Transmission communautaire: le congé pascal inquiète

Au sommet du mont Royal, en milieu d’après-midi, de nombreuses personnes ont profité de la vue sur le centre-ville, en famille ou en petits groupes d’amis.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Au sommet du mont Royal, en milieu d’après-midi, de nombreuses personnes ont profité de la vue sur le centre-ville, en famille ou en petits groupes d’amis.

Afin que le retour du beau temps ne rime pas avec la progression des variants de la COVID-19, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) entend assurer une surveillance accrue des lieux publics pendant le congé pascal.

De passage dans plusieurs grands parcs de la métropole samedi après-midi, Le Devoir n’a constaté aucun rassemblement majeur, bien que plusieurs Montréalais aient décidé de profiter du beau temps en ce long weekend pour prendre un peu d’air frais sous un soleil radieux.

Au sommet du mont Royal, en milieu d’après-midi, de nombreuses personnes ont profité de la vue sur le centre-ville, en famille ou en petits groupes d’amis. Au Café des Amis, situé dans le chalet du Mont-Royal, on fait des affaires d’or depuis vendredi alors que les clients s’enchaînent pour se procurer un café ou un sandwich.

Certains ont aussi profité du temps clément samedi pour jouer au volleyball, au soccer ou à la pétanque au parc La Fontaine, tandis que de petits groupes bavardaient sur l’heure du midi sur des tables situées en face du marché Atwater, où les clients faisaient la file pour se procurer des fromages ou faire un tour à la poissonnerie, entre autres.

Présence policière

Derrière ce semblant de vie normale se cache toutefois le spectre d’une croissance rapide de la transmission des variants de la COVID-19 dans la métropole, déjà bien présents. Car, même si le risque de transmission du virus est moins grand à l’extérieur qu’entre quatre murs, « il n’est pas nul », surtout lorsque la distanciation physique et le port du masque ne sont pas respectés, rappelle la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Roxane Borgès Da Silva.

« Il faut rappeler aux gens que c’est pour le bien-être collectif que ces règles sont en place », souligne l’experte. Cette dernière salue donc la décision du SPVM d’assurer une surveillance accrue des lieux publics dans le cadre du congé pascal, comme l’a confirmé le corps policier au Devoir samedi.

« Il y a des policiers qui seront là tout le weekend en visibilité et ils vont s’adapter en fonction de ce qu’ils voient », assure l’agente relationniste du SPVM, Véronique Comtois. Elle précise que chaque poste de quartier « a la responsabilité d’analyser les besoins du secteur » afin d’évaluer si des policiers doivent être déployés dans des parcs ou des commerces précis pendant le congé pascal.

« Sinon, ça va aussi avec les observations des policiers sur le terrain. Donc, s’il y a un événement qui n’était pas préétabli, mais qu’on voit que les gens se rassemblent, il y a une présence [policière] qui va être faite à ce moment-là », ajoute-t-elle, tout en rappelant que les contrevenants aux règles sanitaires « peuvent s’exposer à des amendes ». En fin d’après-midi, samedi, deux policiers du SPVM à vélo observaient d’ailleurs l’état de la foule au sommet du mont Royal.

« On a le goût de relâcher, de revoir nos ami-es, c’est tellement normal. Cela dit, on doit poursuivre les efforts, plus que jamais. Le variant du virus qu’on retrouve à Montréal est plus contagieux, plus virulent », a écrit samedi la mairesse de Montréal, Valérie Plante, sur sa page Facebook, appelant ainsi les gens à rester dans leur « bulle » familiale. « La troisième vague est arrivée », a-t-elle rappelé.

 

Une « incohérence » qui inquiète

Ce qui préoccupe surtout Mme Borgès Sa Silva, c’est « l’incohérence » qu’elle constate dans les règles sanitaires établies en zone rouge. Elle souligne à cet égard le fait que les lieux de culte à Montréal peuvent accueillir jusqu’à 250 personnes entre leurs murs, alors même que la Santé publique limite à 8 le nombre de personnes de résidences différentes pouvant participer ensemble à une activité extérieure, en zone rouge.

« Il faut que ce soit plus cohérent [les règles sanitaires] parce qu’en ce moment, les gens sont perdus, ils ne comprennent pas », ajoute-t-elle. Une situation qui « crée une exaspération » et « une perte de crédibilité quant aux mesures et à la Santé publique ».

« Quand il y a des incohérences, c’est là que les gens se disent que ça ne fait pas de sens et commencent à faire ce qu’ils veulent », constate la Dre Kim Lavoie, qui est titulaire de la chaire de recherche du Canada en médecine comportementale et professeure titulaire à l’Université du Québec à Montréal.

C’est un long congé et il va faire beau, donc on sait qu’il y aura plus de gens à l’extérieur. On s’ajuste vraiment au contexte. 

 

Dans ce contexte, Roxane Borgès Da Silva craint que les Québécois soient plus nombreux à défier les règles dans les prochains jours, contribuant ainsi à une montée en flèche du nombre de cas de variants de la COVID-19.

« Je suis très inquiète. Ça ne prendrait pas grand-chose pour qu’on se retrouve 4000 ou 5000 cas par jour [au Québec] », ajoute-t-elle. Elle presse donc Québec de rétablir à 25 personnes la capacité limite des lieux de culte et à fermer les salles d’entraînement en zone rouge. Quant aux écoles secondaires, elles devraient retourner en alternance afin de réduire le nombre d’élèves présents à la fois dans ces établissements, croit-elle.

Mme Lavoie presse pour sa part que le gouvernement Legault d’établir un message « plus clair et cohérent ». Elle propose notamment à Québec de fournir aux citoyens « des objectifs clairs » à atteindre en matière de nombre de cas et d’hospitalisations quotidiens afin de rallier la population à la cause de la lutte contre la pandémie de COVID-19.

« On n’a aucun moyen de savoir si 1000 cas, c’est correct ou pas correct, illustre l’experte. C’est comme si on courait un marathon sans connaître où est la ligne d’arrivée. L’être humain n’est pas fait pour faire ça à long terme. »

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