Un employé du réseau de la santé sur deux souffre de détresse psychologique

Globalement, c’est la charge de travail qui plombe la santé psychologique des travailleurs de la santé, observe Mariève Pelletier, conseillère scientifique spécialisée en santé au travail pour l’INSPQ.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Globalement, c’est la charge de travail qui plombe la santé psychologique des travailleurs de la santé, observe Mariève Pelletier, conseillère scientifique spécialisée en santé au travail pour l’INSPQ.

La détresse psychologique a atteint des seuils stratosphériques dans le réseau de la santé, plongeant un employé sur deux dans un état de mal-être, associé dans 80 % des cas à leur milieu de travail.

Depuis le début de la pandémie, plus de 40 000 travailleurs de la santé ont été victimes de la COVID, mais c’est davantage leur environnement professionnel que la crainte du virus qui fait caracoler tous les indicateurs de détresse psychologique.

Plus de 48 % des employés de la santé interrogés ont révélé ressentir un niveau de détresse psychologique élevée (38 %) ou très élevée (10,4 %), selon une étude sur la détresse psychologique menée auprès d’un échantillon de 5330 travailleurs atteints de la COVID et de 1515 travailleurs non atteints durant la 2e vague, soit entre juillet 2020 et janvier 2021.

On sait que les conditions de travail sont associées à la détresse psychologique, alors on s’attendait un peu à ces résultats, mais on est très surpris des taux de détresse observés

À titre de comparaison, le taux de détresse chez les travailleurs en général était de 27,6 % en 2014-2015, selon la dernière grande enquête sur la santé de la population au Québec, explique Mariève Pelletier, conseillère scientifique spécialisée en santé au travail pour l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ).

« On sait que les conditions de travail sont associées à la détresse psychologique, alors on s’attendait un peu à ces résultats, mais on est très surpris des taux de détresse observés », indique-t-elle.

La détresse psychologique directement liée au contexte de travail (80 %) est quatre fois plus importante que les autres causes de détresse chez les travailleurs de la santé, et surtout plus de deux fois plus prévalente (38,5 %) que chez les autres travailleurs québécois (17 % ). Le désarroi induit par l’environnement de travail est encore plus présent (46 %) chez les travailleurs de la santé n’ayant pas encore contracté la COVID.

« C’est donc dire à quel point la menace de la maladie ne semble pas un facteur déterminant dans le niveau de détresse actuel, mais plutôt le contexte de travail », insiste Mme Pelletier.

L’analyse des facteurs déclencheurs de stress démontre qu’environ 40 % des travailleurs de la santé sont exposés à un niveau d’exigences psychologiques élevé, les plaçant à risque de détresse psychologique. Interrogés sur les nombreux facteurs susceptibles d’induire de la détresse, 75 % ont déclaré ne pas avoir les moyens « parfois, souvent ou tout le temps de faire un travail de qualité. »

« Ce qui ressort tant chez les travailleurs qui ont eu la COVID que ceux qui ne l’ont pas eue, c’est le niveau élevé d’exigences psychologiques, et le sentiment de faire un travail qui n’est pas de qualité, ou de le faire d’une façon qui heurte leurs valeurs personnelles », soutient Mme Pelletier.

À l’encontre de ses valeurs

En effet, 52 % des employés sondés se sentent « parfois, souvent ou toujours contraints de travailler d’une façon qui heurte leur conscience professionnelle », un score qui atteint 88 % chez les infirmières, indique l’étude de l’INSPQ. Enfin, 28 % des employés sondés disent avoir de la difficulté à concilier leur travail et leur vie familiale, une situation qui touche encore plus fortement le personnel médical (40 %) et infirmier (38 %).

Après la pandémie, il va vraiment falloir continuer à soutenir et à aider ces employés

Globalement, c’est la charge de travail qui plombe la santé psychologique des travailleurs de la santé, observe la chercheuse de l’INSPQ. « Les gens s’épuisent, partent en congé, puis les ressources manquent encore davantage. C’est un cercle vicieux. Il n’y a pas de solution magique. Les ressources humaines insuffisantes sont l’élément clé dans cette équation. À court terme, il faut pouvoir offrir un soutien psychologique renforcé dans les organisations, puis à moyen terme, agir sur la surcharge de travail avec tous les acteurs impliqués que ce soit les syndicats, les ordres professionnels, les employeurs et le ministère de la Santé », pense la coauteure et conseillère scientifique de l’INSPQ.

Selon Mariève Pelletier, la prévalence de la détresse psychologique élevée chez les travailleurs est préoccupante car, bien que ces indicateurs ne puissent être associés à une forme de diagnostic, des études internationales ont démontré que 80 % des personnes affichant un taux de détresse très élevée au questionnaire standardisé K6, utilisé pour produire cette étude, répondaient aux critères diagnostiques d’un trouble anxieux ou dépressif.

« Après la pandémie, il va vraiment falloir continuer à soutenir et à aider ces employés, estime-t-elle. Car quand on a des scores aussi importants, on se rapproche de risques élevés de dépression ou d’anxiété. » Certaines études associent même ces scores très élevés de détresse à un risque de mortalité accru de 30 %.

 

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2 commentaires
  • Benoit Samson - Abonné 5 mai 2021 03 h 49

    Les anesthésistes : Les ‘’anges cornus’’ du ministre Dubé

    Peu de professionnels de la santé ont été mis à risque de contacter la COVID autant que les anesthésistes dont le visage doit être à quelques centimètres de celui des patients pour être intubés et ventilés artificiellement. Considérant ces risques qu’ils ont pris des milliers de fois depuis un an, même mal équipés, ils faisaient certainement parti de ceux que le ministre appelait ‘’nos anges’’ en appréciation pour les services exceptionnels rendus aux malades.
    Désolément, le ministre a choisi de les traiter comme des ''anges cornus'' à la mêlée de presse du 4 mai. Au lieu de les remercier, il a choisi de claquer le fouet pour qu’ils commencent leur journée de travail à 07.30 au lieu de 07.50, comme certains d’eux l’ont fait récemment. Nul ne sait les raison de ces retards de 20 minutes de ces mères ou des pères de famille devant gérer l’école virtuelle de leurs enfants avant le travail ou autre. Il les a ridiculisés à cause des primes effectivement ridicules payées par son ministère pour qu’ils arrivent à l’heure. Et pourquoi ne pas avoir claqué le fouet une deuxième fois pour qu’ils arrivent à 06.00 au lieu de 07.50 pour combler les retards accumulés pendant la pandémie?
    Monsieur Dubé ne semble pas connaître les problèmes de santé mentale et physique des travailleurs que rapporte Isabelle Paré. Il devra en tenir compte pour établir une stratégie pour éliminer les retards chirurgicaux accumulés depuis un an. Ce défi sera d’une amplitude aussi grande que celle des vagues répétées de la COVID. Les anesthésistes seront des joueurs incontournables de la solution. Ils devront résister aux pressions qui ne seront pas compatibles à leur santé physique et mentale. Monsieur Dubé a mal commencé le dialogue qui sera nécessaire avec eux en claquant son fouet hier pour les mettre au pas.
    J’ai évalué et publié les détails des défis et solutions possibles à ce nouveau problème d’une envergure inédite ici : http://link.springer.com/article/10.1007/s12630-02

    • Benoit Samson - Abonné 5 mai 2021 16 h 23

      CONTINUATION de ci-haut:
      J’ai évalué et publié les détails des défis et solutions possibles à ce nouveau problème d’une envergure inédite ici :
      http://link.springer.com/article/10.1007/s12630-02