Les régions rattrapent leur retard en vaccination

À la traîne depuis le début de la campagne de vaccination, les régions du Québec rattrapent finalement leur retard. Si Montréal figurait parmi les régions les plus vaccinées au prorata de la population il y a un mois, la métropole est maintenant retombée au bas du palmarès. C’est ce que révèlent les données sur la vaccination de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) basées sur les lieux de résidence.

Un phénomène qui s’explique par la situation épidémiologique inquiétante et le nombre important de travailleurs de la santé à immuniser dans la métropole au début de la campagne de vaccination, selon la Dre Marie-France Raynault, médecin spécialiste en santé communautaire et publique.

Or, Montréal n’a plus les mêmes besoins qu’elle avait au début de l’année, rappelle-t-elle. « La situation est sous contrôle en ce moment, on n’a pas de troisième vague époustouflante, alors que dans certaines régions, la situation s’est beaucoup détériorée. »


Les situations sanitaires de l’Outaouais, la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches se sont particulièrement détériorées au cours des dernières semaines, au point ou des mesures spéciales d’urgence ont été mises en place — et prolongées jusqu’au début du mois de mai.

« L’avantage qu’on avait donné à Montréal ne se justifiait plus et on a ajusté la situation pour les autres régions », ajoute la médecin spécialiste.

Plus de 34 000 doses de vaccin censées être administrées dans le Grand Montréal ont finalement été redirigées dans sept régions ce mois-ci.

« Cette décision permettra d’augmenter la couverture vaccinale de ces régions et de devancer des rendez-vous qui était (sic) prévus en mai », a fait valoir le ministère de la Santé et des Services sociaux par courriel au Devoir.

Le ministre de la Santé Christian Dubé avait également justifié cette décision en raison de l’augmentation de la présence des variants dans ces régions.

Protéger les régions éloignées

Les régions éloignées, comme la Côte-Nord, la Gaspésie — Îles-de-la-Madeleine et le Nord-du-Québec, ont aussi été priorisées dès le début de la campagne de vaccination. « Ça fait partie de la stratégie de vacciner les gens qui sont dans des régions tellement éloignées qu’il y a peu d’infrastructures sanitaires », fait valoir la Dre Raynault.

Aux Îles-de-la-Madeleine, où plus de 80 % des adultes ont déjà reçu leur première dose de vaccin, l’isolement géographique pose problème en cas d’éclosion. « Les patients [atteints de la] COVID, ça peut se détériorer rapidement. Les évacuations en avion, ce n’est pas l’idéal pour des gens qui ont des problèmes d’oxygénation », illustre la médecin.

À l’opposé, l’Abitibi-Témiscamingue est la région ayant pris le plus de retard sur le reste de la province, notamment en raison des arrivages de vaccin. Le vaccin d’AstraZeneca n’y est d’ailleurs pas administré en raison de la prédominance du variant sud-africain sur son territoire. « AstraZeneca est moins efficace [contre ce variant], alors on ne prend pas de chances », justifie la Dre Raynault, en ajoutant que des doses d’autres vaccins sont envoyées afin que la région n’accumule pas un retard trop important.

« On se rapproche de l’équité »

Avec des livraisons de vaccins à venir et l’abaissement de l’âge minimal pour recevoir des doses d’AstraZeneca, les écarts de vaccinations entre les régions devraient bientôt s’équilibrer, selon la spécialiste.

« Je pense que c’est normal qu’on envoie plus de vaccins lors d’une situation particulière dans une région, mais je pense que maintenant, on se rapproche de l’équité », estime-t-elle.

« La vaccination de masse sera progressivement étendue aux autres groupes d’âge et le rythme de la campagne de vaccination dépend de la livraison des vaccins », indique pour sa part le ministère de la Santé et des Services sociaux.