La troisième vague préoccupante dans le milieu de la construction

34 chantiers sont aux prises d’éclosions, soit trois fois plus que la moyenne hebdomadaire recensée depuis le mois de novembre.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir 34 chantiers sont aux prises d’éclosions, soit trois fois plus que la moyenne hebdomadaire recensée depuis le mois de novembre.

La situation sanitaire se détériore sur les chantiers et dans les établissements de construction de la province, qui atteignent de nouveaux records d’éclosions actives de COVID-19. Selon la dernière vigie des situations d’éclosion de COVID-19 dans les milieux de travail de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), 34 chantiers sont aux prises avec des éclosions, soit trois fois plus que la moyenne hebdomadaire recensée depuis le mois de novembre.

La situation actuelle est inquiétante, estime Simon Lévesque, conseiller à la santé et sécurité à la FTQ-Construction. « Lors de la première et de la deuxième vague, on remarquait beaucoup de contaminations communautaires, tandis que la troisième vague, c’est vraiment au niveau des milieux de travail. On a plusieurs éclosions, autant sur des petits chantiers que sur des gros », indique-t-il.


 


Le chantier de La Romaine sur la Côte-Nord a notamment été aux prises avec une importante éclosion la semaine dernière.

« Pour le chantier de la Romaine, ils ont fait des efforts considérables pour protéger la Minganie et la communauté innue qui est là-bas. Ça s’était bien passé jusqu’à la semaine passée, où une vingtaine de travailleurs ont été déclarés positifs », ajoute M. Lévesque. L’éclosion a notamment forcé Hydro-Québec à suspendre une partie des travaux et à resserrer les mesures sanitaires.

Le chantier de l’Institut de Cardiologie de Montréal ferait également partie des milieux touchés par les récentes éclosions. « On m’a rapporté 30 cas. C’est énorme, a dit M. Lévesque. Si c’est confirmé, ce serait, à ma connaissance, le chantier où il y a la plus grosse éclosion ».

Baisser la garde

Le nombre d’établissements de construction en situation d’éclosion atteint aussi un nouveau record, avec 70 établissements signalés et 243 cas associés, soit plus que le double de ce qui était rapporté à la fin du mois de mars.


 

 

Comment expliquer la hausse soudaine des éclosions dans l’ensemble du secteur ? Une combinaison de fatigue et de relâchement des mesures de prévention, selon M. Lévesque.

« On a encore de la difficulté à faire nettoyer les aires de repas. Pourtant, on mettait l'accent là-dessus à la première et à la deuxième vague, et là on s’aperçoit qu’il faut encore faire des interventions pour [les] faire nettoyer. Les toilettes sont négligées et le lavage des mains aussi, dénonce-t-il. Il y a aussi le fait que les gens sont peut-être un peu plus “tannés” à l’égard de toutes les mesures de la santé publique. »

L’escalade des dernières semaines pourrait effectivement s’expliquer par un relâchement pendant les périodes de pause et de repas, croit Richard Martin, conseiller scientifique à l’INSPQ et l’un des auteurs du rapport. « On le répète depuis le début, ce sont les pires situations et souvent, les travailleurs ne s’en méfient pas. »

Entre le 13 mars 2020 et le 5 mai 2021, les inspecteurs ont réalisé plus de 7610 interventions dans le secteur de la construction relativement à la COVID-19, à la suite de 1400 plaintes déposées en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail.

La CNESST a également publié 17 686 avis de correction et délivré 82 constats d’infraction dans le secteur de la construction, notamment pour le non-respect des mesures de prévention telles que le port des équipements de protection.

« Je trouve ça énorme. […] J’ai de la difficulté à comprendre qu’ils sont encore autant obligés d’intervenir. Il me semble que ça devrait être acquis. », déplore le conseiller à la santé de la FTQ-Construction.

Contaminations régionales

Les données de la vigie de l’INSPQ ne seraient cependant pas aussi alarmantes qu’elles le laissent paraître, selon Guillaume Houle, responsable des affaires publiques de l’Association de la construction du Québec (ACQ).

« Il faut assurément prendre en considération que la santé publique déclare une éclosion quand il y a deux cas et plus sur un même chantier, donc ça peut être facilement deux cas de deux corps de métier complètement différents qui ne se croisent jamais », note-t-il. L’ACQ n’a cependant pas été en mesure de fournir d’informations sur le nombre exact de transmissions directes entre travailleurs.

L’augmentation des cas serait plutôt en lien avec les bilans des contaminations régionales, selon M. Houle. « Il y a peut-être eu un relâchement généralisé dans certaines régions qui ont conduit à des contaminations sociales auprès de travailleurs de la construction et ça se reflète dans les données de la santé publique », avance-t-il. Plus de la moitié des chantiers affectés sont localisés dans la région de la Capitale-Nationale.

Près de 45 % des éclosions et des cas dans les établissements de construction sont également concentrés dans les régions de la Capitale-Nationale (17 établissements et 58 cas) et de Chaudière-Appalaches (14 établissements et 47 cas).

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