Des médecins appellent à reconfiner le Grand Montréal

Le collectif de médecins COVID-STOP réclame la fermeture des écoles et le reconfinement immédiat du Grand Montréal.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Le collectif de médecins COVID-STOP réclame la fermeture des écoles et le reconfinement immédiat du Grand Montréal.

Un groupe de médecins et de scientifiques engagés presse le gouvernement Legault de resserrer le confinement dans la région de Montréal et d’y fermer les écoles. C’est une avenue incontournable pour éviter que la troisième vague submerge les hôpitaux, selon eux.

« En intervenant plus rapidement, plus pro-activement, en prenant les devants, on peut écourter la souffrance entraînée par les problèmes plus graves que pourrait subir Montréal si on laisse aller les choses », a déclaré Amir Khadir, microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Pierre-Le Gardeur et ex-député de Québec solidaire, qui fait partie du groupe nommé COVID-STOP.

« Le système [de santé] est plus fragile que jamais, a ajouté son collègue Vincent Bouchard-Dechêne, spécialiste en médecine interne à l’Unité des soins intensifs de l’hôpital Notre-Dame. […] On a un personnel qui est épuisé, qui est à bout de souffle. La marge de manœuvre sur le terrain n’est pas adéquatement représentée par le nombre de lits disponibles souvent mentionné par le gouvernement. »

Le groupe avait convoqué la presse vendredi matin pour demander à Québec d’étendre à la région métropolitaine le durcissement des mesures sanitaires récemment décrété à Québec, Lévis et Gatineau. Ce confinement renforcé pourrait devoir durer quelques semaines, selon eux.

Ils proposent de ne pas desserrer la vis tant qu’un critère de cinq nouveaux cas quotidiens par 100 000 habitants ne sera pas atteint. À l’échelle du Québec, cela équivaut à environ 400 cas.

Toutefois, a expliqué Nancy Delagrave, une physicienne et la coordinatrice scientifique de COVID-STOP, un découpage beaucoup plus fin de cet objectif est possible. « On peut y aller par mini-zone, par quartier. Avec le dépistage rapide, a-t-elle dit, c’est possible de tester les gens lorsqu’ils traversent une zone. Il y a manière d’être très [vigoureux] dans la façon qu’on applique les mesures. »

Le collectif invite par ailleurs le gouvernement à profiter de cette remise sur pause pour agir sur quatre fronts : améliorer la ventilation dans les écoles et les lieux publics, installer des dosimètres de CO₂, déployer des tests rapides et améliorer la recherche de contacts.

Selon le Dr Khadir, les gens « ne voient pas le gouvernement agir pro-activement » et cela ne les encourage pas à adhérer aux mesures sanitaires. « Les demi-mesures aggravent le problème », a-t-il ajouté.

Legault défend son approche

Les partis d’oppositions ont demandé au premier ministre Legault d’agir rapidement en se gardant toutefois aller jusqu’à exiger un reconfinement.

« Le gouvernement de François Legault doit statuer au plus vite quant aux divers scénarios et possibilités concernant Montréal afin d’éviter que les commerçants, les familles et l’ensemble des Montréalaises et Montréalais subissent le même choc que les gens de Québec, de Lévis et de Gatineau », a déclaré la cheffe de l’Opposition officielle, Dominique Anglade.

« Nous craignons tous que le scénario de Québec se reproduise dans la région de Montréal dans les jours qui viennent, a souligné le porte-parole en matière de santé du Parti québécois. Nous réitérons notre confiance envers la santé publique et invitons le gouvernement à mettre en œuvre promptement les mesures qu’elle lui recommandera pour éviter que cela arrive. »

Québec solidaire n’a pas réagi vendredi.

François Legault a défendu son approche asymétrique dans un message publié sur sa page Facebook vendredi matin. « C’est parce qu’il y a des régions où ça se passe bien, a-t-il écrit. Pour moi, chaque semaine qu’un enfant peut passer à l’école à Trois-Rivières, chaque semaine de plus où un entrepreneur peut servir des clients dans un resto à Sherbrooke, chaque semaine où un artiste peut monter sur scène à Montréal pour éblouir son public, c’est autant de petites victoires pour nous tous. »

Il a ajouté qu’il surveille la situation « de chaque région d’heure en heure » et qu’il n’exclut pas de resserrer les mesures dans d’autres régions. « Là où ça va bien, on va laisser les assouplissements en place, a-t-il ajouté. Mais si on voit qu’une explosion de cas se prépare à un endroit, on va intervenir très vite. »

Si plusieurs autres experts scientifiques et médicaux partagent l’avis de COVID-STOP, d’autres ne croient pas que ce soit une bonne idée de tout de suite renforcer le confinement à Montréal. « Je ne suis pas favorable à une dictature sanitaire où le seul critère est la possibilité de transmission. Ça voudrait dire quoi, “imposer des restrictions à Montréal” ? Mettre encore plus de gens à la rue ? Parce que c’est ce qu’on fait en fermant le secteur culturel », disait jeudi au Devoir Marie-France Raynault, la cheffe du département de médecine préventive et de santé publique du CHUM.

Ces 14 derniers jours, on a compté 214 nouveaux cas de COVID-19 par tranche de 100 000 habitants sur l’île de Montréal. La moyenne quotidienne est donc de 15 nouveaux cas par 100 000 habitants.

Avec Mylène Crête

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