannissant des établissements scolaires les distributeurs automatiques et leurs contenus, jugés délétères lorsqu'on en abuse. Et ce, à compter du 1er septembre 2005. En marge de cette mesure, Paris imposera également aux fabricants de bouffe à base de sucre ou de gras l'ajout dans leur campagne médiatique de messages de mise en garde «agréés» quant à l'effet néfaste de leurs créations caloriques sur la santé. Sous peine d'une amende, représentant 5 % du budget publicitaire télé annuel qui sera alors versé dans les coffres de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES), l'équivalent français de notre INSPQ.

«Les parlementaires ont émis un message fort afin de faire émerger l'obésité comme un problème de santé publique qui mérite une politique de prévention rigoureuse et efficace», a commenté par voie de communiqué le député français Yves Bur, un des hommes derrière ce projet de loi. C'est aussi «une première prise de conscience des enjeux de cette épidémie», a ajouté son collègue Jean-Marie Le Guen.

C'est qu'en France, l'obésité semble faire des ravages, touchant en effet 12 % des habitants de ce pays dit de la gastronomie. Un quart de la population vit également au quotidien avec un excès de poids.

Pis, en 20 ans, ce trouble alimentaire a même progressé de 17 % chez les enfants exposés à un nombre grandissant de «messages alimentaires» à la télévision, selon l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), sorte d'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) des Français.

Les chiffres sont troublants, «mais ils sont aussi en dessous de ceux que nous connaissons ici», lance Lyne Mongeau. À preuve, selon Statistique Canada, l'obésité rythme aujourd'hui le quotidien de 14,2 % des hommes et de 13,5 % des femmes au Québec. À l'échelle nationale, ce taux est respectivement de 15,9 % et de 13,9 % d'après les données rendues publiques en juin dernier.

L'urgence d'agir semble donc à nos portes, selon les spécialistes de la lutte à l'obésité. «Mais nous sommes toujours en train de réfléchir aux actions qu'il faudrait prendre», poursuit la diététiste, qui se demande d'ailleurs si l'interdiction des distributeurs automatiques pourrait vraiment être envisagée ici. «Cette mesure a déjà été adoptée ici dans les écoles primaires. Toutefois, pour les autres établissements, il faudrait peut-être plutôt songer à revoir le contenu de ces machines. Cela pourrait être un bon compromis.»

Tout aussi hypothétique serait, selon elle, de ce côté-ci de l'Atlantique, l'efficacité des messages d'intérêt public accrochés à des pubs pour des plats surgelés ou des barres chocolatées. Certes, selon un sondage commandé par Le Devoir à Léger Marketing en avril dernier, près de 64 % de la population y serait favorable. «Mais il y a toujours un risque de perdre de l'efficacité dans la démarche en présentant des messages contradictoires», ajoute Mme Mongeau.

Quant à une taxe, perçue auprès des industriels pour financer les campagnes de promotion contre l'obésité, la chose serait dans l'air, avoue l'employé de l'INSPQ. «Il va falloir par contre décider si l'on souhaite, comme les Français, une approche coercitive ou encore une approche fiscale avec, par exemple, une taxe d'un cent sur toutes les boissons gazeuses produites ou vendues ici.»

Autant de questions qui devraient sans doute continuer d'apporter de l'eau au moulin des pourfendeurs de la surcharge pondérale, qui tentent toujours, selon elle, de disséquer l'épineux débat sur un sujet de plus en plus préoccupant. Surtout depuis que l'obésité a supplanté au Canada le tabagisme à titre d'ennemi numéro un de la santé publique.

Avec l'Agence France-Presse