Vaccin d’AstraZeneca: pourquoi l’âge minimal diffère-t-il d’un endroit à l’autre?

Devant l’imbroglio AstraZeneca, tous les pays ne font pas les mêmes recommandations quant à l’âge minimal pour le recevoir. Après avoir décrété que le vaccin n’était pas recommandé pour les moins de 55 ans à cause du risque de thrombose, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) du Canada s’est ravisé en abaissant l’âge minimal recommandé à 30 ans. Les provinces sont toutefois libres d’imposer leurs propres règles : les citoyens de 40 ans et plus y ont accès en Ontario, au Manitoba, en Alberta et en Colombie-Britannique, tandis que le vaccin est offert aux Québécois dès l’âge de 45 ans.

« C’est vraiment lié à la sévérité de la troisième vague selon chaque province », explique d’emblée le Dr Nicholas Brousseau, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et président du Comité sur l’immunisation de la province (CIQ). Plus la situation épidémiologique y est grave, avec un nombre élevé de contaminations et de patients hospitalisés, dit-il, plus les bénéfices de la vaccination surpassent les risques que pose le vaccin à un âge moins élevé.

 

 

Le Québec est actuellement le théâtre d’une lente hausse des hospitalisations depuis le début du mois d’avril. Pour l’heure, 716 patients sont hospitalisés, dont 178 qui se trouvent toujours aux soins intensifs. Il s’agit de 55 hospitalisations, dont 19 aux soins intensifs, de plus qu’il y a une semaine.

Pourquoi donc vacciner les gens de 45 ans et plus, et non pas ceux de 40 ans et plus comme en Ontario et dans l’Ouest canadien ? Afin de fixer l’âge d’admissibilité dans la province, le CIQ a produit un rapport se penchant sur les données québécoises. « Selon notre analyse, les bénéfices sont plus importants que les risques chez les personnes de 45 ans. […] À 45 ans, on a beaucoup plus fréquemment de gens aux soins intensifs à cause de la COVID, donc, il faut les protéger », indique le Dr Brousseau.

Les provinces fixent maintenant leurs propres critères d’admissibilité pour le vaccin d’AstraZeneca, moins d’un mois après que le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a recommandé que le vaccin ne soit pas utilisé chez les adultes de moins de 55 ans pour des raisons de sécurité. Une recommandation qui a « été mise en place rapidement comme mesure temporaire en attendant de mieux étudier la question », rappelle le Dr Brousseau.

« C’est normal que les recommandations changent dans un contexte où les connaissances évoluent très vite. J’espère que ça rassure les gens de voir qu’on étudie les choses en continu et qu’on utilise la situation spécifique au Québec pour faire des recommandations adaptées. »

Disparités mondiales

En Europe, les écarts d’âge sont encore plus frappants : si les citoyens de 30 ans et plus ont accès au vaccin d’AstraZeneca au Royaume-Uni et en Grèce, il est réservé aux 70 ans et plus en Islande. Le Danemark a même choisi d’arrêter de l’administrer.

 

 

La commissaire européenne à la santé, Stella Kyriakides, avait pourtant appelé les membres de l’Union européenne (UE) à se coordonner et à « parler d’une seule voix » afin de ne pas nourrir la défiance. « Il est essentiel que nous suivions une approche coordonnée […] Nous devons parler d’une seule voix à travers l’UE afin de conforter la confiance du public dans la vaccination », a-t-elle indiqué sur Twitter au début du mois d’avril.

 

 

Les variations d’âge d’un pays à l’autre ne sont cependant pas illogiques, croit le Dr Brousseau : « C’est normal d’avoir des variations selon le pays parce que la situation n’est pas la même partout. Le nombre de cas de COVID-19 dans un pays influence l’âge auquel les avantages du vaccin sont plus importants que les inconvénients. »

L’Agence européenne des médicaments (AEM) a annoncé que les caillots sanguins devraient être répertoriés comme effet secondaire « très rare » du vaccin d’AstraZeneca contre la COVID-19, tout en estimant que le rapport bénéfices-risques reste « positif ».

 
 

Mise à jour du 23 avril 2021: notre graphique Âge minimal recommandé pour recevoir le vaccin d'AstraZeneca selon les pays a été mis à jour suivant les recommandations du Comité consultatif national de l’immunisation.

À voir en vidéo