Un premier cas de thrombose lié au vaccin d’AstraZeneca au Québec (et au Canada)

Le Canada compte un tout premier cas de thrombose chez une Québécoise ayant récemment reçu le vaccin d’AstraZeneca. Un incident qui survient après la suspension, aux États-Unis, de l’utilisation du vaccin de Johnson & Johnson en raison de cas semblables très rares. Les autorités de santé publique fédérales sont donc en train d’évaluer leurs propres recommandations pour ces deux vaccins. Mais Québec ne craint pas pour autant que son calendrier de vaccination doive être retardé, car la province compte sur l’arrivée de millions de doses de vaccins de Pfizer et de Moderna d’ici l’été.

L’Agence de la santé publique fédérale a annoncé mardi « qu’une personne vivant au Canada a subi un effet indésirable très rare caractérisé par la formation de caillots sanguins associés à de faibles taux de plaquettes après avoir reçu le vaccin CoviShield » — soit la version du vaccin d’AstraZeneca fabriquée au Serum Institute, en Inde.

Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, a précisé qu’il s’agissait d’une femme de la province, qui « a été prise en charge et [qui] se porte très bien ».

Ce premier cas de thrombose survient après que près de 479 000 doses du vaccin CoviShield ont été administrées au Canada, sur près de 2,2 millions de doses livrées aux provinces. La Québécoise est l’unique victime d’un tel rare incident sur quelque 100 000 vaccins de ce type ayant été administrés au Québec à ce jour.

« Pour une personne âgée de 55 ans et plus, le risque d’être infectée par la COVID-19 et de développer des complications est beaucoup plus élevé que ceux liés au vaccin », a ainsi répété le ministère de la Santé du Québec par voie de communiqué. « Cet événement ne remet donc aucunement en question son utilisation dans ce groupe d’âge. »

À Ottawa, le ministère fédéral de la Santé a pour sa part indiqué que ce premier cas de caillots sanguins chez une personne vaccinée « sera pris en considération dans le cadre de l’examen continu » que mène Santé Canada sur les vaccins d’AstraZeneca.

Le premier ministre Justin Trudeau et les autorités fédérales n’ont pas commenté ce premier cas de vive voix, puisque l’Agence de la santé publique a plutôt attendu la suite de leur conférence de presse pour envoyer son communiqué de presse annonçant la nouvelle.

Le ministre Dubé a fait valoir, lors de son propre point de presse à Québec, que les autorités sont préparées à répondre à ce genre d’incidents, qu’elles surveillent étroitement. « La personne se porte bien. On a un protocole maintenant qu’on applique s’il y a un cas de thrombose, parce qu’on suit cela de très proche. »

Johnson & Johnson dans la même tourmente

La compagnie pharmaceutique Janssen, qui fabrique le vaccin de Johnson & Johnson, a elle aussi dû composer avec de premiers cas très rares de thromboses après l’administration de son vaccin aux États-Unis.

La Food and Drug Administration a annoncé mardi la suspension de l’utilisation de ce vaccin. Au sud de la frontière, seulement six cas de caillots sanguins ont été rapportés sur 6,8 millions de doses administrées aux Américains.

Le vaccin de Johnson & Johnson a été approuvé par Santé Canada, mais il n’a pas encore été livré au pays ; le Canada attend ses premières doses à la fin du mois.

D’ici là, Santé Canada étudiera les cas de thromboses rapportés aux États-Unis et fera rapport au Comité consultatif national de l’immunisation afin qu’il fasse ses propres recommandations. L’administratrice en chef de la Santé publique, la Dre Theresa Tam, n’a cependant pas précisé l’échéancier prévu pour cet examen.

Nombre de Canadiens fondaient beaucoup d’espoir sur le vaccin de Johnson & Johnson, qui ne nécessite qu’une seule dose. Mais l’administration de ce vaccin pourrait être retardée si l’étude de Santé Canada n’est pas terminée avant l’arrivée des premières livraisons au Canada, ou encore si Santé Canada décide d’en suspendre l’utilisation.

« On a un contrat, on a acheté des doses [du vaccin] de Johnson & Johnson, et on espère que ce sera des doses qu’on pourra utiliser pour protéger les Canadiens de la COVID-19. Mais on va prendre nos décisions en nous basant sur les recommandations de Santé Canada, sur ce qu’eux concluront par rapport à ce qu’ils voient dans le monde », a déclaré le premier ministre.

Suffisamment de vaccins sans ceux-là ?

M. Trudeau a rappelé que le Canada recevra 44 millions de doses de vaccins d’ici la fin juin, sans compter les 10 millions commandées à Johnson & Johnson. Cette cible compte cependant sur la livraison de près de 20 millions de doses par AstraZeneca d’ici l’été, puisque ce vaccin demeure recommandé au Canada malgré ce premier cas isolé de thrombose au Québec.

Le ministre Dubé s’est montré tout aussi optimiste que le fédéral pour ce qui est de parvenir à vacciner toute la population québécoise qui le souhaite d’ici le 24 juin malgré ces problèmes. Deux millions de Québécois sont déjà vaccinés et le Québec devrait recevoir deux millions de doses de plusdes vaccins de Pfizer et de Moderna d’ici la fin mai, qui seront suivies d’encore quatre millions de doses en juin. « Donc, aujourd’hui, que Johnson & Johnson ne soit pas là [dans les réserves de vaccination], on n’a aucun problème à réaliser notre objectif de [vacciner] 5,3 millions [de personnes] d’ici la fin juin, a dit le ministre. Ce n’est pas Johnson & Johnson qui va venir faire la différence. »

Un appel à tenir le coup

De retour à Ottawa, le premier ministre Trudeau a par ailleurs appelé les Canadiens à tenir le coup, malgré la fatigue de plus en plus grande devant les mesures sanitaires.

Car la vaccination ne suffira pas à elle seule à freiner la pandémie, a noté M. Trudeau. Encore faut-il arriver à réduire le nombre de nouveaux cas de COVID-19 au pays d’ici cet été, a-t-il affirmé.

Un avertissement qu’a aussi fait le sous-administrateur en chef de la Santé publique fédérale, le Dr Howard Njoo. « Compte tenu de la trajectoire actuelle de la courbe, il pourrait être prématuré de songer au moment où les restrictions seront allégées et où les activités économiques et sociales reprendront », a-t-il prévenu, au grand dam des citoyens qui en ont déjà marre.

Le premier ministre a pris acte des manifestations qui ont secoué le Vieux-Montréal dimanche soir. « On voit qu’il y a des gens qui sont frustrés, a-t-il reconnu. Mais quand on ne respecte pas les consignes de santé publique, on ne fait que prolonger la situation. Et on veut se sortir de cette troisième vague le plus rapidement possible. On doit continuer nos efforts pour sauver des vies et pour aider nos travailleurs de la santé qui sont débordés », a déclaré M. Trudeau.

Le nombre de cas de COVID-19 continue d’augmenter au Canada. On compte désormais en moyenne 8000 nouveaux cas par jour au pays et 34 décès. Près de 3000 malades sont hospitalisés tous les jours depuis une semaine — une hausse de 29 % par rapport à la semaine précédente — et près de 970 d’entre eux sont aux soins intensifs — une augmentation de 24 % en une semaine.

Les cas de variants préoccupants continuent aussi de se multiplier. On en compte maintenant près de 36 000, dont plus de 96 % sont des cas du variant britannique B.1.1.7.

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