De quoi l’été pandémique sera-t-il fait?

Les restaurateurs attendent de pied ferme d’avoir la permission de rouvrir leurs terrasses.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les restaurateurs attendent de pied ferme d’avoir la permission de rouvrir leurs terrasses.

Le gouvernement Legault annoncera son plan de déconfinement mardi à 17 h. Lancera-t-il officiellement la saison des barbecues ? Rouvrira-t-il les terrasses des restaurants dans toutes les régions ? Permettra-t-il à une « bulle familiale » d’en adopter une autre pour l’été ? Les avenues possibles sont nombreuses. Les experts prônent la prudence.

La Dre Marie-France Raynault, cheffe du Département de médecine sociale et préventive du CHUM, croit qu’il faut assouplir les règles actuelles. Mais elle redoute le scénario espagnol. « En Espagne, ils ont annoncé un plan de déconfinement, et tout le monde est sorti et a fait un maxi party dans les rues, comme si c’était la libération de Paris », dit-elle.

Selon la Dre Raynault, Québec a tout intérêt à y aller par étapes en autorisant d’abord des activités extérieures, jugées moins à risque. Le gouvernement pourrait donc donner le feu vert à l’ouverture des terrasses des restaurants même en zone rouge, ainsi qu’aux barbecues dans les cours privées.

Je ne pense pas qu’on va être à la veille de faire des activités intérieures, du moins pas en mai et juin

 

Ces mesures devraient toutefois être « adaptées » dans les régions qui demeurent sous le coup de mesures d’urgence, estime la Dre Raynault. Diverses MRC sont en palier rouge foncé actuellement, dont celles des Basques au Bas-Saint-Laurent et du Granit en Estrie. La transmission de la COVID-19 y est encore non maîtrisée.

Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, croit aussi que le gouvernement Legault doit miser « au maximum » sur les activités extérieures, comme les barbecues. Selon lui, le couvre-feu pourrait aussi être repoussé d’une heure en zone rouge, soit vers 22 h 30.

« L’intérieur, c’est vraiment la dernière affaire [à déconfiner], dit Benoît Mâsse. Je ne pense pas qu’on va être à la veille de faire des activités intérieures, du moins pas en mai et juin. » Il rappelle que seulement 3 % des Québécois ont reçu jusqu’à présent leur seconde dose de vaccin contre la COVID-19. La menace de variants plus contagieux plane toujours. « Le variant indien qu’on a intercepté, on pense qu’on les a tous eus parce que c’était des voyageurs, mais ce n’est pas une garantie », souligne-t-il.

La Dre Raynault estime pour sa part que la réunion de deux « bulles familiales » à l’intérieur sera possible au cours de l’été. Cette mesure est autorisée en zone jaune actuellement. « Je suis certaine que ce sera envisageable, dit-elle. Ça fait souffrir des gens de ne pas pouvoir se joindre à une bulle ou avoir deux bulles. » Elle cite en exemple les parents qui n’ont pu accueillir dans leur maison leurs enfants adultes vivant en couple.

Quant aux vacances à l’extérieur du Québec, dans d’autres provinces canadiennes par exemple, la prudence demeure de mise, selon Benoit Barbeau, virologue et professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM. « J’aurais tendance à demander d’attendre avant que les déplacements soient autorisés en Ontario », dit-il.

La frontière entre le Québec et cette province a été fermée le 19 avril afin d’éviter la propagation des variants. Pour la rouvrir, il faudra que la transmission de la maladie soit bien contrôlée, juge Benoit Barbeau. D’ici là, davantage de Québécois et d’Ontariens auront été vaccinés.

Utiliser les tests rapides

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, plaide en faveur d’un allègement des mesures concernant les activités extérieures. Mais elle souhaite aussi que le gouvernement rende les tests rapides antigéniques accessibles aux citoyens, ce qui permettrait la tenue de rassemblements intérieurs. « Si on avait accès à ces tests-là, on pourrait s’autotester avant d’aller dans un party, même à l’extérieur, fait-elle valoir. En Angleterre, les tests sont distribués gratuitement dans tous les domiciles ou les pharmacies. »

Roxane Borgès Da Silva déplore le fait que le gouvernement Legault « refuse d’impliquer et de responsabiliser la population ». « Arrêtez donc de nous materner, dit-elle. On veut prendre en charge notre pandémie. On est capables et on est responsables. On veut s’impliquer et on veut protéger notre monde. »

L’épidémiologiste Nimâ Machouf croit aussi que le Québec doit utiliser davantage les tests rapides antigéniques pour empêcher la propagation de la COVID-19 et éviter une quatrième vague. « Si un employé a un enfant à la garderie et qu’il y a une éclosion dans la garderie, on pourrait rapidement tester les collègues de travail en utilisant le test rapide, explique la chargée de cours à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. En 15 minutes, on peut savoir si les gens sont infectés ou pas. »

Ça fait souffrir des gens de ne pas pouvoir se joindre à une bulle ou avoir deux bulles

 

Nimâ Machouf espère que le premier ministre François Legault profitera de sa présentation mardi pour sensibiliser la population à la transmission par aérosols. S’ils sont mieux informés, les gens changeront leur comportement et éviteront les situations à risque.

« Si on veut faire l’ouverture des bars et des restaurants, à partir du moment où l’on reconnaît que la transmission se fait par aérosol, on va s’occuper de la ventilation, ajoute Nimâ Machouf. On va s’assurer que le restaurant qu’on vient d’ouvrir a un très bon système de ventilation. »

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