Ménage au ralenti dans la rémunération des médecins spécialistes

Les médecins spécialistes devront mettre les bouchées doubles l’année prochaine pour respecter l’entente.
Photo: Getty Images Les médecins spécialistes devront mettre les bouchées doubles l’année prochaine pour respecter l’entente.

Le ménage que devaient faire les médecins spécialistes dans leurs primes et actes rémunérés superflus a été beaucoup moins efficace que prévu cette année, les forçant à puiser 55 millions ailleurs pour respecter l’esprit de leur entente avec le gouvernement.

Cette année, les médecins devaient retrancher pour l’équivalent de 70 millions dans leur rémunération en éliminant, par exemple, la prime d’assiduité qui était remise aux médecins qui arrivaient plus tôt le matin lors de chirurgies et d’anesthésies. Or, les coupes réalisées n’ont finalement eu qu’un impact de 6 millions cette année.

« C’est certain que 70 millions, c’était impossible. Encore plus compte tenu de la COVID-19 », explique Jean-François Foisy, le directeur de l’Institut sur la pertinence des actes médicaux (IPAM), organisme créé dans la foulée de l’entente de 2019 entre la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et le gouvernement.

Rappelons qu’en campagne électorale, l’équipe de François Legault avait promis d’aller chercher 1 milliard dans les salaires des médecins spécialistes. Puis, un an plus tard, le gouvernement et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) ont convenu de ne pas couper directement dans les salaires, mais plutôt d’éliminer les actes et les primes superflus auxquels ils ont accès.

70 millions
C’est le montant que devaient retrancher les médecins spécialistes de leur rémunération cette année.

L’IPAM, qui a pour mandat d’encadrer le processus, devait retirer l’équivalent de 70 millions récurrents en facturations d’actes superflus sur les 450 millions qui doivent être dégagés en « pertinence » d’ici à 2023. Tout cet argent doit être réinvesti dans les soins spécialisés en médecine.

Pourquoi seulement 6 millions au lieu de 70 millions ? D’abord à cause de la pandémie. Avec le délestage dans les hôpitaux, les médecins ont moins facturé d’actes et de primes, de telle sorte qu’il y avait moins de fonds à économiser.

Dès lors, si les hôpitaux avaient eu un rythme de croisière normal, les coupes réalisées cette année auraient permis de transférer 58 millions à l’IPAM. Mais d’autres facteurs ont toutefois pesé dans la balance puisqu’il aurait manqué encore 12 millions pour atteindre la cible de 70 millions.

Pression sur l’année prochaine

Les médecins spécialistes devront donc mettre les bouchées doubles l’année prochaine pour respecter l’entente. Non seulement faudra-t-il trouver pour 70 millions en nouvelles coupes récurrentes, mais il faudra aussi combler les 12 millions manquant de cette année. « La récurrence qui n’est pas atteinte cette année, je la reporte à l’année prochaine », relève M. Foisy.

L’entente de 2019 prévoit que les manques à gagner peuvent être reportés à l’année suivante. Toutefois, s’il manquait de l’argent à la fin de l’entente en 2023, un Conseil de règlement indépendant pourrait trancher.

Pour compenser une partie des retards pris ces derniers mois, la FMSQ et le Conseil du trésor ont convenu de piger 55 millions ailleurs.

Le tiers de ces fonds (16,7 millions) vient de l’assureur des médecins, l’Association canadienne de protection médicale (ACPM), qui a engrangé des surplus en raison du faible nombre de poursuites cette année.

Un petit montant — 1,5 million — découle d’un projet-pilote de la FMSQ qui n’a pas été réalisé. S’ajoutent 25 millions issus d’une « masse monétaire » à laquelle renonce la FMSQ, ainsi que 11,8 millions provenant de « l’enveloppe budgétaire » de la rémunération des médecins, a indiqué la FMSQ par courriel.

 
6 millions
Il s’agit de l’impact des coupes finalement réalisées.

Poursuite en anesthésie

L’exercice de tri lancé dans la rémunération des médecins n’est pas une mince affaire. Selon l’IPAM, il existe plus de 12 000 codes associés à des actes rémunérés. Plusieurs des coupes ciblent des codes jugés inutiles ou inefficaces, dès lors « non pertinents ».

À titre d’exemple, le fait de consulter un collègue spécialiste par téléphone était auparavant un acte rémunéré. Ce ne sera plus le cas, d’où une économie potentielle de 700 000 $ par an. On ira aussi chercher 2,2 millions en éliminant les radiologies simples des sinus.

En pédiatrie, les visites de contrôle des enfants malades seront plafonnées avec un nouveau tarif à l’acte, ce qui permettra de récupérer près d’un 1 million par an.

D’autres coupes touchent les psychiatres, les pneumologues et les gastro-entérologues pour un total de 1,7 million. Quant au contenu du reste des coupes de cette année (15 millions), il n’a pas encore été rendu public.

Les sommes récupérées les plus importantes découlent toutefois de l’élimination des primes d’assiduité en chirurgie et en anesthésie qui, à elles seules, permettraient de dégager 20,9 millions par an.

Or, l’Association des anesthésiologistes poursuit la FMSQ devant les tribunaux dans cette affaire, lui reprochant d’avoir coupé sa prime sans la consulter. Quelles seront les répercussions de cette poursuite pour l’IPAM ? Ce n’est pas de son ressort, répond son directeur général. « Ça va être au nouveau président de voir comment il se positionne par rapport à ça. C’est une chicane interne. »

La FMSQ vient en effet d’élire un nouveau président, le radiologiste Vincent Oliva, qui succède à Diane Francœur.

 

Les coupes récurrentes prévues par l’IPAM

2020-2021 : 70 millions

2021-2022 : 70 millions
(140 millions en incluant l’année précédente)

2022-2023 : 100 millions
(240 millions en incluant les deux années précédentes)

Total : 450 millions

Source : Institut sur la pertinence des actes médicaux


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4 commentaires
  • Robert Monaco - Abonné 7 avril 2021 07 h 38

    Les nouveaux curés du village

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 7 avril 2021 07 h 51

    On se croirait dans l'autre journal de Montréal

    L'art de monter un article pour qu'une lecture rapide en tire les conclusions les plus défavorables. Heureusement, les lecteurs de ce journal sont plus attentifs, même si d'aucuns ne sont pas si naîfs qu'ils s'enfargeraient dans les nuances, quelles qu'en soient les mérites.

  • Richard Lupien - Abonné 7 avril 2021 09 h 39

    Encore un ptit effort...

    Bon, il est facile de connaître le salaire moyen d'un médecin spécialiste au Québec. Il est de quatre cent vingt-huit milles dollars par année. Disons que ce médecin spécialiste travaille pendant trente années. Calculons enf faisant cette simple multiplication: $428,000 X 30 ans = $ 12,840,000. Il y a au Québec 10,595 médecins spécialistes. En additionnant leurs salaires nous arrivons à la somme de $ 136,039,800,000.
    Chaque année, nous payons la somme de $ 4,534,666,100 de salaire au médecins spécialistes.
    Lire à haute voix: quatre milliards, cinq cent trente-quatre millions, six cent soixante-six millions et cent dollars.
    Mon assurance exigeait un papier de mon médecin spécialiste me permettant de voyager ((c’était avant la pandémie)) à l’étranger en sécurité, prouvant que je n'aurais pas à recourir aux services d'un médecin.. Une tâche qui a pris même pas une minute. Il m'a demandé $50.00. Payé comptant.

  • Benoit Gaboury - Abonné 7 avril 2021 11 h 36

    La CAQ, déjà un vieux parti

    L'Auteur écrit: « Rappelons qu’en campagne électorale, l’équipe de François Legault avait promis d’aller chercher 1 milliard dans les salaires des médecins spécialistes.»

    On peut imaginer qu'une telle promesse solennelle en temps d’élection n'avait pas été faite à la légère, bien que d’autres diront que peut-être... oui, à la légère, comme celles sur le troisième lien, le nouveau mode de scrutin, la protection de la langue française, par exemple. Mais pourtant cette promesse de «un milliard» était sans doute chiffrée en proportion du malaise ambiant et elle répondait à une inquiétude, voire une attente du public qui aurait bien aimé voir tout cet argent servir à d’autres fins plus nécessaires. La question se pose alors: la CAQ s'est fait élire sur des engagements, mais étaient-ils vraiment sérieux? N’était-ce pas tout simplement de la bonne vieille politique de vieux fins renards, qui promet avant les élections pour s’excuser après. D’ailleurs qui croire vraiment à la CAQ maintenant, qui nous a dit que les masques étaient inutiles, que le ministre l’économie et de l’innovation peut déroger aux règles d'éthique, que les médecins spécialistes rembourseraient 1 milliard de revenu. On dirait des ballons qui se dégonflent d’eux-mêmes. Dire qu’on y a cru est presque gênant. Et on espère encore la protection de la langue française...

    C'est bien dommage pour la réputation des médecins spécialistes sur qui on a braqué le projecteur, cette affaire, et pour la population en général d'un autre côté. Et qu'une entente après élections ait ramené le tout à moins de la moitié n'a pas dû plaire à personne, ni aux spécialistes visés, ni à la population déçue. Et que maintenant les 70 millions annuels de la nouvelle entente n’aient pas été récupérés, c’est-à-dire même pas 7% du milliard annoncé, et bien là tout tourne à la blague. Mieux vaut en rire peut-être, tout simplement. Dans ce monde matérialiste, vraiment, fallait-il s’attendre à autre chose, puisqu'on s’est fait avoir.