La vaccination, un défi de transparence pour Québec

Un homme jette un coup d’œil à l’intérieur d’un site de vaccination dans Outremont. Mercredi, le décès par thrombose d’une femme ayant reçu le vaccin d’AstraZeneca n’avait pas ralenti la prise de rendez-vous, selon les autorités sanitaires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un homme jette un coup d’œil à l’intérieur d’un site de vaccination dans Outremont. Mercredi, le décès par thrombose d’une femme ayant reçu le vaccin d’AstraZeneca n’avait pas ralenti la prise de rendez-vous, selon les autorités sanitaires.

Le décès d’une Québécoise de 54 ans victime d’une thrombose après avoir reçu le vaccin d’AstraZeneca n’a pas provoqué de ressac mercredi dans la prise de rendez-vous pour la vaccination. Mais pour minimiser les répercussions potentielles, un mot d’ordre doit guider le gouvernement, préviennent des expertes : transparence.

« On a près de 12 000 rendez-vous de pris aujourd’hui avec le vaccin d’AstraZeneca, donc à peu près le niveau normal qu’on a connu dans les derniers jours », a indiqué mercredi le ministre de la Santé, Christian Dubé, durant une séance d’étude des crédits budgétaires. « Il n’y a pas de baisse dans la prise de rendez-vous au moment où on se parle », a ajouté sa sous-ministre, Dominique Savoie.

La veille, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, avait confirmé qu’une femme est morte d’une thrombose cérébrale. Elle avait reçu deux semaines plus tôt une première dose du vaccin d’AstraZeneca. C’est le premier cas du genre recensé au Québec.

« Quand on disait aux gens de prendre cette décision-là [se faire vacciner ou pas] de façon éclairée, on savait que des complications graves, il y en avait une sur 100 000 », a rappelé Christian Dubé. « Il n’y a pas moyen de savoir qui est la personne qui va réagir comme ça, parce que s’il y avait un moyen, on ne [lui] donnerait pas le vaccin, avait ajouté M. Arruda. Ça fait que c’est vraiment une balance de risques. »

On doit donner toute l’information, même si ça implique ensuite de jongler avec les craintes que ça peut susciter

 

Mais comment bien faire passer ce message dans la population ? Une question d’autant plus importante que le gouvernement Legault dévoilera jeudi les détails de son plan de match pour vacciner l’ensemble de la population.

« Il faut reconnaître les risques et être le plus transparent possible par rapport à ça, estime la psychologue Kim Lavoie, titulaire de la Chaire de recherche en médecine comportementale (UQAM). C’est primordial de reconnaître la validité de la préoccupation des gens, surtout dans le contexte où le vaccin a été développé rapidement. » En même temps, dit-elle, il faut aussi « mettre en contexte » les risques de thrombose liés au vaccin par rapport à ceux qui existent ailleurs (durant un vol d’avion, pour l’usage de la pilule contraceptive, etc.).

Même écho auprès d’Ariane Bélanger-Gravel, professeure au Département d’information et de communication de l’Université Laval. « Ce genre d’événement [un décès], côté motivation, ça peut causer des problèmes, ça suscite une certaine peur du vaccin, dit-elle. D’où le besoin pour les autorités de rassurer, ce qui implique d’être transparent : elles doivent bien expliquer sur quels principes elles basent la décision de maintenir » le vaccin d’AstraZeneca dans l’offre.

Et « on doit donner toute l’information, même si ça implique ensuite de jongler avec les craintes que ça peut susciter », ajoute Mme Bélanger-Gravel.

« Il y aura un impact »

Or, ces craintes sont déjà présentes, a relevé en matinée le chef parlementairedu Parti québécois, Pascal Bérubé. Selon lui, ce premier décès va faire en sorte que « des gens ne voudront plus avoir » le vaccin d’AstraZeneca. « C’est clair qu’il y aura un impact », a-t-il dit en évoquant des gens dans sa circonscription « qui voulaient se faire vacciner, [mais] qui ne veulent plus se faire vacciner avec l’AstraZeneca ».

« Il y a un travail [à faire pour] rassurer la population, a soutenu M. Bérubé. On veut vraiment que ça fonctionne, la vaccination. […] Qui peut nous rassurer ? Bien, des scientifiques, en disant : “Voici la loterie, voici le taux de complication possible.” Puis on nous dit également, ce matin [mercredi], [d’être] attentifs après l’injection du vaccin, parce que si vous avez des symptômes, vous pouvez aller voir votre médecin. »

Sa sortie n’a pas plu au ministre Dubé, qui s’est dit « très déçu » d’entendre de « tels propos ». « Ce n’est simplement pas le temps de semer la peur. On se doit de rassurer les gens. Les experts sont formels : les bénéfices du vaccin dépassent les risques. »

Le leader parlementaire de l’opposition officielle, André Fortin, a pour sa part fait remarquer qu’il « y a des gens qui sont encore réticents, il y a des gens qui ont des craintes par rapport à ce vaccin-là, et on ne peut pas simplement les mettre de côté, les ignorer. Il y a un devoir d’informer, tant en ce qui concerne les bénéfices qu’en ce qui concerne les risques pour la population ».

Pour la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé, il n’y a pas d’hésitation à avoir. « La Santé publique continue de nous redire que ce vaccin-là, il est bon pour lutter contre le virus, a-t-elle dit. Et malheureusement, il est arrivé ce qui est arrivé pour une personne. Alors, on croit le comité d’immunisation et la Santé publique qui nous disent de poursuivre avec ce vaccin-là. Et d’ailleurs, moi, c’est ce que j’ai aussi dans le corps, et je me porte bien. »

« Je ne crois pas que le risque zéro existe, a ajouté Mme Massé. Mais il y a une chose qui est sûre, c’est que le risque [de ne pas avoir de] vaccin, c’est l’augmentation du virus. »

Avec Mylène Crête


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