Les Autochtones plus à risque de mourir des suites d’une chirurgie que la moyenne des Canadiens

Selon les données étudiées, les Autochtones font face à un risque de décès 30 % plus élevé à la suite d’une chirurgie comparativement à un patient allochtone.
Photo: Darryl Dyck Archives La Presse canadienne Selon les données étudiées, les Autochtones font face à un risque de décès 30 % plus élevé à la suite d’une chirurgie comparativement à un patient allochtone.

Les patients autochtones admis en chirurgie ont près de 30 % plus de chances de mourir à la suite de la procédure que le reste de la population au Canada. Ils sont aussi plus nombreux à souffrir de graves complications, révèle une nouvelle étude.

Le Journal de l’Association médicale canadienne a publié, lundi, une revue de littérature basée sur 28 études distinctes. Cette méta-analyse rassemble 1,9 million de participants, dont environ 10 % de personnes s’identifiant comme étant autochtones. L’objectif était d’évaluer le résultat d’un large éventail d’interventions chirurgicales chez des patients autochtones à travers le Canada.

Le chercheur principal, le Dr Jason McVicar, souligne que les conclusions mettent en lumière la nécessité de mener une révision en profondeur des soins de santé offerts aux communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis. La situation serait d’autant plus pressante que la pandémie de COVID-19 fait craindre que les patients autochtones se retrouvent en bas de listes d’attente rallongées par le délestage en chirurgie.

« Cette étude vient dire deux choses aux Canadiens : que l’on a besoin de meilleures données et que les données dont on dispose nous disent qu’il faut faire mieux », analyse le Dr McVicar, un anesthésiologiste métis qui pratique à l’Hôpital d’Ottawa.

Selon les données étudiées, les Autochtones font face à un risque de décès 30 % plus élevé à la suite d’une chirurgie comparativement à un patient allochtone. Ces chiffres sont tirés de quatre études combinant 7135 participants.

Les auteurs ont aussi analysé d’autres documents de littérature scientifique indiquant qu’un taux plus élevé de patients autochtones souffre de complications, dont des infections postopératoires et des retours à l’hôpital.

De plus, les données montrent que les patients autochtones sont moins nombreux à subir des chirurgies visant à améliorer leur qualité de vie, comme le remplacement d’articulations, ou encore des procédures pouvant possiblement leur sauver la vie, comme des chirurgies cardiaques, des greffes ou des césariennes.

Le Dr McVicar reconnaît que les résultats sont affectés par la maigre quantité et la faible qualité des recherches disponibles en la matière. Il souligne qu’il n’existe pas de données portant spécifiquement sur les Inuits et les Métis.

Il réclame une stratégie nationale pour mesurer et combattre les disparités qui affligent les Autochtones en convalescence après une intervention chirurgicale. Toutefois, pour y arriver, le Dr McVicar plaide pour que le processus soit mené par des travailleurs de la santé et chercheurs des Premières Nations, des Inuits et des Métis. « Si l’on est sérieux au sujet de l’implantation de changements fondamentaux en matière d’amélioration des impacts sur les Premières Nations, les Inuits et les Métis, il faut s’attaquer à tous les niveaux du système », insiste-t-il.

Cette nouvelle étude paraît au moment où le pays traverse une période de prise de conscience du racisme envers les Autochtones dans le système de santé depuis le décès de Joyce Echaquan, une Atikamekw de 37 ans, en septembre dernier à Joliette.

La vidéo diffusée par la patiente, peu de temps avant son décès, permet d’entendre des membres du personnel proférer des insultes racistes à son endroit. L’affaire a poussé le gouvernement fédéral à tenir un sommet virtuel de deux jours sur le racisme systémique envers les Autochtones dans le système de santé. Une enquête du coroner a également été lancée la semaine dernière au Québec.

Pour le nouveau président de l’Association médicale canadienne, le Dr Alika Lafontaine, les résultats dévoilés lundi ne montrent que la pointe de l’iceberg dans l’étude des nombreuses couches de discrimination que doivent affronter les patients autochtones.

Alors que la pandémie de COVID-19 a exposé au grand jour les conséquences dramatiques du racisme médical, le Dr Lafontaine croit qu’elle a aussi offert l’opportunité d’entreprendre de grandes réformes pour s’assurer que tous les Canadiens aient accès à des soins de première qualité.

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