Hausse des inscriptions à la formation d’infirmière auxiliaire

D’ici 2028, quelque 15 000 infirmières auxiliaires devront être recrutées pour répondre aux besoins des hôpitaux, des CHSLD et des nouvelles installations comme les maisons des aînés, estime le ministère de la Santé et des Services sociaux dans ses projections.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir D’ici 2028, quelque 15 000 infirmières auxiliaires devront être recrutées pour répondre aux besoins des hôpitaux, des CHSLD et des nouvelles installations comme les maisons des aînés, estime le ministère de la Santé et des Services sociaux dans ses projections.

La formation d’infirmière auxiliaire suscite un engouement au Québec. Les demandes d’admission sont en hausse dans les centres de formation professionnelle depuis la pandémie de COVID-19. Une bonne nouvelle pour le réseau de la santé, qui fait face à une pénurie criante de soignants.

L’École des métiers des Faubourgs-de-Montréal accueille cette année près de 640 étudiants dans son programme « Santé, assistance et soins infirmiers », qui mène à la profession d’infirmière auxiliaire. C’est pratiquement une centaine de plus qu’à l’habitude.

« On a environ 200 étudiants en attente, signale la directrice de l’établissement, Josée Péloquin. À l’automne, on a déjà prévu des groupes supplémentaires pour être capables d’absorber la demande et répondre aussi aux besoins de main-d’œuvre. »

Ce diplôme d’études professionnelles (DEP) est aussi fort populaire au centre de formation L’Émergence, situé à Deux-Montagnes. Onze groupes de 22 élèves y suivent cette année le programme. « Habituellement, nous avions quatre groupes », précise Judith Lapierre, coordonnatrice aux communications du Centre de services scolaire des Mille-Îles.

Au centre de formation professionnelle Charlotte-Tassé, à Longueuil, les demandes d’inscription sont en « forte augmentation », selon le Centre de services scolaire Marie-Victorin. « Nous formons habituellement huit groupes annuellement, indique le conseiller en communication Pierre-Luc Déry. Dès l’automne prochain, nous ouvrirons trois groupes de plus. »

À l'automne, on a déjà prévu des groupes supplémentaires pour être capables d'absorber la demande. 

 

D’ici 2028, quelque 15 000 infirmières auxiliaires devront être recrutées pour répondre aux besoins des hôpitaux, des CHSLD et des nouvelles installations comme les maisons des aînés, estime le ministère de la Santé et des Services sociaux dans ses projections.

Les infirmières auxiliaires effectuent un éventail de tâches dans les établissements de santé, comme faire des prises de sang, installer une sonde et distribuer les médicaments.

Changement de carrière

Geneviève Martineau, 22 ans, a commencé en août des études pour devenir infirmière auxiliaire. Elle a perdu son emploi en restauration, un secteur dans lequel elle travaillait depuis cinq ans, en raison de la pandémie. « Avec la COVID, je voulais vraiment faire un changement de carrière, dit-elle. Je me suis dit que la meilleure façon pour moi d’aider vraiment la société, c’était d’aller donner un coup de main dans le domaine de la santé. »

L’étudiante au centre de formation professionnelle Compétences-2000, à Laval, ne regrette pas son choix. « Ça m’a toujours intéressée d’aller aider les gens », dit Geneviève Martineau, qui souhaite travailler à l’urgence dans un hôpital.

Le centre de formation Fierbourg, situé à Québec, accueille beaucoup de gens en réorientation de carrière au sein de son DEP permettant de devenir infirmière auxiliaire. Là-bas aussi, les inscriptions sont en hausse. « On pense que le PARAF [Programme d’aide à la relance par l’augmentation de la formation] de Services Québec a une incidence », dit la conseillère en communication Noémie Drouin.

Lancé à la fin novembre, le PARAF offre une aide financière de 500 $ par semaine aux personnes sans emploi qui suivent une formation professionnelle. Selon le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, 473 participants du PARAF sont inscrits au programme « Santé, assistance et soins infirmiers ».

Mais ce n’est pas qu’une question d’argent, selon Julie Marcoux, enseignante à l’École des métiers des Faubourgs-de-Montréal. « La recrudescence de nos inscriptions, c’est beaucoup lié au besoin de s’impliquer dans la société », pense-t-elle. Des gens ont été touchés personnellement par la COVID-19 — un proche en est mort ou a été gravement malade, par exemple — et ont voulu venir en aide aux autres, explique-t-elle.

Parmi ses étudiants, plusieurs ont répondu à l’appel du premier ministre François Legault de prêter main-forte en CHSLD. Paradoxalement, les ratés du site Jecontribue ont contribué à faire « germer des carrières », d’après Julie Marcoux. « Il y a des gens qui m’ont dit : “Moi, j’ai essayé de participer à Jecontribue et ils ne m’ont jamais appelé. J’attendais l’appel et puis, là, je me suis aperçu que je voulais travailler avec les gens, que je voulais faire ça” », raconte-t-elle.

D’autres étudiants ont découvert le monde de la santé grâce à Jecontribue. « En étant aides de service, où ça ne prend aucune qualification, ils se sont rendu compte que c’était un milieu qui leur plaisait, dit Julie Marcoux. Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’aller travailler dans le domaine sans avoir les compétences pour le faire au départ. »

Nataly Bernard, 50 ans, a profité de l’occasion. L’ancienne gestionnaire en ressources humaines songeait à un changement de carrière avant la pandémie. Elle est devenue préposée aux bénéficiaires grâce à la formation accélérée de trois mois, lancée en juin par le gouvernement Legault. Elle étudie désormais dans le programme « Santé, assistance et soins infirmiers » au centre L’Émergence, en plus de travailler de nuit dans un CHSLD (elle concentre ses heures la fin de semaine).

« Ça m’a confirmé que j’aimais le milieu, malgré la pandémie », dit Nataly Bernard. Et pourquoi infirmière auxiliaire ? « Parce qu’on est très près des gens, répond-elle. J’aime aider. » Une fois son DEP en poche, Nataly Bernard envisage même d’entreprendre un programme technique en soins infirmiers.

Hausse en soins infirmiers aussi

Les demandes d’admission sont en « légère augmentation » au programme technique en soins infirmiers, selon la Fédération des cégeps. Les collèges publics (hormis Dawson) ont accepté 4170 étudiants pour la rentrée 2021, contre 3538 en 2020 et 3955 en 2019.

Quant à la formation accélérée de préposés aux bénéficiaires, 1151 étudiants sont actuellement en formation et près d’une cinquantaine sont en attente de la commencer, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux. Jusqu’à présent, 8288 candidats ont terminé le programme et ont été embauchés par les établissements de santé. Environ 93 % sont toujours employés des CIUSSS et des CISSS.

Marie-Eve Cousineau
1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 24 avril 2021 10 h 01

    Pourquoi...

    tout au long de votre article vous ne parlez que de "formation d'infirmière auxiliaire" ? Finalement le féminin l'emporte sur le masculin ? (règle de grammaire). Mais à la fin je comprends un peu mieux lorsque vous parlez "d'étudiant" ?! La parité... :-) quoi!