Mesures sanitaires et beau temps: «Dernier effort», répète Dubé

Ce dimanche, bon nombre de personnes croisées dans les principaux parcs respectaient une saine distance, a constaté <em>Le Devoir</em>. Sur la photo, un groupe au parc La Fontaine.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Ce dimanche, bon nombre de personnes croisées dans les principaux parcs respectaient une saine distance, a constaté Le Devoir. Sur la photo, un groupe au parc La Fontaine.

Si les températures clémentes ont encouragé la multiplication des rassemblements extérieurs en fin de semaine, la troisième vague continue d’enfler au Québec, et la prépondérance des cas chez les moins de 40 ans inquiète Québec. En soirée à Montréal, certains ont défié le couvre-feu rétabli à 20 h, non sans grabuge.

Les moins de 40 ans constituent maintenant 58 % des nouveaux cas de COVID-19, a indiqué sur Twitter le ministre de la Santé, Christian Dubé, dimanche en journée.

Un peu plus tard, sur le plateau de Tout le monde en parle, il a tenté de les convaincre de respecter les mesures. « Je comprends que les gens soient tannés. Mon message, particulièrement aux jeunes adultes, c’est qu’il nous reste 75 jours avant le 24 juin. Regardons-le comme un effort de dernière instance. C’est le dernier effort. On peut voir la ligne d’arrivée. »

Pourtant, au même moment, des dizaines de contestataires se sont rassemblés au Vieux-Port de Montréal en opposition aux mesures sanitaires. Les masques étaient rares et la distanciation physique, nulle. « Liberté pour les jeunes », pouvait-on entendre. Certains ont eu le temps de mettre le feu à des déchets avant que la police intervienne. Des vitrines ont également été brisées.

C’est peut-être un peu égoïste, mais je n’ai pas peur de la COVID, alors c’est pour ça que je ne porte pas mon masque. Ça affecte déjà assez ma vie de même. On va jouer au basketball sans masque.

En journée, plus paisiblement, les citoyens étaient nombreux à s’être regroupés dans les parcs montréalais depuis le début du week-end ensoleillé. « Quand on voit une foule de gens collés-collés, c’est inquiétant », a souligné l’épidémiologiste Nimâ Machouf. Par contre, « que les gens se voient, c’est excellent. Tout le monde en a vraiment ras le bol de la COVID-19 ».

Les rencontres extérieures représentent la meilleure façon de revoir ses amis, a-t-elle ajouté. « Le risque de transmission à l’extérieur est 19 fois moindre que le risque de transmission à l’intérieur. Mais il ne faut quand même pas se coller à l’extérieur. Ce n’est pas le temps de boire dans le même verre, de manger avec la même cuillère ou de se passer la cigarette. »

Elle utilise d’ailleurs cette image pour illustrer les risques de contamination à l’extérieur. « Le virus de la COVID, pour quelqu’un qui est infecté, c’est un peu comme de la fumée de cigarette. De la même façon qu’on ne veut pas être dans le champ de fumée du fumeur, on ne veut pas être dans le champ de virus de la personne infectée non plus. Il faut qu’on garde nos distances, ou bien on porte le masque. »

Ce dimanche, bon nombre de personnes croisées dans les principaux parcs respectaient d’ailleurs une saine distance, a constaté Le Devoir. Quelques-uns avaient enfilé un masque pour se promener.

Au parc Jarry, où la foule a abondé toute la fin de semaine, Alexis discutait à distance avec des convives autour d’un repas. « On apporte chacun notre matériel », a-t-il affirmé. En outre, les rassemblements ne s’organisent jamais à l’intérieur, a-t-il juré, « sinon sur nos terrasses ».

Sur les terrains de sport, rares étaient ceux qui respectaient la consigne de porter un masque. Clément avouait « ne pas avoir de bonnes raisons » de ne pas le porter. « C’est peut-être un peu égoïste, mais je n’ai pas peur de la COVID, alors c’est pour ça que je ne porte pas mon masque. Ça affecte déjà assez ma vie de même. On va jouer au basketball sans masque. »

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Au mont Royal, les traditionnels tam-tam du dimanche résonnaient bien timidement sous le regard de dizaines de policiers.

Questionné dimanche lors de l’émission de Radio-Canada sur la méconnaissance de la population à propos de la nouvelle mesure quant au port du masque à l’extérieur, M. Dubé a répondu : « On pourrait être meilleurs dans ça, pour être honnête avec vous. Dans un point de presse, ce n’est pas omis par volonté. On a eu une petite omission d’information, qu’on a corrigée. L’exception qu’on donne, parce qu’on veut que les gens aillent dans le parc, surtout avec le beau temps, c’est que, s’il vous plaît, assoyez-vous et gardez les deux mètres de distance. »

Au mont Royal, les traditionnels tam-tam du dimanche résonnaient bien timidement sous le regard de dizaines de policiers. Craig, un habitué, semblait en début d’après-midi déjà prêt à partir. « Je comprends les policiers. À un moment donné, il faut mettre une limite sur la quantité de gens qui se rassemblent et sur la densité », notait-il en désignant les quelques masques parmi les dizaines de musiciens.

Samedi soir, les agents du SPVM ont dû faire évacuer quelques parcs à l’approche du couvre-feu. Aucun problème majeur n’a toutefois été signalé, a indiqué un porte-parole.

« On n’est pas très respectueux des consignes », a avoué Tom, au parc Jeanne-Mance. « On reste dans des bulles assez similaires. Et puis, s’il y a des gens qu’on voit moins souvent, eux, ils restent à l’extérieur », a avancé Marie à ses côtés. Les jeunes sont-ils conscients d’être les plus touchés par cette troisième vague ? « Quand même », répond Marie. « Quand même très peu », a corrigé son ami.

Photo: Giuseppe Valiante La Presse canadienne Des dizaines de contestataires ont bravé le couvre-feu, dimanche soir, à Montréal.

Les cas en augmentation

En chiffres bruts, la Capitale-Nationale et l’île de Montréal demeurent les régions les plus touchées par la troisième vague. Elles comptent respectivement 331 et 330 nouveaux cas. Les autorités ont enregistré 157 cas supplémentaires en Montérégie et 244 en Chaudière-Appalaches.

Dans cette dernière région, la pression sur les hôpitaux est telle que les autorités doivent ouvrir une deuxième unité d’hospitalisation pour les patients atteints de COVID-19. Dès lundi, l’hôpital de Saint-Georges devait ajouter 12 lits à la trentaine déjà réservée à l’Hôtel-Dieu de Lévis.

Dans l’ensemble de la province, les lieux de travail comptent pour plus de la moitié des éclosions actives. Les milieux scolaires sont responsables quant à eux du quart des éclosions au Québec. La contamination par aérosols, ces fines gouttelettes qui demeurent en suspension comme une fumée de cigarette, expliquerait la propagation, selon Nimâ Machouf.

« Ça nous prend un message un peu plus consistant et de l’explication à la population, a-t-elle renchéri. Les gens ne sont pas fous, si on leur explique comment ça marche. Ils ne veulent pas s’infecter. »

1535 nouveaux cas

La progression de la troisième vague demeure constante au Québec. Selon les données publiées dimanche par le ministère de la Santé, 1535 nouveaux cas ont été identifiés depuis le précédent bilan. Le nombre de cas actifs est passé de 12 371 à 12 602. Cinq nouveaux décès, dont deux survenus dans les dernières 24 dernières, se sont ajoutés au bilan. La situation s’aggrave dans les hôpitaux, où l’on recense 608 patients admis à cause de la COVID-19, soit 25 de plus que la veille.

La Presse canadienne


3 commentaires
  • Benoit Samson - Abonné 12 avril 2021 06 h 12

    Fausse information véhiculée non-intentionnellement mais dangereusement par messieurs Dubé et Lepage sur le plateau de TLMEP

    A son passage à TLMP le 11 avril le ministre Dubé et monsieur Lepage, sans les blâmer, ont contribué involontairement et inconsciemment à la propagation du virus.
    Quand les politiciens et les médias nous répètent comme ils l’ont fait à TLMEP que tous les Québécois auront été vaccinés le 24 juin, Ils essaient plutôt de nous aviser que tous le Québécois qui le voudront auront reçu au moins une dose des vaccins contre la COVID en juin prochain.
    Or, la différence entre avoir ‘’reçu une dose du vaccin’’ et avoir été ‘’vacciné’’ est plus que sémantique !
    Malheureusement, les auditeurs comprennent par l’utilisation de ce mot, ‘’vacciné’’, qu’ils auront une protection vaccinale après n’avoir reçu qu’une seule dose du vaccin qui est insuffisante pour ‘’vacciner complètement’’ et adéquatement un individu. En effet, Il est maintenant prouvé que les individus en attente de la 2ième dose des vaccins peuvent être porteurs asymptomatiques et contagieux du virus et de ses variants et même souffrir de ses complications même si la mortalité est moins élevée chez ces individus.
    En laissant croire faussement aux auditeurs qu’ils sont ‘’vaccinés’ et protégés après la première dose de leur vaccin, les politiciens et médias contribuent sans s’en rendre compte à des relâchements qui pourraient augmenter la transmission du virus à cause du faux sentiment de sécurité créé par l’utilisation de ce terme. Cela pourrait en effet contribuer au relâchement des mesures sanitaires barrières par ceux qui se croient faussement protégés et leur entourage après avoir reçu la première dose de leur vaccin alors qu’ils ne le seront qu’après avoir reçu la deuxième dose.
    De plus le GV perdra sa crédibilité en devant marcher sur la peinture encore une fois quand il devra admettre son erreur et corriger le tir en juin prochain en expliquant qu’il faudra être vigilants pour trois ou quatre autres mois jusqu’à ce que les Québécois soient vraiment ‘’vaccinés’’ après avoir reçu leur 2ième dose du vaccin.

    • Mireille Bouchard - Abonnée 12 avril 2021 12 h 30

      Vous avez parfaitement raison. Par exemple, Tel que mentionné par mon hémato-oncologue, les immunodéficients sont faiblement protégés par une seule dose. De plus, le renforcement des anticorps avec une deuxième dose cédulée 4 mois après l'injection de la première (plutôt que 3 semaines) risque d'être compromis.

  • Benoit Samson - Abonné 12 avril 2021 09 h 49

    L’histoire nous apprend que l’on n’apprend rien des leçons de l’histoire

    Selon les livres d’histoire du Québec, les réactions de la majorité franco-montréalaise pendant l’épidémie de variole de 1885 à Montréal ressemblaient à certains égards à celles que l’on a vu hier dans la métropole:
    ‘’Les 28 et 29 septembre 1885, la foule assiège le Bureau de santé du faubourg de l’Est et y met le feu. Ensuite la foule va chahuter le Herald et on y brise les vitres. Les émetteurs vont menacer les maisons des médecins vaccinateurs dont celle de l’ex-maire Hingston. Lorsque les bagarres éclatent, le chef de police de Montréal est blessé.
    Le maire Honoré Beaugrand, alité (il souffre d’asthme), court à son bureau et consigne 600 militaires. Il émet une déclaration, dans laquelle le maire invite les citoyens à ne pas sortir le soir et à ne pas gêner l’action de la police.
    Des manifestations reprennent malgré la proclamation du maire. Les cavaliers sont accueillis par des jets de pierre dans les quartiers ouvriers. Le 19 septembre, la vaccination obligatoire provoque une émeute, suivie de la deuxième, le 28 septembre.
    Le maire Beaugrand accepte d’imposer l’isolement des malades et la vaccination. Montréal est mis en quarantaine: les commerces et les théâtres ferment, les parcs sont déserts, les rues vides.
    La vaccination en masse débute, mais la police doit accompagner chaque médecin vaccinateur et les attaques contre les médecins multiplient. Pour donner l’exemple, l’évêque et quelques autres membres du clergé se font vacciner (Mgr Fabre se fait vacciner deux fois en public !)’’
    Quand l’épidémie de 1885 fut terminée, on comptait 2884 décès chez les franco-montréalais contre 85 chez les Anglo-montréalais qui avaient respecté les mesures sanitaires contrairement aux premiers.