Montréal peut-elle éviter la déferlante de la troisième vague?

Le variant britannique, rappelle Benoit Barbeau, est de 30 à 80% plus transmissible.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le variant britannique, rappelle Benoit Barbeau, est de 30 à 80% plus transmissible.

Depuis qu’elle s’est amenée sur le Québec, la troisième vague de COVID-19 ne cesse d’enfler. En une semaine, le nombre de cas quotidiens a triplé dans la région de la Capitale-Nationale pour atteindre 261 jeudi. L’Outaouais, lui, a fracassé un nouveau record, avec 126 infections. Montréal échappera-t-elle à la déferlante ? Des experts réclament un resserrement des mesures. D’autres s’y opposent.

L’épidémiologiste Nimâ Machouf, chargée de cours à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, croit que les sévères restrictions imposées aux villes de Québec, Lévis et Gatineau devraient l’être à l’ensemble des zones rouges de la province, dont Montréal.

« Pourquoi ne pas prendre les mêmes mesures en même temps, surtout pendant une période où il y a des festivités [Pâques] qui s’en viennent ? demande-t-elle. Si on dit qu’on n’a pas besoin de plus de restrictions, c’est un peu un message qu’on envoie qu’on n’est pas très très en danger. » Des gens pourraient donc être tentés de se rassembler à l’intérieur, par exemple.

« Si on impose des mesures strictes maintenant, poursuit Nimâ Machouf, elles vont durer beaucoup moins longtemps que si on les impose dans deux semaines, quand les hôpitaux seront débordés et quand la moitié des écoles seront fermées à cause des variants. »

Benoit Barbeau, expert en virologie et professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM, estime aussi que le gouvernement Legault doit « serrer la vis », notamment à Montréal. Il plaide en faveur de la fermeture des gyms et des spas, qui ont rouvert il y a une semaine dans la métropole. « C’est le genre d’activités intérieures où il y a rapprochement et où il y a émission de gouttelettes, explique-t-il. C’est propice à la transmission du virus. »

Le variant britannique, rappelle Benoit Barbeau, est de 30 à 80 % plus transmissible. Le rythme de vaccination est encore trop lent au Québec pour freiner sa progression. Plus de 1,3 million de doses ont été administrées jusqu’à présent.

« On a une arme qui est la vaccination, renchérit Nimâ Machouf. Donnons-nous la chance qu’elle fonctionne. Ce n’est pas maintenant le temps de déconfiner. »

Nimâ Machouf peine à comprendre pourquoi le gouvernement Legault a récemment mis en place des allègements (école à temps plein, ouverture des gyms, rassemblement à 250 personnes dans les lieux de culte), alors que la troisième vague se profilait à l’horizon.

Faire preuve de prudence

Pour la Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de médecine préventive et santé publique du CHUM, un durcissement des mesures n’est pas nécessaire à Montréal. Du moins, pour le moment. « Je ne suis pas favorable à une dictature sanitaire où le seul critère est la possibilité de transmission, dit-elle. Cela voudrait dire quoi, “imposer des restrictions à Montréal” ? Mettre encore plus de gens à la rue ? Parce que c’est ce qu’on fait en fermant le secteur culturel. »

La Dre Marie-France Raynault souligne que la flambée des cas à Québec est « très liée au manquement aux règles ». Selon le CIUSSS de la Capitale-Nationale, plus de 120 cas de COVID-19 sont associés à l’éclosion du gym Méga Fitness, et une vingtaine de milieux de travail sont touchés.

 

Quant à la région de l’Outaouais, ajoute la Dre Marie-France Raynault, le réseau de la santé y est sous pression depuis longtemps, notamment en raison d’un problème de pénurie de main-d’œuvre. D’où la nécessité de confiner jeudi, devant la hausse des cas.

Montréal, elle, peut compter sur une « capacité hospitalière », fait valoir la médecin. Elle bénéficie aussi, comme Laval, d’une meilleure couverture vaccinale contre la COVID-19. « Ces régions ont eu davantage accès à la vaccination, précise la Dre Marie-France Raynault. Elles ont été plus protégées. »

Nathalie Grandvaux, chercheuse au Centre de recherche du CHUM spécialisée en infections virales, trouve aussi prématuré d’imposer de nouvelles mesures à Montréal, qui se trouve sur un « plateau » et en « bonne posture » actuellement. « On a changé quand même quelques petites règles du jeu [l’école à temps plein, par exemple], et il va falloir observer si ça ne change pas notre courbe », nuance la professeure à l’Université de Montréal.

Il faudra surveiller Montréal de près, selon Nathalie Grandvaux. « Et faire un peu comme ce qu’ils ont fait [mercredi], c’est-à-dire dans un délai de 24 heures, on peut changer d’avis et dire, “il se passe quelque chose et on change tout” », conclut-elle.

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6 commentaires
  • Pierre Beaulieu - Abonné 2 avril 2021 10 h 35

    Ouf!

    Les experts se contredisent, imaginez ce que doit réaliser le gouvernement Legault puisqu'il doit tenir compte de toutes les variables que sont l'économie, la santé mentale, l'ordre social, ses intérêts politiques...
    Pendant ce temps-là, les médias s'acharnent sur son dos à qui mieux mieux, de sorte à favoriser les intérêts de tout un chacun de ses adversaires qui se voient condamné à rester dans l'ombre.
    Monsieur Legault est un gestionnaire habile, il faut le reconnaître!

  • Benoit Samson - Abonné 2 avril 2021 12 h 07

    Des pompiers qui ménagent l'eau

    Les commentaires de ceux qui ne veulent pas resserrer les barrières sanitaires dans les régioins ou les cas ne flambent pas encore mais qui le feront prochainement si elles se comportent comme les autres régions l'ont fait avant elles depuis quelques jours, nous font penser à des pompiers qui attendraient pour se rendre sur le lieu d'un incendie que le feu fasse rage pour ménager leur eau...en attendant la crise...

  • Benoit Samson - Abonné 2 avril 2021 12 h 37

    Le danger dde fausse sécurité

    ‘’Montréal… bénéficie aussi, comme Laval, d’une meilleure couverture vaccinale contre la COVID-19. « Ces régions ont eu davantage accès à la vaccination, précise la Dre Marie-France Raynault. Elles ont été plus protégées. »’’

    Malgré les bonnes intentions louables de réconfort de la part de la Dr. Raynaud, il faut craindre que ses commentaires pourraient susciter un faux sens de sécurité dans la population qui réagirait à ses rassurances en baissant la garde des barrières sanitaires.

    La vaccination partielle dont plusieurs Québécois jouissent peut certes protéger certains d’entre eux incomplètement, mais comme démontré récemment en Colombie Britannique qui s’est embarqué dans un programme de vaccination identique au Québec, il semble que certains de ces demi-vaccinés peuvent porter le virus et le transmettre. Comme on a suivi le même parcourt que la C.B., ne serait-il pas approprié de craindre que l’on pourrait se retrouver bientôt dans le même fiasco qu’ils vivent présentement en C.B., la pire province canadienne ?

    Il serait important de rappeler à la population que leur protection vaccinale fiable ne sera acquise que l’lorsqu’ils seront complètement vaccinés avec la 2ième dose. En attendant il ne faudrait pas laisser entendre que la protection vaccinale partielle dont ils jouissent les justifie de baisser la garde sur les barrières sanitaires.

  • Michel Lamarche - Abonné 2 avril 2021 12 h 42

    Contradictions

    Ce que je n'aime pas des infectiologues c'est qu'ils ne voient que leur spécialité, que le virus et ses dangers. Ils n'ont pas une vision plus large de ce qu'ont besoin les gens dans leur vie et pour leur santé. Les spécialistes de la santé publique ont une vision beaucoup plus globale. C'est pourquoi j'apprécie souvent plus leur opinion même s'il est arrivé qu'ils aient pris de mauvaises décisions.
    Quand on parle des gyms, des spas et de leurs dangers, je suis loin d'être sûr que les gens prennent le temps de vérifier comment ça se passe actuellement dans ces endroits. Je suis allé quelquefois dans un gym depuis la semaine passée et je n'y ai pas vu grand danger. Les consignes sont bien indiquées et les gens les suivent à la lettre.
    Enfin j'adore le commentaire de M. Beaulieu. Même si parfois les commentaires et les décisions de M. Legault me choquent, naviguer à travers les pressions de tous et chacun et les remous que cela comporte relève de la haute voltige.

    • Benoit Samson - Abonné 2 avril 2021 16 h 24

      On peut aussi penser que les 68 individus infectés dans le Gym à Québec n'y avaient vu aucun danger non-plus. Ce virus est invisible malheureusement et il s'accroche sur ceux qui ne le voient pas ou plus simplement ne veulent pas le voir pour se propager ensuite par leur intermédiaire à d'autres innocents dont environ 5% perdront la vie et probablement plus avec les variants.

  • Benoit Samson - Abonné 2 avril 2021 12 h 52

    Claquer la porte de la grange après que le cheval en soit sorti

    ''Nathalie Grandvaux, chercheuse au Centre de recherche du CHUM spécialisée en infections virales, trouve aussi prématuré d’imposer de nouvelles mesures à Montréal, qui se trouve sur un « plateau » et en « bonne posture » actuellement. « On a changé quand même quelques petites règles du jeu [l’école à temps plein, par exemple], et il va falloir observer si ça ne change pas notre courbe », nuance la professeure à l’Université de Montréal.
    Il faudra surveiller Montréal de près, selon Nathalie Grandvaux. « Et faire un peu comme ce qu’ils ont fait [mercredi], c’est-à-dire dans un délai de 24 heures, on peut changer d’avis et dire, “il se passe quelque chose et on change tout” », conclut-elle.''

    Les propos de madame Grandvaux devraient inquiéter. La ‘’bonne posture’’ et ‘’le plateau’’ dont elle semble se réjouir ressemble étrangement à la situation dont se réjouissait le Premier ministre il y a quelques jours.

    Compte tenu de la contagiosité fulgurante des variants quelle est la logique d’attendre que l’on perdre le contrôle comme on vient de le faire à Québec, Lévis et Gatineau pour réagir en retard comme claquer la porte de la grange après que le cheval en soit sortie?
    Contrairement à la semaine dernière on sait maintenant comment rapide cette flambée pourrait être à Montéal si elle suit le même chemin qu'elle a suivie ailleurs au Québec. Attendre que la flambée fasse rage pour réagir en retard me semble grandement imprudent.