Un délai plus court entre les deux doses pour les personnes immunosupprimées

Le Dr Don Vinh, microbiologiste et infectiologue au CUSM, souligne que même si la seconde dose est administrée plus tôt que prévu, soit après quatre semaines, ce changement au calendrier pourrait ne pas être suffisant pour protéger adéquatement les personnes immunosupprimées.
Photo: Johan Nilsson TT News Agency via Associated Press Le Dr Don Vinh, microbiologiste et infectiologue au CUSM, souligne que même si la seconde dose est administrée plus tôt que prévu, soit après quatre semaines, ce changement au calendrier pourrait ne pas être suffisant pour protéger adéquatement les personnes immunosupprimées.

Les personnes immunosupprimées, parmi lesquelles figurent celles qui sont atteintes de cancer, verront le délai entre leurs deux doses de vaccin contre la COVID-19 raccourci à quatre semaines, a annoncé jeudi le directeur national de santé publique. Cette décision répond à l’appel de maints oncologues qui réclamaient depuis longtemps que leurs patients possédant des défenses immunitaires très affaiblies en raison de leur maladie et de leurs traitements reçoivent leur deuxième dose de vaccin dans les délais prescrits par le fabricant.

« Les patients cancéreux présentent un déficit immunitaire, et pour cette raison, ils vivent reclus et sous un régime de terreur depuis plus d’un an ! Pour cette raison, le gouvernement devrait considérer vacciner plus rapidement ces personnes-là pour leur donner le maximum de protection le plus tôt possible », faisait valoir le Dr Martin Champagne, président de l’Association des médecins hématologues et oncologues du Québec, qui réclame depuis un bon moment que les personnes immunosupprimées « reçoivent leur deuxième dose plus rapidement » que ce qui est fait pour l’ensemble de la population, compte tenu « du moindre taux de protection que les vaccins confèrent à ces patients ».

« D’après des résultats préliminaires qui nous viennent de pays qui sont en avance dans la vaccination, la protection apportée par la première dose de vaccin ne serait que de 20 % chez les patients atteints de cancer qui sont sous traitements immunosuppresseurs ou chimiothérapie », ajoutait le Dr Jamil Asselah, oncologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). « C’est pour cette raison que toutes les organisations d’experts recommandent que la seconde dose de vaccin soit administrée dans un délai de trois semaines, et de ne pas attendre les trois à quatre mois imposés au reste de la population. On sait que nos patients sous traitement n’ont pas une bonne protection contre les infections en général, donc il faudrait vraiment booster leur système immunitaire avec la deuxième dose le plus tôt possible afin de leur procurer une protection adéquate. »

Ces experts semblent avoir été entendus car, lors du point de presse jeudi, le Dr Horacio Arruda a affirmé que compte tenu de « l’avis du comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) » au sujet des personnes immunosupprimées, « une deuxième dose [serait] donnée dans une période plus courte, potentiellement quatre semaines pour cette clientèle-là. […] On sait déjà qu’à une première dose, ils ne répondent pas autant. Il est même possible qu’avec même la deuxième dose, la réponse ne soit pas optimale, mais étant donné qu’ils ne répondent pas autant à la première dose, il va y avoir un ajustement par rapport à la deuxième dose. »

Atteinte d’un cancer du sein de stade 4 avec métastases, Nancy Pelletier reçoit une chimiothérapie dans le cadre d’un programme de recherche. Elle a reçu une première dose du vaccin de Pfizer le 19 avril dernier, mais sa seconde dose n’est prévue que pour le 6 août. Elle se réjouit que le gouvernement envisage de réduire le délai à quatre semaines, comme cela se fait déjà en Ontario. Elle espère surtout que cette annonce se concrétisera rapidement.

Le Dr Don Vinh, microbiologiste et infectiologue au CUSM, souligne que même si la seconde dose est administrée plus tôt que prévu, soit après quatre semaines, ce changement au calendrier pourrait ne pas être suffisant pour protéger adéquatement les personnes immunosupprimées. « Probablement que ces personnes auront besoin d’une troisième dose », affirme-t-il avant d’ajouter que les personnes immunosupprimées ayant reçu une première dose du vaccin d’AstraZeneca devraient plutôt se voir inoculer pour leur deuxième dose un vaccin à ARNm, reconnu pour stimuler une meilleure réponse immunitaire.