L’Alberta suspend à son tour le vaccin AstraZeneca

À la suite de la recommandation du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI), dimanche, de suspendre le vaccin, plusieurs provinces ont décidé de prendre les devants.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne À la suite de la recommandation du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI), dimanche, de suspendre le vaccin, plusieurs provinces ont décidé de prendre les devants.

L’Alberta emboîte le pas au Québec, au Manitoba et à l’Île-du-Prince-Édouard en suspendant temporairement la vaccination du AstraZeneca pour les moins de 55 ans. Une mesure certes préventive, mais le calcul de risques de thromboses doit être défini clairement, selon certains spécialistes.

« Il s’agit d’une mesure de précaution qui est prise dans tout le Canada », a déclaré la médecin en chef, la Dre Deena Hinshaw, lors d’un point presse en début de semaine.

À la suite de la recommandation du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI), dimanche, de suspendre le vaccin, plusieurs provinces ont décidé de prendre les devants.

L’Île-du-Prince-Édouard a été la première à réagir en interrompant son utilisation pour les 18-29 ans. Le Québec et le Manitoba en ont fait de même pour les personnes âgées de moins de 55 ans.

« Toute personne âgée de moins de 55 ans ayant déjà reçu une dose du vaccin AstraZeneca n’est pas considérée comme à risque », a tenu à rassurer la Dre Hinshaw. Selon elle, les risques de thrombose veineuse restent minimes. « Encore une fois, c’est un fait très rare. Nous faisons une pause, par souci de précaution », a-t-elle répété.

Mieux vaut prévenir que guérir

Cependant, le Dr David Fisman, épidémiologiste à l’École de santé publique Dalla Lana de l’Université de Toronto, en appelle à la prudence et avance un point de vue différent. « Nous ne connaissons pas le risque de coagulation. Les estimations initiales de l’Allemagne étaient de 4 par million. Les estimations norvégiennes ultérieures sont 10 fois plus élevées (42 par million) », a-t-il mis en avant sur son compte Twitter.

Selon lui, « les pays scandinaves sont meilleurs que les Canadiens pour détecter les effets secondaires après vaccination, et ce, en raison du recoupement des dossiers », a-t-il expliqué. Aujourd’hui, « nous attendons les estimations canadiennes. Mais une fois que nous aurons défini les effets secondaires, les risques ont tendance à augmenter parce que les choses qui étaient considérées comme des coïncidences… sont maintenant attribuées au vaccin », a-t-il avancé.

La vaccination, une course contre la montre

Pour la Dre Hinshaw, la mise sur pause du vaccin AstraZeneca pour les moins de 55 ans ne change en rien l’objectif de la province d’administrer au moins une dose de l’un des vaccins à tous les Albertains qui le souhaitent d’ici fin juin. Cependant, le plan de vaccination dépend toujours des livraisons prévues des doses de Pfizer et de Moderna.

« Ce n’est pas tout le monde qui peut être encore vacciné », rappelle au Devoir Michelle Dion, médecin de famille en Alberta. Cette native de Montréal s’inquiète de la lenteur du processus, même si la suspension du vaccin AstraZeneca est, selon elle, « une précaution d’usage, afin d’approfondir la question des effets secondaires ».

Cependant, « les professionnels de la santé comme nous [médecins, ambulanciers], qui ne sont pas vaccinés, sont particulièrement exposés maintenant que les variants sont là », décrit la médecin de famille.

En attendant, la course à la vaccination se poursuit. Mardi, la province a annoncé la phase 2B de son plan, qui permettra à plus de 945 000 Albertains de prendre rendez-vous.

« L’un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés actuellement, c’est que dans de nombreux secteurs différents, beaucoup de personnes qui se sentent peut-être frustrées ou fatiguées des restrictions ne respectent plus les mesures autant qu’avant », a souligné la Dre Hinshaw.

En attendant, les cas actifs (8653) continuent de monter, a exposé jeudi le premier ministre Jason Kenney.

Près de 875 nouveaux cas de COVID 19 ont été répertoriés, dont 322 sont des variants, alors qu’en date de mardi, 406 cas avaient déjà été recensés. En attendant, l’Alberta est de nouveau sur le pied de guerre.

« Nous sommes maintenant dans une nouvelle vague importante de COVID-19 », a déclaré solennellement M. Kenney. Il en a appelé au bon sens et à la volonté des Albertains de respecter les restrictions sanitaires, surtout à la veille du long week-end de Pâques.

Deux nouveaux sites de vaccination ouvriront leurs portes, lundi, à Grande Prairie et à Fort McMurray.