Les employés de la STM demandent à être vaccinés

Depuis mars 2020, la STM a recensé 582 cas de COVID-19 chez les 11 000 employés.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Depuis mars 2020, la STM a recensé 582 cas de COVID-19 chez les 11 000 employés.

Bien que près de 600 cas de COVID-19 aient été recensés parmi les employés de la Société de transport de Montréal (STM) depuis le début de la pandémie, ceux-ci ne font pas partie des groupes jugés prioritaires pour la vaccination. La STM et les syndicats d’employés ont demandé jeudi au gouvernement du Québec de revoir sa position.

« On ne comprend pas que le gouvernement nous ait exclus comme groupe prioritaire. Dans le transport public, tout le monde est au front. On est rendus à presque 600 cas et on a eu un mort au mois de janvier. Les abattoirs et les mines sont dans les groupes de travailleurs essentiels, mais pas nous », dénonce Gleason Frenette, président du Syndicat des employés de transport de la STM qui regroupe 2600 employés d’entretien et agents de station. En vertu du Code du travail, le transport est pourtant considéré comme un service essentiel en cas de grève, rappelle-t-il.

Suivez l'évolution de la COVID-19 au Québec

Consultez notre tableau de bord interactif.

L’inquiétude est grande parmi les employés, dit-il. Une importante éclosion liée aux variants a incité les autorités sanitaires à installer une clinique de dépistage mobile au centre de transport d’Anjou. « Je n’arrête pas d’avoir des appels des travailleurs. Ils sont déçus du traitement du gouvernement. Ils ne comprennent pas. On le sait que le gouvernement a des choix difficiles à faire, mais ce n’est pas logique », estime M. Frenette.

Interventions en hausse

Depuis mars 2020, la STM a recensé 582 cas de COVID-19 chez ses 11 000 employés. De ce nombre, 562 sont guéris et sont retournés au travail. Ce sont les chauffeurs d’autobus qui ont été les plus touchés avec 272 cas, suivis par les employés d’entretien avec 142 cas. Selon la STM toutefois, une majorité des contaminations a eu lieu à l’extérieur des lieux de travail.

La Fraternité des constables et agents de la paix de la STM ne comprend pas non plus la décision des autorités. Malgré la baisse importante de l’achalandage dans le transport collectif depuis le début de la pandémie, les agents ont dû intervenir plus souvent auprès de la clientèle, avec 31 000 interventions en 2020, contre 26 000 en 2019. « Il y a moins de monde, mais il y a beaucoup de clientèle vulnérable », signale le président de la Fraternité des constables et agents de la paix de la STM, Kevin Grenier. Une quinzaine d’employés parmi les 170 constables et agents de la paix a contracté le coronavirus.

Selon lui, la STM a bien tenté de convaincre le gouvernement de l’importance d’inclure les employés du transport collectif aux groupes de travailleurs jugés essentiels, mais en vain.

Les deux syndicats estiment cependant que ces derniers sont généralement bien protégés. Le port du masque est obligatoire depuis plusieurs semaines. Rappelons qu’au fil des mois, la STM a instauré plusieurs mesures, dont l’installation de cloisons de plexiglas dans les autobus pour protéger les chauffeurs.

Le directeur général de la STM, Luc Tremblay, confirme avoir demandé au gouvernement d’inclure les employés de la STM comme travailleurs essentiels, et ce, depuis le mois de décembre. La STM réclame la vaccination pour 5000 de ses 11 000 employés, soit les opérateurs, les chauffeurs, les agents de sûreté et contrôle et les employés d’entretien.

« C’est triste parce que nous, on est au front depuis 13 mois, fait valoir Luc Tremblay. L’achalandage a oscillé entre 10 et 35 % au cours de la dernière année et on a donné 100 % du service parce qu’on était un service essentiel. Là, on est arrivés à la vaccination des travailleurs essentiels et on nous dit qu’on n’est pas dedans. Pour nous, c’est complètement incohérent. »

« Ça va être notre cheval de bataille dans les prochains jours, ajoute-t-il. Tout ce qu’on nous dit, c’est que nos employés n’étaient pas considérés comme à risque. »

Questionné au sujet de cette décision, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a précisé que la priorité de la vaccination avait été accordée aux employés à haut risque de complications et aux travailleurs exposés à des populations vulnérables. « Ce n’est pas parce que les gens ne sont pas essentiels. L’analyse a été faite dans le contexte où il y a une limite de vaccins, a-t-il expliqué. Il y a toute une série de travailleurs essentiels qui ne sont pas encore dans cette catégorie-là. Ils vont être rejoints à travers un élargissement de la vaccination. »

Un surplus malgré la pandémie

La STM a par ailleurs dévoilé jeudi son rapport d’activité pour l’année 2020, qui permet d’avoir un portrait de la première année de la pandémie sur l’achalandage et la situation financière de la société de transport.

Ainsi, le nombre de déplacements a chuté de 54,2 % l’an dernier, par rapport à 2019, pour s’établir à 171,1 millions. Dans certaines stations de métro du centre-ville, comme Berri-UQAM et Bonaventure, cette diminution a été particulièrement marquée, alors que le nombre d’entrées rapportées l’an dernier y est environ trois fois moins élevé qu’en 2019.

L’achalandage a fondu de moitié sur les lignes de bus les plus achalandées de la STM, comme la 141, sur la rue Jean-Talon Est, et la 165, sur le chemin de la Côte-des-Neiges. Cela n’a toutefois pas empêché la société de transport d’enregistrer un surplus de plus de 60 millions l’an dernier, indique le rapport d’une trentaine de pages.

« Une grosse partie du surplus vient du transport adapté », explique Luc Tremblay. La société de transport rapporte 2 millions de déplacements en transport adapté l’an dernier, contre 4,4 millions en 2019. La baisse de la demande pour ce service, qui fonctionne par réservation, a ainsi permis à la STM de réaliser des économies. Par ailleurs, les 300 bus hybrides promis pour 2020 par la mairesse de Montréal, Valérie Plante, arriveront en partie cette année en raison de la pandémie. Cela a ainsi eu pour effet de retarder dans le temps certaines dépenses reliées notamment à l’entreposage de ces véhicules.

La dette nette de la STM continue toutefois de grimper. Selon le dernier budget de la société de transport, elle devrait atteindre 1,5 milliard cette année, une somme qui a augmenté de 175 % au cours des dix dernières années.

« Elle continue de monter, car on continue d’investir dans le réseau », justifie M. Tremblay.

D’autre part, les émissions de gaz à effet de serre de la STM ont diminué de 9 % l’an dernier, en partie en raison de l’augmentation du nombre de bus hybrides et électriques, qui occupent maintenant 34 % du parc de la société de transport.

À voir en vidéo