Le variant brésilien P.1 est bel et bien présent à Montréal

La santé publique de Montréal a rapporté en une semaine un bond de près de 30 cas du variant brésilien P.1.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La santé publique de Montréal a rapporté en une semaine un bond de près de 30 cas du variant brésilien P.1.

Si rien n’indique que le variant indien B.1.617 est répandu à Montréal, ce n’est pas le cas des variants brésilien P.1 et sud-africain B.1.351, qui semblent désormais nourrir une transmission communautaire dans divers milieux de la métropole.

C’est du moins ce que constate la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal, dont le dernier relevé rapporte un bond de 28 cas du variant brésilien P.1 dans la métropole en une semaine (de 60 à 88 cas). La province enregistre au total une hausse de plus de 30 % des cas de variant P.1 en sept jours (de 154 à 251), une augmentation concentrée dans la métropole, en Montérégie, dans les Laurentides et en Outaouais.

Selon la Dre Sarah-Amélie Mercure, cheffe médicale par intérim du secteur Prévention et contrôle des maladies infectieuses à la DRSP de Montréal, il est clair que ce variant provoque des éclosions « atypiques », avec des taux de propagation élevés, notamment chez les gens vivant sous le même toit.

Le variant P.1 a déjà fait irruption dans divers milieux de travail et de vie de la métropole, notamment à la résidence pour aînés Le Manoir Outremont, où on le soupçonne d’être en cause dans le décès de quatre résidents qui n’avaient toujours pas reçu leur 2e dose de vaccin anti-COVID. 

Les premiers cas détectés à Montréal découlaient tous de voyageurs, mais « là, on a une transmission communautaire sans que l’on soit capable d’identifier un voyageur comme source. Cela nous indique qu’on n’est pas capables de contrôler les introductions extérieures », affirme-t-elle. Si une période d’isolement obligatoire est imposée à certains passagers de vols internationaux, ce n’est pas le cas des voyageurs issus de vols intérieurs.

À l’origine des récentes flambées de cas qu’ont connues l’Alberta et la Colombie-Britannique, le variant P.1, considéré comme de 50 à 60 % plus contagieux que la souche originale du virus, est désormais prédominant dans cette dernière province.

« Il y a de la transmission. Si on ne fait pas attention aux voyages non essentiels, on va se retrouver avec plus de variants avant d’atteindre l’immunité collective », met en garde la Dre Mercure. Mais somme toute, dit-elle, on ne voit pas encore de « vagues explosives » liées au P.1, et les éclosions sont suivies de très près.

Détectés le 10 mars, les premiers cas québécois du variant P.1 seraient issus de voyageurs de retour de Toronto ou de la station de ski de Whistler, en Colombie-Britannique, où une éclosion a fait rage à la fin mars.

Dès le début avril, la Colombie-Britannique affichait l’éclosion la plus importante du variant P.1 hors du Brésil, avec plus de 800 cas ; un mois plus tard, on en dénombre plus de 4400. L’Alberta suit avec plus de 2200 cas, puis l’Ontario, avec près de 2000 cas, indique le dernier relevé l’Agence de la santé publique du Canada.

Le variant P.1 a été détecté pour la première fois dans la ville de Manaus, au Brésil, où il est rapidement devenu la souche prédominante. Il serait plus infectieux et potentiellement plus résistant à certains vaccins. « Avec les vaccins dont on dispose, on ne s’attend pas à des maladies graves ou à des décès, mais à une protection imparfaite », estime la Dre Mercure.

Un portrait en retard de 3 à 5 semaines

Quant au variant d’origine indienne B.1.617, jusqu’ici présumé plus transmissible que le B.1.1.7 originaire du Royaume-Uni, la métropole compterait cinq cas parmi les onze confirmés vendredi dernier par séquençage, indique la Dre Mercure.

« Tous nos cas confirmés sont liés à un retour de voyage, » dit-elle. Ces cas reflètent toutefois la réalité épidémiologie d’il y a 3 à 5 semaines — la durée requise pour confirmer « l’identité » de cette souche par séquençage.

« On est un peu aveugles pour ce qui est de la transmission communautaire en temps réel. Pour l’instant, le variant B.1.617 échappe à nos méthodes de criblage. Mais il n’y a pas d’autres signaux nous indiquant que cette “lignée indienne” soit en remontée dans la métropole », affirme la Dre Mercure.

Si ces variants venaient à gagner du terrain, comme c’est le cas au Royaume-Uni, avec le variant d’origine indienne, « c’est sûr que [ce serait] préoccupant », ajoute-t-elle. « Quand on a un variant plus transmissible, il faut atteindre une couverture vaccinale plus étendue et maintenir plus longtemps les mesures sanitaires. Ce qu’on a vu au Royaume-Uni, dans certaines régions, c’est que ce variant est en train de déloger le variant britannique. Ça nous donne une idée de ce qui pourrait arriver ici », dit-elle.

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