Les soins intensifs sous pression à Québec

Selon l’INESSS, les soins intensifs risquent d’être davantage sollicités prochainement.
Photo: iStock Selon l’INESSS, les soins intensifs risquent d’être davantage sollicités prochainement.

La flambée des cas dans la Capitale-Nationale et dans Chaudière-Appalaches fait craindre le pire dans les unités de soins intensifs des hôpitaux de Québec et de Lévis. Si les hospitalisations continuent d’augmenter, il faudra bientôt procéder à du délestage, préviennent les médecins interviewés.

Plus d’une quinzaine de patients atteints de la COVID-19 sont hospitalisés dans les unités de soins intensifs de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), de l’hôpital de l’Enfant-Jésus et de l’Hôtel-Dieu de Lévis, les trois établissements désignés pour soigner ces malades dans la grande région de Québec, indique le Dr Mathieu Simon, chef de l’unité des soins intensifs de l’IUCPQ.

« On essaie à tout prix d’éviter un nouveau délestage, mais ça passe serré avec la transmission communautaire qui ne cesse de croître, dit le Dr Mathieu Simon. À partir de 20 patients [aux soins intensifs dans les trois hôpitaux], ça devient un défi majeur. »

La région de Québec dénombre 436 nouveaux cas de COVID-19 jeudi, un sommet depuis le début de la pandémie. À elle seule, l’éclosion du Mega Gym a entraîné jusqu’à présent 204 infections et généré 38 autres éclosions, qui, elles, ont mené à 224 cas supplémentaires, indique le CIUSSS de la Capitale-Nationale. Le taux de positivité est désormais de 7,9 % dans la région.

Au CHU de Québec, les plans de contingence sont prêts. « Si les hospitalisations continuent d’augmenter, il faudra malheureusement recourir à du délestage pour soutenir les activités en zones chaudes », dit son porte-parole, Bryan Gélinas.

L’Hôtel-Dieu de Lévis est aussi sous pression. La région de Chaudière-Appalaches a enregistré 179 nouvelles infections jeudi.

En théorie, l’hôpital peut accueillir jusqu’à 39 patients dans ses unités de soins intensifs COVID et non COVID. Mais la capacité est tout autre en raison du manque de main-d’œuvre, selon la Dre Christine Drouin, cheffe du service des soins intensifs. « On a beaucoup de difficulté à trouver des ressources humaines pour accueillir 18 patients [au total] », signale-t-elle.

Du délestage est déjà en cours à l’Hôtel-Dieu de Lévis. « Le bloc opératoire tourne à 40 ou 50 % actuellement », estime la Dre Christine Drouin.

La médecin redoute les effets d’un délestage supplémentaire sur les patients. « On a une extrême inquiétude, dit-elle. On voit beaucoup de répercussions du délestage en ce moment. Nos ophtalmologistes nous parlent de gens qui ont perdu de la vision parce que leur glaucome n’était pas contrôlé.  »

La Dre Christine Drouin estime que ses équipes sont en moins bonne posture qu’en décembre dernier. Les cas sont à la hausse, les activités chirurgicales doivent se poursuivre, les soignants sont épuisés et doivent composer avec un confinement quasi total, explique-t-elle. « Les écoles sont fermées [à Lévis et à Québec], précise-t-elle. Cela demande beaucoup de gymnastique de la part des infirmières qui ont des enfants. Pour l’instant, nous n’avons pas trop d’absences de notre côté. »

Selon l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), les soins intensifs risquent d’être davantage sollicités prochainement. L’INESSS prévoit une hausse de près de 30 % du nombre de patients atteints du virus dans ces unités dans l’ensemble du Québec au cours des prochaines semaines.

Avec Isabelle Porter