Les jeunes répondent à l’appel de la vaccination… pour l’instant

Selon les données obtenues par «Le Devoir», 48% des jeunes de 18 à 24 ans et 53% des adultes âgés de 25 à 29 ans ont respectivement déjà reçu une première dose ou pris rendez-vous.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Selon les données obtenues par «Le Devoir», 48% des jeunes de 18 à 24 ans et 53% des adultes âgés de 25 à 29 ans ont respectivement déjà reçu une première dose ou pris rendez-vous.

Le rythme de la vaccination s’accélère considérablement depuis la semaine dernière au Québec, et l’engouement se fait sentir chez les jeunes. Selon les données obtenues par Le Devoir, 48 % des jeunes de 18 à 24 ans et 53 % des adultes âgés de 25 à 29 ans ont respectivement déjà reçu une première dose ou pris rendez-vous, quelques jours seulement après l’ouverture à leur groupe d’âge.

« Je crois que les jeunes sont généralement sensibilisés à toute la dimension collective, c’est-à-dire à l’importance de se faire vacciner pour protéger les autres. Beaucoup d’entre eux se sentent peu à risque d’attraper la COVID ou d’avoir de graves complications, mais sont beaucoup plus préoccupés que les plus vieux à l’idée de transmettre le virus à quelqu’un d’autre », observe Ève Dubé, anthropologue médicale à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), spécialiste de l’hésitation vaccinale.

Dimanche soir, le ministre de la Santé, Christian Dubé, annonçait sur Twitter qu’il ne restait que 85 000 rendez-vous à fixer afin que 75 % des adultes de la province aient reçu une première dose ou aient pris rendez-vous.

« Déjà qu’après quelques jours, à peu près la moitié ait déjà pris rendez-vous, ça me semble très positif », se réjouit le Dr Nicholas Brousseau, médecin spécialiste à l’INSPQ et président du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ). La partie n’est toutefois toujours pas gagnée, avertit-il.

Même s’ils ont répondu à l’appel dans les premiers jours, les jeunes pourraient être plus difficiles à solliciter dans les prochaines semaines. Les personnes entre 25 et 44 ans restent les plus hésitantes face à la vaccination, selon le plus récent sondage sur les attitudes et comportements des adultes québécois de l’INSPQ.

 

L’intention de se faire vacciner diminue avec l’âge, tout comme la perception des risques liés à la COVID-19, selon Mme Dubé. Ainsi, plus une personne se sent à risque, plus elle aura tendance à vouloir recevoir l’injection, et ce, rapidement. « Quand on ouvre des plages horaires, ce sont les personnes les plus motivées qui vont prendre rendez-vous », ajoute-t-elle. L’engouement des derniers jours pourrait ainsi ralentir dans les prochaines semaines.

Convaincre les indécis

Selon le Dr Brousseau, les prochains défis consisteront à sensibiliser les plus indécis. « C’est déjà une bonne proportion [de la population] qui a déjà répondu à l’appel. Maintenant, la stratégie, ça va être de bien expliquer les choses, de bien promouvoir la vaccination pour aller chercher 20 à 30 % de personnes qui sont plus hésitantes. »

Un bassin de 20 à 25 % de la population pourrait être atteint si « on fait bien les choses, si les avantages leur sont bien expliqués et que l’on répond à leurs questions », indique le spécialiste.

Les semaines à venir seront donc déterminantes, avertissent les deux experts de l’INSPQ qui insistent sur l’importance de la vaccination chez les jeunes, groupe qui a davantage de contacts sociaux.

« C’est vraiment important de bien “scorer” chez les jeunes, ça va être l’élément clé pour à terme revenir à la normale. Si la grande majorité des jeunes est vaccinée, ça va être difficile que le virus se propage d’une personne à l’autre dans la population, et tout va être mis en place pour éviter une quatrième vague à l’automne », croit le président du CIQ.

Cibler les communautés

Les citoyens nés à l’extérieur du Canada sont également plus hésitants à se faire vacciner, selon l’étude CONNECT sur les contacts sociaux des Québécois. Si le pourcentage de citoyens canadiens indécis a graduellement diminué de la première à la troisième vague, il est resté stable chez les personnes d’origine extérieure.

 

« Chez les gens des communautés culturelles, il peut y avoir plus de méfiance à l’égard du gouvernement, la relation de confiance n’est pas la même. C’est certainement un facteur très important », croit Mme Dubé.

Un effort supplémentaire doit être effectué afin d’atteindre et d’aider davantage les groupes marginaux, selon l’anthropologue. « Ce n’est pas toujours facile de prendre rendez-vous, il y a quand même certaines barrières qui peuvent être difficiles à surmonter pour quelqu’un qui a une moins grande littératie. »

Plusieurs initiatives ont d’ailleurs été mises sur pied afin d’améliorer la proximité et l’accessibilité de la vaccination à certains groupes. À Montréal, des cliniques éphémères ont été érigées dans les quartiers aux taux de vaccination les plus bas. La semaine passée, des citoyens ont également pu aller se faire vacciner dans une mosquée du quartier Parc-Extension de Montréal.

« Le fait d’avoir des champions locaux ou des personnes crédibles dans une communauté qui donnent l’exemple, qui expliquent les choses, ça peut être très gagnant », conclut le Dr Brousseau.


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