Une troisième vague de COVID-19, mais aussi de détresse psychologique

L'état mental des Montréalais a été plus touché lors de la première vague que celui des autres Québécois, indique un document de la Santé publique de Montréal.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir L'état mental des Montréalais a été plus touché lors de la première vague que celui des autres Québécois, indique un document de la Santé publique de Montréal.

Si l’on parle de troisième vague pour la COVID-19, c’en sera aussi une de détresse psychologique, prévient un médecin de la Santé publique de Montréal, qui lance ce message : « il faut se préparer ».

Les autorités sanitaires de la métropole ont concocté un récent document cernant les principaux enjeux liés à la santé mentale de sa population, auquel a eu accès La Presse canadienne.

« La COVID-19 a eu un effet mesurable sur la détresse psychologique » et sur les troubles d’anxiété généralisée ou dépressifs, annonce d’entrée de jeu le Dr Robert Perreault, un médecin psychiatre et expert en médecine préventive à la Direction de la santé publique de Montréal.

Autre constat dans ce texte : l’état mental des Montréalais a été plus touché lors de la première vague que celui des autres Québécois. « Montréal s’en tire moins bien », tranche-t-il.

Il se base sur un document rassemblant plusieurs études et sondages ayant mesuré l’état mental des Québécois au printemps dernier. Intitulé « Soins de santé mentale et services psychosociaux : accès et utilisation », il a pour but d’informer les professionnels de la santé.

Dans la série de sondages Web « MaVilleÉcoute », réalisée en avril et mai 2020, l’on voit que la proportion des Montréalais qui répondent que la pandémie a « un impact considérable » sur la santé mentale au sein de leur foyer est plus élevée (34 %) que celle des résidents du reste du Québec.

Le sondage Impacts psychosociaux de la COVID-19, mené par des chercheurs de l’Université de Sherbrooke, a dégagé des chiffres similaires sur la présence de troubles d’anxiété généralisée ou dépressif : 33 % chez les Montréalais contre 23 % chez la population québécoise en général.

Pourquoi ?

Les gens des grandes villes s’en tirent généralement moins bien, explique le Dr Perreault. Avec la densité de la population, les gens habitent plus souvent dans de petits appartements et il est plus dur d’y être confiné. On y trouve souvent plus de nouveaux arrivants qui se débattent contre la COVID-19 en même temps qu’ils cherchent à décoder la société. Il y a aussi plus de pauvreté dans les métropoles.

Les études relèvent aussi qu’il est plus difficile pour les Montréalais d’avoir accès à des soins de santé mentale — c’était d’ailleurs déjà le cas avant la pandémie. Les listes d’attente sont longues, et il y a moins de psychologues en pratique publique que privée : bref, cela prend des moyens financiers pour consulter ou des assurances, ce qui n’est pas le lot de tous, rappelle le Dr Perreault.

Trois vagues

Si certains Québécois sont mieux préparés pour affronter la troisième vague de COVID-19 — ils savent à quoi s’attendre —, pour d’autres, le cumul est pénible : ils sont déjà fragilisés par les deux premières vagues, dit le médecin.

Ce sont eux qui doivent être priorisés : les jeunes adultes, les immigrants, ceux qui ont perdu leur emploi et les plus défavorisés économiquement, souligne Dr Perreault.

C’était d’ailleurs l’un des objectifs de la Santé publique en confectionnant le document : identifier les plus vulnérables et mesurer leur niveau de détresse. Ces connaissances donnent des arguments pour convaincre les décideurs d’agir, estime Dr Perreault.

« C’est pour leur dire : écoutez, ça va être une troisième vague à la fois de détresse psychologique et de COVID-19. »

« Alors il faut être prêt. »

Il se réjouit de constater qu’il n’y a pas eu de délestage dans les soins de santé mentale en milieu hospitalier, contrairement à d’autres soins et chirurgies. L’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESS) l’avait déconseillé, une recommandation qui semble avoir été suivie.

Et puis le gouvernement québécois a investi en novembre dernier en injectant 100 millions de dollars pour rehausser les services en santé mentale, notamment en « achetant » des services de psychologues au privé et afin d’en favoriser l’accès aux jeunes de 17 à 29 ans, a-t-il indiqué. Mais il faut aussi faire connaître ces services, pour que les gens sachent où aller chercher de l’aide.

L’une des tâches de la santé publique est d’ailleurs de sensibiliser la population en leur disant « on peut passer à travers [la COVID-19]. Il y a des outils, il faut s’en servir ». Des organismes communautaires sont aussi là pour soutenir les gens, fait valoir Dr Perreault, ainsi que les lignes d’aide téléphoniques, qui n’ont pas dérougi lors de la première vague.

Le document mentionne aussi cet aspect intéressant : les pistes d’action proposées visent aussi à tirer profit « des opportunités engendrées par la pandémie ».

Puisque la pandémie a affecté énormément de gens, d’âges et d’horizons divers, pourquoi ne pas se servir de cette crise sanitaire pour montrer que la détresse psychologique peut affecter tout le monde à un moment ou un autre de leur vie, et ainsi lutter contre la stigmatisation de la santé mentale.

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