Avec les tests rapides dans les écoles, mieux vaut bien viser

Utiliser des tests rapides « à l’aveugle » dans une école est inutile, selon les plus récents résultats d’une étude menée à Montréal. Ces outils sont toutefois efficaces pour tester les élèves qui ressentent des symptômes. Et ils aident au dépistage d’un groupe où un cas positif est détecté.

« Dépister les asymptomatiques, ça ne sert absolument à rien », explique la microbiologiste-infectiologue Caroline Quach, du CHU Sainte-Justine, qui dirige le projet de recherche. Même quand le coronavirus circule abondamment dans la communauté, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

« Ça prend énormément de ressources, tant matérielles qu’humaines. Et le nombre de cas qu’on a attrapés par hasard, je les compte sur les doigts d’une main », observe la Dre Quach.

Depuis janvier, plus de 2000 élèves et employés du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, une école privée pour filles dans Outremont, et de l’école secondaire Calixa-Lavallée, dans Montréal-Nord, ont participé à l’étude. Chaque jour, on procédait à des dizaines de tests aléatoires.

Dépister les asymptomatiques, ça ne sert absolument à rien

 

À la mi-avril, seulement 5 cas avaient été détectés parmi les 4235 tests rapides réalisés aléatoirement, selon un rapport intermédiaire fourni au Devoir. Neuf cas supplémentaires ont été détectés grâce aux 4235 tests traditionnels (amplification en chaîne par polymérase, ou PCR) réalisés en parallèle.

Quand ils produisent un résultat positif, les tests antigéniques rapides PanBio sont très fiables. Leur sensibilité est toutefois limitée (risques de faux négatifs), surtout chez les personnes qui ne souffrent d’aucun symptôme. Chez celles qui sont symptomatiques, ils détectent environ 70 % des cas, selon l’étude de la Dre Quach.

La médecin-chercheuse recommande donc au gouvernement d’utiliser les tests rapides pour dépister en 15 minutes les élèves qui ressentent des symptômes. Elle suggère de les employer en combinaison avec une prise d’échantillons de salive destinés à une analyse PCR en laboratoire. Cela permet, quelques jours plus tard, de confirmer (ou d’infirmer) le résultat du test antigénique.

Tester à l’école, dès la découverte des manifestations suspectes, permet d’agir rapidement. « C’est l’avantage majeur [des tests rapides], dit-elle, surtout dans les quartiers où les parents ne savent pas toujours qu’ils doivent garder leurs enfants à la maison » quand ils ont des symptômes.

Les tests rapides se sont aussi révélés relativement utiles pour le dépistage d’une bulle-classe dans laquelle un cas positif est découvert.

Dans le cadre du projet de recherche, des tests étaient réalisés juste avant le renvoi des élèves à la maison. Les élèves avaient également rendez-vous à l’école, quelques jours plus tard, pour les tests de suivi. « Ça fait en sorte qu’on est sûrs que les élèves ont fait le test », explique Dominic Besner, le directeur de l’école Calixa-Lavallée.

Même si les tests rapides ne vont pas « attraper » tous les cas asymptomatiques dans une bulle-classe touchée, ils peuvent néanmoins révéler de premiers cas secondaires. Des efforts peuvent alors être immédiatement consacrés à briser les chaînes de transmission en dehors des murs de l’école.

« Si une élève est positive, la Santé publique commence tout de suite à chercher ses contacts à elle », souligne Yves Petit, le directeur du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie.

Beaucoup de ressources

Le directeur Besner croit que le projet de recherche a prévenu certaines éclosions dans son école. Il considère que son établissement a été « choyé » d’avoir été sélectionné.

Toutefois, il avertit ses confrères du réseau scolaire : le déploiement des tests rapides a demandé énormément de ressources. Et ce, même pour simplement faire le dépistage des classes devant fermer.

« Dans un contexte où on a une forte vague, je pense que les écoles vont être débordées très rapidement », affirme-t-il. Son école a été forcée d’embaucher une secrétaire supplémentaire pour gérer les tests. L’équipe de recherche avait pour sa part déployé des techniciens à temps plein dans les deux écoles pour prélever les échantillons des élèves.

La Dre Quach ne s’attend pas à ce que les tests rapides fassent leur entrée dans les écoles d’ici la fin de l’année scolaire. Elle estime toutefois qu’ils pourraient servir en septembre dans les écoles primaires, dont les élèves ne seront pas encore vaccinés.

Un écolier qui a de la fièvre pourrait alors subir un test rapide. Un prélèvement de sa salive pourrait en outre être envoyé en laboratoire pour une analyse PCR.

« Je ne pense pas que les centres de dépistage vont rester aussi disponibles et aussi ouverts, observe la Dre Quach. Avoir plus d’initiatives de dépistage délocalisé — là où il risque d’y avoir de la transmission, c’est-à-dire, au primaire — pourrait être intéressant. »

Même si des conclusions assez claires émergent des résultats intérimaires du projet de recherche, il se poursuivra comme prévu jusqu’au 10 juin.

En plus des réponses que l’étude fournit au sujet des tests rapides, M. Besner considère qu’elle est révélatrice quant à la transmission de la COVID-19 en milieu scolaire. Dans les deux écoles, seulement 14 cas ont été détectés grâce au dépistage aléatoire, et 50 cas ont été détectés en tout. Dans les classes touchées par le virus, sept classes avaient un cas secondaire. Une classe avait quatre cas secondaires.

« Avant, quand on isolait une classe, on était dans la rumeur. Tout le monde se demandait s’il y avait beaucoup de cas », dit M. Besner. « Le projet a vraiment rassuré l’équipe-école : il n’y a pas beaucoup de transmission dans les classes. »

716 nouveaux cas

La situation sanitaire est relativement stable au Québec, les autorités ayant constaté une légère baisse du nombre de nouveaux cas. Selon les données publiées dimanche par le ministère de la Santé, 716 nouveaux cas ont été identifiés depuis le précédent bilan. Signe toutefois encourageant : le nombre de cas actifs est passé de 7509 à 7312, selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec. On a recensé 363 296 cas depuis le début de la pandémie. Deux nouveaux décès, tous deux survenus au cours des dernières 24 heures, se sont ajoutés au bilan des victimes.

La Presse canadienne



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